Le film de comédie « Suneung, chulje-ui bimil » (littéralement « Suneung, le secret des examinateurs »), premier long-métrage du réalisateur Lee Yong-jae, sort en salles le 28 octobre 2026 en Corée du Sud. Il met en scène les péripéties de professeurs séquestrés durant quarante jours pour concevoir l’examen national d’entrée à l’université.
L’examen d’entrée à l’université, connu sous le nom de Suneung, paralyse chaque année la Corée du Sud. Pourtant, l’envers de ce rituel national restait un angle mort de la fiction. Le réalisateur Lee Yong-jae, ancien scénariste des films « L’Élève et le Mathématicien » et « Secret Zoo », s’empare de cette zone grise. Le long-métrage suit des enseignants coupés du monde pendant quarante jours dans un centre de haute sécurité, confiné pour élaborer les épreuves dans un secret militaire de deuxième catégorie.
Une erreur administrative au cœur du centre d’examen
L’intrigue démarre lorsqu’une professeure de langue et littérature coréennes de province, Maeng Bo-ram, intègre par mégarde le quartier général des examinateurs en raison d’une confusion sur son homonyme. Une fois les téléphones portables confisqués et les portes closes, impossible de faire demi-tour. Incarnée par l’actrice Lee Sun-bin, l’héroïne découvre un univers régi par le secret, la surveillance par caméras de sécurité et le pragmatisme cynique des mandarins de l’éducation.

Face à elle, le président du comité de rédaction des épreuves de coréen, Moon Joo-yeol, joue la carte de l’autorité. Sous les traits de l’acteur Yoo Jae-myung, ce professeur issu d’une grande université n’hésite pas à faire entrer discrètement de l’alcool fort dissimulé dans des poches d’extrait de racine de chevreau selon le quotidien en ligne Single List. L’affrontement entre la jeune enseignante idealiste et la hiérarchie en place structure la première moitié du récit.
L’influence d’un scandale réel et la satire des cartels universitaires
L’hebdomadaire Single List rappelle que le projet s’inspire du scandale des « cartels d’éducation privée » qui avait secoué le pays lorsque des enquêteurs avaient découvert que des enseignants concevant les épreuves nationales vendaient des questions à des entreprises de bachotage. À l’écran, les vétérans des universités prestigieuses forment un clan fermé, reléguant la jeune recrue à des tâches subalternes.
Le réalisateur explique à l’agence Newsis qu’il s’est inspiré de la structure du film classique de Sidney Lumet, « 12 hommes en colère », pour rythmer ces huis clos de la contestation pédagogique. Il intègre aussi des données tangibles : la proportion de concepteurs diplômés de la prestigieuse Université Nationale de Séoul, qui atteignait autrefois 80% des effectifs, a chuté à 40% suite à des interpellations lors de l’audit parlementaire.
Un tournage en autarcie au centre d’entraînement de Muju
Pour reproduire l’atmosphère étouffante des quarante jours de réclusion, l’équipe technique et artistique a posé ses caméras dans un centre de formation de taekwondo situé à Muju d’après les informations d’Aju News. Les comédiens y ont logé ensemble, créant une complicité hors champ. L’acteur Kim Min-jae, qui incarne le président du comité de révision Park Kyung-tae, souligne que la bonne humeur régnait chaque jour sur le plateau.

Pour se glisser dans la peau de Maeng Bo-ram, Lee Sun-bin a volontairement cassé son image publique. Elle porte des vêtements amples, des bas de couleur café et évite tout artifice cosmétique. Quand j’ai vu le résultat sur grand écran lors de la première au Festival international du film de Busan, j’ai eu un léger choc visuel, mais je voulais que le public voie Maeng Bo-ram et non l’actrice
, confie-t-elle dans un entretien accordé à l’agence Yonhap.
Le positionnement du film entre comédie noire et critique sociale
Le ton du long-métrage évite le drame lourd pour privilégier une satire douce-amère. L’équipe de production cite un chiffre saisissant évoqué dans le scénario : chaque question de l’examen coûte plusieurs dizaines de millions de wons, mettant en lumière la disproportion des moyens investis pour un système que les créateurs qualifient parfois d’obsolète face aux mutations technologiques, notamment l’essor de l’intelligence artificielle.

Le film se rapproche davantage du chocolat noir que du chocolat au lait. On rit beaucoup en surface, mais il reste une amertume en fin de parcours sur les travers de notre société.
Lee Yong-jae, réalisateur, lors de la conférence de presse relayée par Dispatch
Outre Lee Sun-bin et Yoo Jae-myung, la distribution rassemble Kim Young-min dans le rôle du censeur intransigeant et Jeon Seok-ho en administrateur de l’organisme public d’évaluation, chargé de veiller à ce que la machine ne s’enraye pas selon le quotidien Hankook Ilbo. Le film arrive dans les salles obscures coréennes à un mois tout juste de la prochaine épreuve nationale.
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