Le projet KivuWatt pompe le méthane du lac Kivu pour produire de l’électricité

Sous les eaux profondes du lac Kivu, situé entre le Rwanda et la République démocratique du Congo, se trouvent environ 62 km3 de méthane et 300 km3 de dioxyde de carbone.

Les eaux calmes du lac Kivu cachent une réalité géologique saisissante. Environ deux millions de personnes vivent dans les environs immédiats de ce site, sur des rives qui abritent notamment les villes de Goma du côté congolais et Gisenyi du côté rwandais.

Une stratification unique et des millions de mètres cubes de gaz

Ce qui rend le lac Kivu unique parmi les grands lacs africains est sa stratification de densité permanente. Ses eaux profondes sont séparées des eaux de surface par une stabilité remarquable, caractérisée par une chemocline principale s’étendant de 255 à 262 mètres de profondeur. Sous cette couche, des quantités de gaz proprement vertigineuses stagnent depuis des siècles sans se mélanger à l’eau de surface.

Les estimations indiquent que le fond du lac enferme environ 62 km3 de méthane et 300 km3 de dioxyde de carbone. En raison de cette stratification prononcée, les gaz ne sont transportés hors des zones profondes que par une lente remontée, avec un temps de résidence estimé entre 800 et 1 000 ans. Les éléments qui reposent actuellement au fond du lac pourraient ainsi s’y trouver depuis l’époque des grandes invasions barbares en Europe.

Le spectre du lac Nyos et le souvenir d’une catastrophe silencieuse

Pour comprendre l’ampleur des risques associés au lac Kivu, les géologues se tournent vers le Cameroun voisin. Le 21 août 1986, le lac Nyos a été le théâtre d’une éruption limnique dévastatrice qui a rayé des villages entiers de la carte en une seule nuit, provoquant la mort de 1 746 personnes et de près de 3 000 animaux d’élevage.

Cette catastrophe n’a impliqué ni explosion, ni incendie, ni tremblement de terre. Un gaz invisible s’est répandu dans les vallées pendant que les habitants dormaient, libérant soudainement entre 100 000 et 300 000 tonnes de dioxyde de carbone. Le nuage toxique, plus lourd que l’air, s’est d’abord élevé à près de 100 km/h avant de retomber sur les villages voisins, asphyxiant toute vie dans un rayon de 25 km autour du plan d’eau. Bien que la cause précise de ce dégazage massif reste débattue, la plupart des géologues suspectent un glissement de terrain ou une légère éruption volcanique sous-lacustre.

Une réponse technique a finalement vu le jour en 2001, lorsqu’une équipe française menée par le professeur Michel Halbwachs a installé un système ingénieux et artisanal. Des tuyaux de dégazage, dont un tube en plastique descendant jusqu’à 203 mètres de profondeur, ont permis de libérer les gaz emprisonnés de manière contrôlée, sur le principe d’une bouteille de soda qu’on ouvre doucement.

Le projet KivuWatt et l’exploitation industrielle du méthane

À l’échelle du lac Kivu, la menace géologique pèse sur deux millions de riverains, et le moindre bouleversement de la stratification pourrait s’avérer critique. Une remontée d’eau chaude, un glissement de terrain sous-marin ou une activité volcanique régionale menacent théoriquement l’équilibre du site. En 2002, une éruption du Nyiragongo avait d’ailleurs fait craindre un tel bouleversement. Des observations par satellite plus récentes ont également mis en évidence un segment de faille magmatique souterraine s’ouvrant vers le sud en territoire rwandais, sous la partie nord du lac, même si les autorités rwandaises ont par la suite tempéré ces inquiétudes en écartant tout risque immédiat.

RD Congo: le projet d'exploitation du gaz méthane du lac Kivu divise

Face à cette pression potentielle, la stratégie adoptée a consisté à transformer la menace en ressource. Depuis le milieu des années 2010, et plus précisément depuis 2015, le projet KivuWatt a commencé à pomper le méthane des profondeurs pour générer entre 500 et 700 mégawatts d’électricité sur une période de 25 ans. Cette exploitation industrielle permet d’extraire le gaz combustible de manière contrôlée, réduisant ainsi les volumes accumulés tout en répondant aux besoins énergétiques de la région.

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