Pérou : Menaces contre une journaliste mettent en lumière la crise du journalisme en Amérique latine
Lima, Pérou – Une journaliste péruvienne d’examination, Rosa María Gorriti, a reçu des menaces directes de la part d’un politicien influent, Rafael López Aliaga, ravivant les inquiétudes concernant la sécurité des journalistes et l’impunité des personnalités politiques en Amérique latine. L’incident, survenu ce mois-ci, est décrit comme le point culminant d’une escalade de tensions avec López Aliaga, candidat à la présidence, et s’inscrit dans un contexte de rhétorique politique de plus en plus agressive.
Selon Gorriti, le politicien a adopté un discours démagogique et hostile, qualifiant ses adversaires de “terroristes” ou de “criminels” et incitant à la confrontation. Cette stratégie vise, selon la journaliste, à intimider ou à mettre sur la défensive ceux qui enquêtent sur la corruption et l’impunité.
“Il s’agit de créer un scénario dans lequel ses ennemis sont soit intimidés ou sur la défensive,” a déclaré Gorriti à l’International Consortium of Investigative Journalists (ICIJ).
Cet incident n’est pas isolé. Un rapport récent de la Latin American Journalism Review révèle qu’entre 2018 et 2024, plus de 900 journalistes de 15 pays d’Amérique latine ont été contraints à l’exil pour leur sécurité. beaucoup ont été forcés d’abandonner leur profession, perdant ainsi une voix essentielle dans le débat public.
Milagros Salazar, membre de l’ICIJ et directrice de l’enquête Convoca, souligne que ces menaces et ces exils sont souvent liés à des enquêtes judiciaires impliquant des politiciens et des personnalités puissantes, et à la culture de l’impunité qui les protège.
La situation de Gorriti rappelle les défis auxquels sont confrontés les journalistes d’investigation dans la région.Elle-même a déjà été contrainte de quitter le Pérou à plusieurs reprises pour sa sécurité. Elle exprime son inquiétude face à la détérioration de la démocratie à l’échelle mondiale et à la montée des voix autoritaires.
Un contexte régional alarmant : la liberté de la presse sous pression
L’Amérique latine est depuis longtemps une région où la liberté de la presse est menacée. La corruption, le crime organisé et l’impunité créent un environnement dangereux pour les journalistes qui osent enquêter sur des sujets sensibles. Les menaces, les intimidations, les agressions physiques et même les assassinats sont des réalités trop fréquentes.
L’exil forcé de nombreux journalistes représente une perte significative pour la région. Ces professionnels qualifiés et courageux sont souvent ceux qui dénoncent les abus de pouvoir et qui rendent des comptes aux citoyens. leur départ prive les sociétés de voix indépendantes et essentielles à la transparence et à la bonne gouvernance.
La rhétorique incendiaire employée par certains politiciens, comme López Aliaga, contribue à créer un climat d’hostilité envers les médias et à légitimer la violence contre les journalistes. Il est crucial que les autorités prennent des mesures pour protéger les journalistes, enquêter sur les menaces et les agressions, et garantir que les responsables soient traduits en justice.
La crise du journalisme en Amérique latine est un symptôme plus large de la fragilité de la démocratie dans la région. La protection de la liberté de la presse est essentielle pour garantir la transparence, la responsabilité et la participation citoyenne, et pour lutter contre la corruption et l’impunité.
