La valorisation d’Anthropic pourrait chuter à 1 000 milliards de dollars

L’entrée en Bourse d’Anthropic à Wall Street rencontre de sérieux obstacles sur fond de turbulences sur les marchés technologiques. L’entreprise de San Francisco, qui tire la quasi-totalité de ses revenus de ses outils d’IA, fait face à un net ralentissement de sa croissance, à une féroce concurrence des modèles ouverts et à des coûts d’infrastructure colossaux.

Des perspectives financières revues à la baisse

Dans son prospectus d’entrée à Wall Street publié un lundi, Anthropic admet que l’écart entre les modèles d’IA les plus avancés pourrait se réduire. Contrairement à des géants comme Google ou Meta, la firme ne dispose pas d’un empire publicitaire pour amortir un choc financier. Les actionnaires, qui visaient une valorisation mirobolante de 2 000 milliards de dollars à la mi-août, ont dû déchanter après la publication de résultats trimestriels en net recul. La croissance du chiffre d’affaires est ainsi passée de 145 % au deuxième trimestre — par rapport aux trois mois précédents — à 45 % au troisième, ramenant les attentes du marché autour de 1 500 milliards de dollars, selon Sudouest.

Cette prudence se confirme auprès des marchés financiers. Trois grands investisseurs impliqués dans l’opération ont indiqué au Wall Street Journal que la valorisation devrait vraisemblablement être abaissée, l’un d’eux l’estimant même plus proche de 1 000 milliards de dollars, rapporte La Libre.be. Un de ces investisseurs n’exclut pas qu’Anthropic reporte son introduction en Bourse ou réduise la voilure de l’opération.

La pression des modèles ouverts et la chute des prix

Pour contrer les modèles dits « fermés » — comme ChatGPT ou Claude, accessibles exclusivement en ligne via leurs propriétaires —, les modèles « ouverts », qui sont téléchargeables et modifiables, progressent à grands pas. D’après l’institut de recherche Epoch AI cité par Sudouest, ils ne présentent plus qu’environ quatre mois de retard en moyenne. Le secteur bouge rapidement, à l’image du chinois Moonshot et de son lancement récent du Kimi K3.1 Pro, dont les performances talonnent les meilleurs modèles américains pour un tarif moitié moins élevé que Claude Opus 5.5, la vedette actuelle d’Anthropic.

Cette concurrence féroce entraîne une contraction drastique des prix. Selon Morningstar, faire traiter une quantité identique de texte par une intelligence artificielle de niveau équivalent coûtait 17 dollars fin 2024, contre seulement 50 cents aujourd’hui, soit une chute de 97 %. Anthropic a d’ailleurs réduit de 20 % le tarif de Claude Opus en septembre, tandis qu’OpenAI a divisé par cinq le prix de l’un de ses modèles phares dès le mois de juillet.

Des engagements d’infrastructure colossaux face à une tempête boursière

Pendant que les tarifs s’effondrent, les factures d’Anthropic s’envolent. L’entreprise s’est engagée depuis fin 2025 à verser au moins 417 milliards de dollars pour louer des puces et des serveurs, ce qui représente près de treize années de ventes au rythme affiché du premier semestre 2026, relève Sudouest. Ces contrats de location doivent être honorés quels que soient les revenus enregistrés par l’entreprise.

Ce contexte délicat coïncide avec une nette correction sur les places boursières. Jeudi, l’indice Nasdaq a plongé de plus de 5,5 %, enregistrant sa plus forte chute depuis avril 2025, les investisseurs redoutant un ralentissement dans la construction de centres de données à la suite de la large victoire des démocrates aux élections de mi-mandat, d’après La Libre.be. Face à cette nervosité ambiante, le principal concurrent d’Anthropic, OpenAI, a préféré reporter à 2027 son propre projet d’introduction en Bourse.

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