Les dirigeants mondiaux de la santé ont réaffirmé leur engagement envers l’Agenda d’immunisation 2030 lors de la 79e Assemblée mondiale de la Santé, qui s’est tenue du 18 au 23 mai 2026 à Genève. Malgré des progrès inégaux et des défis croissants, les États membres et les partenaires ont souligné que les vaccins restent l’une des interventions les plus puissantes et équitables en santé publique.
L’Assemblée mondiale de la Santé (AMS) a servi de plateforme pour un constat alarmant : le monde est en train de perdre du terrain dans la lutte contre les maladies évitables par la vaccination. Alors que les taux de couverture vaccinale chutent dans plusieurs régions, les inégalités d’accès se creusent, et les crises humanitaires — conflits, chocs climatiques, instabilité économique — étouffent les systèmes de santé les plus fragiles. Pourtant, les dirigeants ont réaffirmé leur engagement pour un objectif clair : combler les lacunes immunitaires d’ici 2030 et sauver des millions de vies.
Un bilan mitigé à mi-parcours : où en est l’Agenda 2030 ?
Selon les données présentées lors de l’AMS, les progrès vers les objectifs de l’Agenda d’immunisation 2030 (IA2030) restent largement en retard. Les États membres ont alerté sur une baisse alarmante des taux de vaccination de routine, notamment pour les maladies comme la rougeole, la diphtérie et le tétanos. En République démocratique du Congo (RDC), par exemple, la couverture vaccinale contre la diphtérie, le tétanos et la coqueluche (DTC) n’atteignait que 65 % en 2024 — bien loin du seuil recommandé de 90 %. Pour le vaccin contre la rougeole, le taux n’était que de 55 %, alors que l’OMS recommande un minimum de 95 % pour éviter les épidémies (source : Médecins Sans Frontières).

Cette situation n’est pas isolée. Les 70 % des cas de maladies épidémiques — comme la rougeole ou la poliomyélite — trouvent désormais leur origine dans des zones fragiles ou touchées par des conflits, selon les données citées lors de l’AMS. Arab News souligne que ces régions abritent aussi la moitié des 14 millions d’enfants non vaccinés dans le monde. Les enfants y sont trois fois plus susceptibles de mourir avant l’âge de cinq ans que leurs pairs dans des contextes stables, et plus de 10 fois plus que ceux vivant à New York ou en Californie.
Le problème n’est pas seulement médical : il est aussi économique. Chaque dollar investi dans l’immunisation dans les pays à revenu faible ou intermédiaire économise $20 en coûts de santé et en perte de productivité, et jusqu’à $50 en comptant les bénéfices à long terme — comme une vie plus longue et en meilleure santé, selon l’International Rescue Committee, cité par Arab News. Pourtant, le financement mondial de la santé s’est effondré, chutant de jusqu’à 40 % par rapport à 2023.
Les zones de conflit : un front oublié de la vaccination
Dans les régions en conflit, les obstacles systémiques transforment la vaccination en mission presque impossible. Médecins Sans Frontières (MSF) tire la sonnette d’alarme : dans les zones où l’organisation intervient, “la vaccination de routine s’est arrêtée net et les réponses aux épidémies deviennent inefficaces”, déclare Daniela Garone, coordinatrice médicale internationale de MSF. “Les conséquences sont dramatiques : des millions d’enfants sont exposés à des épidémies mortelles évitables par la vaccination”, ajoute-t-elle.

“Dans de nombreux contextes affectés par des conflits où nous travaillons, la vaccination de routine s’est arrêtée net et les réponses aux épidémies deviennent inefficaces.”
Les barrières sont multiples : blocages administratifs, problèmes de sécurité limitant l’accès aux zones reculées, et pénuries de fonds. En RDC, par exemple, les équipes de MSF peinent à administrer des vaccins en raison de l’instabilité politique et des restrictions bureaucratiques. Pourtant, les solutions existent. MSF et d’autres organisations humanitaires montrent qu’il est possible de vacciner même dans des zones actives de conflit, à un coût aussi bas que $2 par dose, comme l’a démontré l’initiative “Reaching Every Child in Humanitarian Settings” de l’International Rescue Committee.
Mais pour y parvenir, il faut une volonté politique sans faille, insiste Garone. “Fermer immédiatement les lacunes catastrophiques en matière de couverture vaccinale nécessite un engagement politique urgent”, déclare-t-elle. Les gouvernements, les donateurs et les partenaires de santé doivent fournir un financement agile et durable, lever les obstacles logistiques, et garantir un accès sans entrave aux vaccins et aux équipes médicales.
La désinformation et la méfiance : un ennemi invisible
Si les défis logistiques sont réels, un autre ennemi mine les progrès de l’immunisation : la désinformation et la méfiance envers les vaccins. Lors de l’AMS, les États membres ont souligné que la propagation rapide de fausses informations sur les réseaux sociaux sape les efforts de vaccination. Plusieurs pays ont appelé à des stratégies plus robustes pour reconstruire la confiance, notamment par le biais d’un engagement communautaire renforcé et de campagnes de communication fondées sur des preuves scientifiques.

Le problème est particulièrement aigu dans les pays à revenu élevé, où la skeptique vaccinale a entraîné une baisse des taux d’immunisation. Mais c’est dans les pays fragiles que les conséquences sont les plus graves. Selon l’OMS, la méfiance envers les vaccins, amplifiée par les réseaux sociaux, “risque de faire basculer des décennies de progrès en matière de santé mondiale”.
Investir dans l’avenir : quelles solutions concrètes ?
Face à ce tableau alarmant, les dirigeants de l’AMS ont identifié plusieurs leviers d’action prioritaires. Parmi les mesures phares :

- Renforcer les systèmes de santé locaux : les États membres ont insisté sur l’importance de programmes d’immunisation pilotés par les pays eux-mêmes, intégrés aux systèmes de soins primaires. Cela permettrait de garantir une approche durable et adaptée aux réalités locales.
- Développer des chaînes d’approvisionnement régionales : pour réduire la dépendance aux marchés externes et améliorer la sécurité vaccinale, les délégations ont appelé à renforcer les capacités de fabrication de vaccins au niveau régional.
- Lutter contre la désinformation : des campagnes ciblées, fondées sur des données scientifiques, doivent être déployées pour reconstruire la confiance dans les vaccins, surtout dans les zones où la méfiance est la plus forte.
- Protéger les enfants “zéro dose” : l’initiative “Big Catch-Up” a été saluée comme un mécanisme clé pour atteindre les enfants non vaccinés ou sous-vaccinés, mais son financement doit être garanti et pérennisé.
- Adapter les modèles de livraison : comme le souligne MSF, des approches flexibles et innovantes — comme les campagnes mobiles ou les partenariats avec des acteurs locaux — sont essentielles pour vacciner dans les zones de conflit.
Un point a particulièrement retenu l’attention : l’urgence d’agir maintenant. Comme le rappelle Arab News, “le monde ne peut pas se permettre de détourner les yeux de la vaccination”. Les coupes dans l’aide internationale ont un impact direct sur les populations les plus vulnérables, et sans une action coordonnée, le risque est réel de recul en matière de couverture vaccinale — avec des conséquences en cascade sur la santé publique mondiale.
Et maintenant ? Les défis à venir
Alors que l’AMS 2026 s’achève, une question reste en suspens : les engagements pris à Genève se traduiront-ils par des actions concrètes ? Les prochains mois seront cruciaux pour évaluer la volonté politique et le niveau de financement mobilisé. Plusieurs signaux sont encourageants :
- Un suivi renforcé : l’OMS a annoncé un rapport intermédiaire sur l’Agenda 2030 pour 2027, qui évaluera les progrès réalisés à mi-parcours. Ce document servira de boussole pour ajuster les stratégies.
- Des partenariats élargis : les discussions ont mis en lumière la nécessité de collaborer davantage entre gouvernements, ONG et secteur privé pour combler les lacunes.
- Une attention accrue sur les zones de conflit : les appels à un financement ciblé et à des modèles de livraison adaptés montrent que la communauté internationale reconnaît enfin l’urgence de la situation.
Cependant, les obstacles restent immenses. La baisse des financements internationaux, l’augmentation des inégalités, et la persistence de la désinformation pourraient freiner les progrès. Comme le résume un participant à l’AMS : “Nous ne pouvons pas nous permettre la complaisance. Chaque enfant non vacciné est une menace pour la santé publique mondiale.”
L’Agenda d’immunisation 2030 est bien plus qu’un objectif : c’est une promesse. Une promesse de protéger les enfants, de renforcer les systèmes de santé, et de construire un avenir où personne ne soit laissé pour compte. Mais pour tenir cette promesse, il faudra agir vite, investir massivement, et innover sans relâche. Le compte à rebours a déjà commencé.
Pour en savoir plus sur les initiatives en cours et les données détaillées, consultez :
Communiqué de l’OMS sur l’AMS 2026 | Rapport de Médecins Sans Frontières sur les zones de conflit | <a href="https://www.arabnews.
<!– /wp:paragraph Les partenaires internationaux doivent collaborer étroitement pour surmonter ces défis et garantir un accès équitable aux vaccins dans un monde en constante mutation.














