Le rapport prédit que la résistance aux médicaments pourrait tuer 400 000 Canadiens d'ici 2050 | paNOW | Prince Albert, Saskatchewan

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L'Agence de la santé publique du Canada a commandé le rapport sur les impacts socio-économiques de la résistance aux antimicrobiens et le Conseil des académies canadiennes a réuni le panel indépendant. Le document de 268 pages publié mardi représente le tableau le plus complet à ce jour du taux de résistance du pays ainsi que de ses coûts pour le système de santé et l’économie.

La résistance aux antimicrobiens se produit lorsque des micro-organismes, y compris des bactéries, des virus et des champignons, évoluent pour résister aux médicaments qui les tueraient autrement. L'utilisation d'antimicrobiens non nécessaire chez l'homme et dans l'agriculture exacerbe le problème. De nombreux voyages et échanges internationaux aident les bactéries résistantes à se répandre dans le monde entier.

Les antimicrobiens les plus courants sont les antibiotiques, qui traitent les infections causées par des bactéries. Le rapport se concentre sur les bactéries résistantes mais utilise le terme plus large d’antimicrobien car les données de surveillance ont tendance à être collectées sous cette rubrique.

Une enquête menée par la Presse canadienne l'année dernière a révélé que le Canada avait du mal à agir face à la menace croissante. À ce moment-là, le gouvernement fédéral ne savait pas combien de Canadiens mouraient d'infections résistantes et il n'avait pas encore élaboré de plan définissant les responsabilités des provinces et des territoires.

Un plan d'action pancanadien ne s'est toujours pas concrétisé, mais le nouveau rapport estime le nombre de victimes chaque année au Canada. Le panel a utilisé le taux de résistance actuel de 26% pour calculer que les infections résistantes ont contribué à plus de 14 000 décès en 2018, dont 5 400 sont directement imputables aux infections – un peu moins que celles causées par la maladie d’Alzheimer.

Les économistes du panel ont utilisé un modèle plus prudent pour projeter ces impacts qu’un rapport international bien connu de l’économiste britannique Jim O’Neill, qui prévoyait jusqu’à 10 millions de décès par an dans le monde d’ici 2050.

Les conclusions du rapport canadien sur les conséquences économiques et sociales de la résistance aux antimicrobiens sont alarmantes. Actuellement, le problème coûte 1,4 milliard de dollars par an au système de santé national et, d’ici à 2050, ce chiffre devrait atteindre 7,6 milliards de dollars, indique le rapport. Le coût par rapport au PIB devrait passer de 2 à 21 milliards de dollars par an.

Les infections résistantes réduisent la qualité de vie tout en augmentant l'isolement et la stigmatisation. L'impact sera inégalement réparti, certains groupes socio-économiques étant plus à risque, ajoute le rapport. Ces groupes comprennent les autochtones, les personnes à faible revenu et les sans-abri, ainsi que ceux qui voyagent dans des pays en développement où les microbes résistants sont plus courants.

«La discrimination peut cibler les personnes souffrant d’infections résistantes ou considérées comme présentant un risque d’infection», prévient le rapport. «La société canadienne pourrait devenir moins ouverte et moins confiante, les personnes moins susceptibles de voyager et plus favorables à la fermeture des frontières du Canada aux migrants et aux touristes.»

La résistance aux antimicrobiens pourrait avoir un impact sur tout le monde, dit Finlay.

"Cela va changer le monde", dit-il. "Nous allons tous à l'hôpital et nous avons tous contracté des infections."

Le rapport note que la résistance pourrait augmenter le risque et réduire la disponibilité des procédures médicales de routine, notamment la dialyse rénale, les arthroplasties, la chimiothérapie et la césarienne. Ces procédures présentent toutes un risque d'infections pour lesquelles des antibiotiques sont couramment prescrits.

Limiter les impacts de la résistance aux antimicrobiens exige une «réévaluation complète» des soins de santé au Canada, conclut le rapport.

La commission a déclaré que le Canada n’avait pas de système de surveillance efficace de la résistance aux antimicrobiens et de son utilisation aux niveaux fédéral, provincial et territorial, et qu’il disposait de peu de données détaillées décrivant le nombre d’infections résistantes et leurs caractéristiques.

Il appelle également à une meilleure gestion impliquant l'utilisation prudente des antimicrobiens pour préserver leur efficacité, à une prévention et à un contrôle stricts des infections par le biais de l'hygiène des mains, du nettoyage de l'équipement, de la recherche et de l'innovation pour de nouveaux traitements.

Le rapport note qu’il est peu probable que de nouveaux antimicrobiens à large spectre soient découverts. Aucune découverte n’a été constatée au cours des dernières décennies et les sociétés pharmaceutiques n’ont guère intérêt à investir dans des médicaments qui guérissent rapidement les patients. Cependant, le comité demande plus de flexibilité dans la réglementation et des incitations pour promouvoir la découverte de nouveaux antimicrobiens qui traitent les infections causées par des bactéries spécifiques.

Des traitements alternatifs sont également en cours de développement pour traiter ou prévenir les infections résistantes, notamment les vaccins et les traitements utilisant des phages, qui sont des virus qui attaquent les bactéries, ajoute le rapport.

Selon le Dr John Conly, membre du comité et professeur à l'Université de Calgary, spécialisé dans les maladies chroniques, le Canada devrait investir immédiatement 120 millions de dollars en recherche et innovation et jusqu'à 150 millions de dollars en intendance, éducation et lutte contre les infections.

Le gouvernement et le public devraient «absolument» se préoccuper autant de la résistance aux antimicrobiens que du changement climatique, a déclaré Conly.

«C’est un tsunami qui avance lentement. Comme un raz-de-marée, il est en mer mais il va nous atterrir beaucoup plus tôt que le changement climatique. "

Ce rapport de la Presse canadienne a été publié pour la première fois le 12 novembre 2019.

Laura Kane, Presse Canadienne

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