Le parti péruvien Juntos por el Perú, dirigé par le candidat Roberto Sánchez, a officiellement suspendu sa collecte de fonds numérique ce lundi 15 juin 2026. Cette initiative visait à financer des recours en nullité électorale, mais le parti reconnaît désormais ne pas avoir atteint ses objectifs financiers ni respecté les délais légaux.
L’échec de la levée de fonds pour les recours en nullité
La trésorière du parti, Luzmila Ayay, a confirmé la fin de la campagne de dons via les portefeuilles numériques. Face à la presse, elle a déclaré : « No hemos llegado a esa meta (…) ya no esperamos recaudar plus. Vamos a parar ». Cette décision marque un tournant pour la stratégie de contestation de la formation politique, qui cherchait à contester les résultats du scrutin présidentiel face à la candidate Keiko Fujimori, selon les informations rapportées par Infobae.

Initialement, Juntos por el Perú avait lancé un appel aux dons pour couvrir les frais de justice nécessaires à l’invalidation de plusieurs milliers de bureaux de vote. Comme le souligne DW, le parti justifiait cette démarche par la découverte d’« indicios graves, concordantes y sistemáticos » de manipulation électorale. Toutefois, la réalité économique a rattrapé les ambitions du candidat : chaque demande de nullité exigeait le paiement de taxes officielles, rendant l’opération extrêmement coûteuse.
Une barrière financière et juridique critiquée
La stratégie de contestation s’est heurtée à une structure tarifaire rigide. Selon teleSUR, le coût d’exigence de transparence était fixé à 1 337 soles (environ 393 dollars) par bureau de vote. Pour contester les 2 400 bureaux ciblés par la campagne de gauche, le parti aurait eu besoin de près d’un million de dollars. Alfredo Serrano Manc, directeur du Centre stratégique latino-américain de géopolitique, a dénoncé cette situation, affirmant que « le coût d’exiger une transparence démocratique se chiffrait à près d’un million de dollars ».

Le système électoral péruvien, régi par le Jurado Nacional de Elecciones (JNE), impose des frais administratifs stricts pour chaque demande d’annulation d’acte électoral. Ces taxes, prévues par le code électoral pour éviter les recours abusifs ou dilatoires, sont devenues le point de friction majeur entre les partis en lice et les autorités. Le JNE, institution chargée de garantir la légalité du processus, a rappelé à plusieurs reprises que les délais de dépôt des recours sont percutants et non extensibles, afin de permettre la proclamation des résultats dans les temps impartis par la Constitution.
Dans le cadre de cette élection, le processus de vérification des procès-verbaux a été marqué par une polarisation extrême. Alors que Juntos por el Perú invoquait des irrégularités, les observateurs internationaux dépêchés sur place ont souligné la complexité administrative pour les partis politiques, tout en rappelant que le cadre légal s’applique uniformément à tous les candidats. La difficulté pour le parti de Roberto Sánchez à réunir les fonds nécessaires illustre la barrière à l’entrée que représentent ces taxes pour les petites formations politiques lors de contestations de grande ampleur.
La légitimité des recours sous tension
Parallèlement, la légitimité de ces recours a été vivement contestée par le camp adverse. Luis Dyer, chef des représentants de Fuerza Popular, a qualifié la collecte de fonds d’« engaño » (tromperie) auprès des sympathisants. Il a rappelé, dans un entretien relayé par Altavoz, que le délai légal pour présenter les demandes de nullité était arrivé à échéance le mercredi 10 juin 2026 à 20 heures.
Fuerza Popular, le parti de Keiko Fujimori, a maintenu une position ferme, accusant les recours de Juntos por el Perú de viser non pas une recherche de vérité, mais un blocage du processus de proclamation. Cette rhétorique a alimenté les tensions sur le terrain, où les partisans des deux camps ont manifesté devant les centres de dépouillement. Le climat de méfiance a conduit les forces de l’ordre à renforcer la sécurité autour des locaux du JNE, craignant des débordements alors que le pays attendait les résultats définitifs.
La reconnaissance des résultats et l’apaisement
Au-delà de l’échec financier, le parti semble amorcer une transition vers une acceptation du processus démocratique. « Nosotros vamos a reconocer los resultados, nuestra actividad es democrática », a affirmé Luzmila Ayay ce lundi. Cette déclaration intervient alors que le décompte des voix se resserre, plaçant Keiko Fujimori à 50,007 % et Roberto Sánchez à 49,923 %, selon les données compilées par DW.
Le parti a promis de rendre compte publiquement de l’utilisation des fonds récoltés lors d’une conférence de presse prévue dans les prochains jours. Pour l’heure, Roberto Sánchez et son équipe juridique, vus récemment dans le district de Jesús María, n’ont pas émis de nouveaux appels à la mobilisation financière, privilégiant désormais la surveillance du travail des instances électorales qui doivent encore statuer sur les dernières actes contestées.
La situation actuelle souligne les enjeux de la transition démocratique au Pérou. La fin de la collecte de fonds et la promesse de transparence concernant les dons reçus sont perçues par les analystes politiques comme une tentative de désamorcer la crise de confiance qui entourait la campagne. La crédibilité des institutions électorales, mise à l’épreuve par ces contestations, reste au cœur des préoccupations diplomatiques régionales, plusieurs pays voisins ayant appelé à la sérénité et au respect des délais constitutionnels pour la passation de pouvoir.
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