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John Turturro : Le dernier pickpocket de New York

John Turturro, l’art de la discrétion et le charme désuet d’un New York en voie de disparition

Berlin, Allemagne – John Turturro, un visage familier du cinéma américain, est au centre de l’attention au Festival de Berlin avec The Only Living Pickpocket in New York, un film qui lui offre enfin un rôle principal à la hauteur de son talent. Le film, présenté en avant-première à Sundance, est une ode douce-amère à un New York qui s’efface, un New York de diners, de métros et de petites combines, loin des écrans tactiles et des transactions numériques.

Le film de Noah Segan, loin d’être un thriller haletant, se déploie comme une fable crépusculaire. Turturro y incarne Harry, un pickpocket expérimenté qui tire son revenu d’un art en voie de disparition. Dans un monde de plus en plus dématérialisé, où les portefeuilles sont remplacés par des applications de paiement, Harry est un anachronisme, un vestige d’une époque révolue.

“On a tellement tendance à prendre John Turturro pour acquis,” explique le critique de cinéma David Rooney dans The Hollywood Reporter. “Il est partout, dans des rôles secondaires importants ou de simples caméos, mais on lui donne rarement l’occasion de porter un long métrage.” The Only Living Pickpocket in New York comble cette lacune, permettant à Turturro de déployer toute la subtilité de son jeu, avec ses yeux tristes et sa détermination tranquille.

Le film ne se contente pas de mettre en scène un protagoniste attachant. Il est peuplé de personnages hauts en couleur, interprétés par des vétérans du cinéma new-yorkais. Steve Buscemi campe Ben, le receleur au cœur tendre, tandis que Giancarlo Esposito incarne Warren, un ancien policier qui a appris à cohabiter avec les figures de la pègre. Leur interaction, empreinte d’une nostalgie douce-amère, est l’un des points forts du film.

L’intrigue, qui prend une tournure inattendue lorsqu’Harry dérobe un étrange périphérique USB à un jeune homme arrogant, sert surtout de prétexte à explorer les thèmes de la marginalité, de la mémoire et de la perte. Segan évite habilement les clichés du genre, privilégiant une atmosphère onirique et poétique.

Le film résonne particulièrement à une époque où l’identité des villes est menacée par la mondialisation et la gentrification. Selon une étude récente de l’ONU, plus de la moitié de la population mondiale vit désormais en milieu urbain, et les villes sont confrontées à des défis croissants en matière de logement, de transport et de préservation de leur patrimoine culturel. The Only Living Pickpocket in New York est un rappel poignant de ce qui se perd dans cette transformation.

Le film est également une réflexion sur l’évolution des technologies et leur impact sur nos vies. La disparition du liquide, la prédominance des paiements électroniques, la surveillance omniprésente : autant de changements qui transforment notre rapport au monde et à l’autre.

La bande originale jazzy et la photographie soignée contribuent à créer une ambiance unique, qui évoque les films noirs classiques tout en restant résolument contemporaine. Le film est une lettre d’amour à New York, une ville qui continue de fasciner et d’inspirer les artistes du monde entier.

Pour apprécier l’ambiance du film, on peut se plonger dans des vidéos de New York des années 70 et 80 sur YouTube, comme celles proposées par la chaîne “NYC Retro” : https://www.youtube.com/@nycretro. Ces images d’archives offrent un aperçu fascinant de l’atmosphère que Segan tente de recréer.

The Only Living Pickpocket in New York est un film modeste, mais profondément touchant. Il est un hommage à John Turturro, un acteur trop souvent sous-estimé, et à un New York qui s’éloigne, mais dont le souvenir reste gravé dans nos mémoires. Un film qui, espérons-le, aura une longue vie après sa présentation à Berlin.

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