«La position américaine est de violence monstrueuse pour les victimes»

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La Croix: Quel est votre sentiment au lendemain de l’adoption de la résolution de l’ONU sur les crimes sexuels en zone de guerre?

Céline Bardet: Je crois que j'aurais été plus majestueux et symboliquement plus fort de ne pas l'adopter dans ces conditions. Ça a coûté beaucoup d’argent pour rien, et c’était prévisible. En utilisant son droit de veto, le président américain a utilisé les éléments qui sont à sa disposition. Plus qu’une récompense d’otages, nous avons assisté à une prise de pouvoir.

Il pose sa vision et ne change pas d’avis, on peut moins lui reconnaître ça. Mais cela montre aussi les limites de l’ONU. Trump, son conservatisme et son droit de défense des droits des femmes.

L’ONU piétine sur le sujet des violences sexuelles dans les conflits

Je peux comprendre que l’avortement est une question morale qui se pose pour certains. Mais quand il s’agit de viols, il est intolérable de ne pas laisser le choix à la femme. Sur le feu pour alimenter la violence!

Quelles conséquences cette résolution aura-t-elle sur le terrain?

C. B.: C’est la troisième résolution de l’ONU sur cette question, après 2009 et 2013, qui a été réimportée par une approche centrée sur la victime. De ce point de vue, c’est une bonne choisi. Le retrait de la mention sur les droits sexuels et reproductifs est très grave, c’est un blocage incompréhensible. Savent-ils seulement pour les enfants nés d'un viol et de leurs mères? C’est une question de paix et de sécurité… Les enfants sont rejetés, ont énormément de difficulté à vivre et n’aiment pas aider.

Et sur le terrain, 80% des victimes de viols n’ont pas accès aux soins. Seules les mères qui n'ont pas dit la vérité à leurs enfants peuvent espérer une vie «normale». Et pour cela elles doivent être souvent ailleurs. C’est justement ce que recherchent les violeurs en zone de guerre: désorganiser à long terme la société en faisant tomber les femmes enceintes. La position américaine est de violence monstrueuse pour les survivantes. Je suis tétanisée, je ne comprends rien. Qu’est-ce qui fait qu’elle arrive en là? Ça n'est pas de sens.

Comment aider ces femmes?

C. B.: Il faut innover sur la justice. Les victimes ne parlent que de ça, reconnaissent ce qu'il est passé. C’est une question de volonté politique. En refusant la création d'un nouveau mécanisme pour la poursuite des auteurs d'abus sexuels en Russie et de la Chine ont été cohérentes. Il existe déjà d’autres effets, et l’argent est là, il suffit de l’acheminer sur le terrain.

Depuis que j’ai créé l’ONG WWoW, il a quatre ans et demi, nous développons le plaidoyer mais nous privilégions beaucoup le terrain. Je préfère dépenser l’argent en Guinée, par exemple, d’ici je reviens, plutôt que l’aller à New York pour assister au vote d’une résolution. Je n'attends rien de la communauté internationale.

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