Le journaliste et écrivain Joaquim Letria est décédé vendredi 16 octobre 2026 à 82 ans, à son domicile. Figure marquante de la communication sociale au Portugal, il a traversé des décennies de journalisme à la radio, dans la presse écrite et à la télévision publique, tout en exerçant comme porte-parole présidentiel.
Hommage à Joaquim Letria à Lisbonne
La disparition de l’ancien journaliste a entraîné des réactions dans le pays. La mort de Joaquim Letria a été confirmée à l’agence Lusa par une source familiale, précisant qu’il se trouvait affaibli depuis quelque temps sans pour autant être malade (le décès est survenu à son domicile selon les informations relayées par les médias). Les hommages se sont multipliés, saluant un parcours qui a marqué plusieurs générations de professionnels de l’information.
Le Premier ministre Luís Montenegro a salué son héritage sur les réseaux sociaux, décrivant un style à la fois rigoureux et libre. De son côté, la ministre de la Culture, de la Jeunesse et du Sport, Margarida Balseiro Lopes, a mis en avant un professionnel polyvalent et l’une des figures majeures de la période suivant le 25 avril 1974.

Luís Montenegro a déclaré : « Joaquim Letria laisse un héritage de décennies d’écriture et de service à l’information. Dans la presse et à la télévision, il a montré un style à la fois rigoureux, calme, tolérant et de bonne humeur. »
Le week-end a également été marqué par des rassemblements de recueillement. Le velours et les adieux se sont tenus à l’église de la Praça de Londres, à Lisbonne, où des personnalités de la vie politique et des médias, parmi lesquelles l’ancien président de la République Marcelo Rebelo de Sousa, se sont rendues pour un dernier hommage (selon la couverture assurée par la presse spécialisée).
Pionnier du journalisme et de la télévision
Né le 8 novembre 1943 à Lisbonne, Joaquim Letria a débuté sa carrière journalistique en 1963 au sein du journal Diário de Lisboa. Son apprentissage s’est rapidement enrichi d’expériences internationales marquantes. Il a notamment travaillé pour l’Associated Press — couvrant par exemple des événements en Bolivie lors de la mort de Che Guevara en 1967 — ainsi que pour l’agence allemande DPA, avant de s’installer à Londres pour intégrer la BBC en 1970.
De retour au Portugal après la Révolution des Œillets, il rejoint la radiotélévision publique RTP comme directeur adjoint de l’information. C’est à la télévision qu’il gagne une immense popularité en créant et en présentant des formats innovants qui associaient l’actualité au divertissement.

- Il a animé des émissions emblématiques comme Directíssimo, Tal & Qual et Informação 2.
- Il a introduit en 1979 les tout premiers sketchs de caméras cachées à l’antenne portugaise.
- Il a participé à la fondation de plusieurs publications de référence, dont les hebdomadaires O Jornal et Tal & Qual, ainsi que le magazine Sábado.
Sa contribution aux débats publics de l’après-25 Avril s’est aussi illustrée le 6 novembre 1975, lorsqu’il a modéré le célèbre duel télévisé opposant Mário Soares et Álvaro Cunhal, marqué par la formule historique écoutez bien, écoutez bien
.
De la presse à la présidence
Au-delà de ses rédactions et de ses plateaux de télévision, Joaquim Letria a exercé d’importantes responsabilités institutionnelles. Il a assumé la présidence du Syndicat des Journalistes et a rejoint l’équipe de la présidence de la République. Entre 1981 et 1986, il a officié en tant que porte-parole et conseiller en communication du président Ramalho Eanes.
Son attachement à la liberté d’expression s’est également traduit sur le plan juridique et académique. Il a consacré une partie de sa vie à l’enseignement des sciences de la communication dans plusieurs établissements supérieurs du pays et a publié de nombreux ouvrages, parmi lesquels A Verdade Confiscada et A Arte da Crónica.
Son indépendance d’esprit a été saluée par ses pairs, à l’image du comédien et doubleur Carlos Moura, qui a rappelé son exigence professionnelle lors de leurs collaborations passées (en soulignant qu’il s’intéressait avant tout aux fondements mêmes de l’information plutôt qu’aux logiques d’audience).

Elodie Martin – Nouvelles
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