Le 27 mai 2026, la justice sud-coréenne a confirmé que les accusations selon lesquelles l’acteur Kim Soo-hyun aurait eu une relation avec l’actrice décédée Kim Sae-ron alors qu’elle était mineure étaient entièrement fausses, et reposaient sur des preuves fabriquées à l’aide de l’intelligence artificielle. Une enquête policière révèle que le YouTuber Kim Se-eui, à la tête du controversé canal d’extrême droite Hoverlab, a manipulé des conversations KakaoTalk et un fichier audio pour nuire à la réputation de l’acteur.
Un complot numérique orchestré pour la gloire et l’argent
L’affaire, qui a éclaté en mars 2025, illustre comment les réseaux sociaux et l’IA peuvent être détournés pour semer la désinformation à grande échelle. Selon l’application de mandat d’arrêt examinée par JoongAng Ilbo et confirmée par la police de Gangnam, Kim Se-eui a reçu en 2024 onze captures d’écran de conversations KakaoTalk attribuées à Kim Sae-ron, mais impliquant un “personne non identifiée”. Le suspect a alors modifié sept éléments de ces captures, changeant notamment le nom du destinataire pour le remplacer par celui de Kim Soo-hyun, un acteur alors au sommet de sa carrière. Les messages originaux dataient de 2016, une époque où l’actrice était effectivement mineure – mais aucun lien avec Kim Soo-hyun n’a jamais existé.
Pour aggraver les choses, Kim Se-eui a également diffusé un fichier audio prétendument attribué à Kim Sae-ron, mais dont la police a établi qu’il s’agissait d’une fabrication totale, générée par IA. “Le suspect a distribué ces informations fausses en sachant pertinemment qu’elles étaient mensongères, dans le but exclusif de discréditer Kim Soo-hyun et d’en tirer un profit financier, notamment via les revenus YouTube”, précise le document officiel. Une stratégie qui a fonctionné : les vidéos accusatrices ont généré des millions de vues et alimenté des mois de polémiques médiatiques.
“Le suspect distribuait de fausses informations en pleine conscience qu’il n’y avait jamais eu de relation entre Kim Soo-hyun et la défunte alors qu’elle était mineure.”
Le rôle trouble du cabinet d’avocats et des familles
L’enquête révèle aussi l’implication d’un réseau plus large. La police a également inculpé un avocat représentant la famille de Kim Sae-ron pour “avoir fourni les matériaux criminels à Kim Se-eui et amplifié les fausses informations de manière organisée et planifiée”. Ce dernier n’a pas agi seul : les captures d’écran lui ont été transmises directement par un membre de la famille de la défunte, suggérant une coordination entre des proches en deuil et des acteurs cherchant à instrumentaliser la tragédie pour des gains médiatiques.

Cette révélation soulève des questions dérangeantes sur la gestion des affaires privées des célébrités décédées. Dans un pays où la culture du hallyu (vague coréenne) confère aux stars un statut quasi sacré, les familles sont souvent tentées de monétiser leur héritage, parfois au prix de la dignité des disparus. Ici, c’est une manipulation à grande échelle qui a été démasquée, mais le phénomène n’est pas isolé : depuis 2024, plusieurs affaires similaires ont éclaté en Corée du Sud, où des proches de stars décédées ont été accusés de falsifier des conversations ou des documents pour alimenter des théories du complot.
L’IA comme arme de désinformation : un nouveau front
Ce qui rend cette affaire particulièrement inquiétante, c’est l’utilisation systématique de l’intelligence artificielle pour créer des preuves. Les captures KakaoTalk modifiées et l’audio généré par IA montrent comment les outils grand public peuvent être détournés pour fabriquer des réalités alternatives. “KakaoTalk affiche souvent un profil comme ‘personne non identifiée’ quand le compte a été supprimé ou que l’autre partie a bloqué le destinataire”, explique la police dans son rapport. Kim Se-eui a exploité cette lacune pour faire croire à une conversation réelle.
Cette stratégie n’est pas nouvelle : depuis 2025, des chercheurs comme ceux du Garosero Research Institute alertent sur la prolifération de “deepfakes” audio et vidéo dans les affaires judiciaires coréennes. Mais l’affaire Kim Soo-hyun marque un tournant : pour la première fois, une juridiction démontre en détail comment des preuves entières ont été fabriquées de toutes pièces, avec des outils accessibles à quiconque dispose d’un smartphone et d’une connexion internet.
Les conséquences pour Kim Soo-hyun et l’industrie du divertissement
Pour Kim Soo-hyun, l’impact a été immédiat. Dès mars 2025, l’acteur a tenu une conférence de presse pour dénoncer les “calomnies” et demander des excuses publiques. Son avocat, Ko Sang-rok, a réagi sur les réseaux sociaux mercredi 26 mai, saluant la décision de la police comme une “victoire de la vérité”. Mais les séquelles médiatiques persistent : malgré la levée des accusations, des rumeurs persistent sur les forums en ligne, et certains médias conservateurs continuent de relayer des versions édulcorées de l’affaire.

Au-delà du cas individuel, cette affaire pose un défi majeur pour l’industrie du divertissement sud-coréenne. Avec l’essor des plateformes comme YouTube et la viralité des contenus, la frontière entre journalisme d’investigation et désinformation orchestrée devient floue. “Les algorithmes récompensent les contenus polémiques, qu’ils soient vrais ou faux”, souligne un rapport de 2025 cité par JoongAng Ilbo. Résultat : des créateurs comme Kim Se-eui, dont le canal Hoverlab mélange théories du complot et analyses politiques, bénéficient d’une audience croissante, même quand leurs méthodes sont condamnées par la justice.
Et maintenant ? La justice et les plateformes face à leur responsabilité
La police de Séoul a confirmé que Kim Se-eui et son avocat seront jugés pour “diffamation aggravée” et “fabrication de preuves”. Mais au-delà des peines individuelles, c’est la responsabilité des plateformes qui est interrogée. YouTube, par exemple, a-t-il les moyens – ou la volonté – de traquer les contenus fabriqués par IA avant qu’ils ne deviennent viraux ? En 2025, la plateforme avait annoncé des outils de détection des deepfakes, mais leur efficacité reste limitée face à des manipulations aussi sophistiquées que celles utilisées ici.
Une chose est sûre : cette affaire servira de test pour la Corée du Sud, où les lois sur la diffamation sont parmi les plus strictes au monde. Si la justice confirme les accusations, elle enverra un signal fort aux manipulateurs – mais elle devra aussi faire face à une question plus large : comment protéger la réputation des vivants et des morts à l’ère de l’IA ? Pour l’instant, la réponse reste floue, et les victimes comme Kim Soo-hyun doivent continuer à se battre, non seulement contre les fausses rumeurs, mais contre un écosystème numérique qui semble parfois les amplifier.
Une chose est certaine : l’affaire Kim Soo-hyun ne restera pas un cas isolé. À l’heure où l’IA générative devient accessible à tous, les stratégies de manipulation évoluent. La prochaine étape ? Voir si les plateformes et les législateurs coréens osent enfin réguler un terrain de jeu devenu trop dangereux.




