La Lily Jay Foundation, organisation humanitaire dirigée par l’influenceuse australienne Lily Jay Hinson, a admis avoir utilisé du contenu généré par intelligence artificielle (IA) dans des vidéos visant à promouvoir son travail caritatif dans des régions défavorisées d’Afrique.
Des preuves de manipulation numérique
Une enquête menée par ABC News Verify a révélé l’existence d’un « trail of apparent AI-generated content » (piste de contenus apparemment générés par IA) sur les comptes liés à la fondation. Plusieurs anomalies visuelles ont été identifiées dans les clips publiés sur Instagram, notamment des doigts d’enfants déformés, le déplacement soudain d’une fenêtre dans une scène ou encore un drapeau palestinien qui scintille sur le bras de Mme Hinson alors qu’elle désigne un camion d’aide.
Dans l’une des vidéos les plus marquantes, une femme blonde annonce l’ouverture d’un orphelinat entourée d’enfants tenant des sucettes. L’analyse d’ABC News Verify a conclu que cette femme n’est pas la véritable Lily Jay, mais une fabrication créée par IA, tout comme les enfants et la bannière de la fondation en arrière-plan. D’autres indices, tels que des fautes d’orthographe sur les logos — comme l’apparition d’un « L » supplémentaire sur le t-shirt d’un travailleur — ont également été relevés.
La réponse de la fondation et les enjeux financiers
Interrogée par PerthNow, la fondation a reconnu mercredi l’usage de l’IA. Un porte-parole a précisé que les membres de l’équipe marketing ont intégré un petit nombre de clips d’introduction générés par IA mettant en scène Lily Jay pour servir de « hooks » (accroches) avant de passer à des images authentiques du travail humanitaire.
Ces révélations surviennent alors que la fondation sollicitait des dons sur son site web, proposant des paliers de 96, 192 et 384 dollars pour soutenir des initiatives telles que la construction d’une mosquée, la distribution de nourriture, l’éducation et la remise de Corans au Népal, à Gaza, en Ouganda et au Soudan. Depuis le début de l’enquête, la page de dons du site internet a été supprimée.
Doutes sur la réalité des actions sur le terrain
L’enquête a également soulevé des questions sur la légalité et l’existence même des structures mentionnées. En Ouganda, où il est illégal d’opérer un orphelinat sans enregistrement gouvernemental, le Ugandan Registration Services Bureau a initialement confirmé qu’aucun orphelinat n’était enregistré sous le nom de la Lily Jay Foundation ou sous le nom « Ada Nur », utilisé par l’influenceuse sur son site.
Plusieurs jours après l’envoi des questions par ABC News Verify, un enregistrement a été déposé pour une « Lilly [sic] Foundation Limited », dont le statut est indiqué comme « non conforme ». À ce jour, aucun matériel indépendant n’a permis de corroborer l’existence de cet orphelinat, et aucun officiel ougandais ni opérateur d’aide n’a confirmé connaître la fondation.
Une stratégie de communication controversée
L’usage de l’IA semble s’étendre au-delà des vidéos promotionnelles. En mai dernier, un communiqué de presse publié par la société Real Media Group annonçait que Lily Jay avait remporté le « 2026 Austral-Global Excellence Award for Humanitarian Leadership ». L’analyse des images accompagnant l’annonce a révélé la présence du filigrane SynthID de ChatGPT, prouvant que les photos de la remise du prix étaient générées par IA.
Le lien entre l’influenceuse et l’agence de relations publiques est étroit : si Real Media Group présente Lily Jay comme sa « cliente », elle apparaît également sur le site de l’agence en tant que « cofondatrice ».
Profil de l’influenceuse
Âgée de 31 ans et originaire du Queensland, Lily Jay Hinson s’est fait connaître sur les réseaux sociaux en documentant sa conversion à l’islam. Ancienne danseuse de burlesque ayant travaillé au Moulin Rouge à Paris et au Palazzo Manheim en Allemagne, elle a également tenté une carrière musicale avec le titre « Renovate ».
Aujourd’hui, elle s’adresse à près de trois millions d’abonnés sur Instagram, où elle publie des contenus mêlant spiritualité et missions humanitaires. Tim Costello, ancien PDG de World Vision Australia, a souligné que les images d’enfants dans des orphelinats sont souvent utilisées pour exploiter la bonne volonté du public, car elles touchent profondément les donateurs.
Résumé des anomalies détectées
- Vidéos : Membres et décors générés par IA, distorsions physiques (doigts), éléments visuels instables (drapeau).
- Textes : Fautes d’orthographe sur les logos et noms d’organisations.
- Images : Présence du filigrane SynthID (OpenAI) sur les photos de prix humanitaires.
- Administratif : Absence d’enregistrement initial d’orphelinat en Ouganda.
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