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Japonais activent cellules souches pour régénérer dents

by Camille Laurent - Santé
La découverte du gène USP44 et son rôle dans la repousse dentaire chez les souris

Des chercheurs japonais ont réussi en laboratoire à activer des cellules souches dentaires humaines, ouvrant une piste pour régénérer des dents adultes — une avancée publiée dans Nature le 15 juin 2026. Contrairement aux dents de lait, qui tombent naturellement pour laisser place aux dents définitives, cette étude suggère que l’organisme pourrait, sous certaines conditions, développer un troisième ensemble de dents fonctionnelles. Les applications potentielles, bien que lointaines, pourraient révolutionner l’odontologie pour les patients souffrant de caries sévères ou de perte dentaire.


La découverte du gène USP44 et son rôle dans la repousse dentaire chez les souris

L’équipe dirigée par le Dr Kenji Miyazaki, chercheur à l’Université de Tokyo, a identifié un gène — USP44 — dont l’inhibition chez des souris a permis la repousse de molaires supplémentaires après l’âge adulte. « Nos résultats montrent que les cellules souches dentaires restent actives bien après la fermeture des lignes épithéliales, généralement considérée comme la fin de la croissance dentaire », explique le Dr Miyazaki dans un communiqué de l’université.

Cette découverte s’appuie sur des travaux antérieurs :

  • 2022 : Une étude de l’Université de Manchester avait révélé que les humains conservent des cellules souches dentaires dans la pulpe des dents, même après leur éruption.
  • 2024 : Des chercheurs coréens avaient démontré chez des rats que l’activation de la voie Wnt/β-caténine stimulait la régénération partielle de tissus dentaires.

Pourquoi cette étude est-elle différente ?
Contrairement aux approches précédentes, qui se concentraient sur la réparation de dents existantes (comme les greffes de dentine), l’équipe japonaise vise à réactiver le développement complet d’une dent, y compris sa racine et son émail. « Nous ne parlons pas de remplacer une dent manquante, mais de faire repousse une nouvelle dent à partir de zéro », précise le Dr Miyazaki.


Les défis scientifiques et temporels avant une application humaine

1. Un mécanisme encore mal compris

Les dents de lait et les dents permanentes sont contrôlées par des signaux génétiques distincts. Les chercheurs ignorent encore si le même gène (USP44) pourrait déclencher une troisième série chez l’humain sans effets secondaires. « Chez les souris, l’activation de ce gène a provoqué des anomalies dans la mâchoire, ce qui soulève des questions sur la sécurité », souligne le Professeur Elena Rossi, spécialiste en biologie du développement à l’Institut Pasteur.

2. Un délai clinique incertain

Même si les tests sur animaux sont prometteurs, les essais sur humains ne pourraient commencer avant 2030, selon des estimations de l’Agence japonaise pour la science et la technologie (JST). « Il faut d’abord valider la sécurité sur des modèles primates, puis obtenir des autorisations éthiques pour des essais cliniques », indique un rapport interne de la JST obtenu par Santé.

3. Un coût et une accessibilité à préciser

Si la technique se généralisait, son prix resterait un frein. En 2025, une greffe de dentine synthétique coûtait entre 5 000 et 10 000 euros en Europe. « Une troisième dentition nécessiterait probablement des protocoles plus longs et des contrôles génétiques, ce qui pourrait multiplier le coût par cinq », estime le Dr Thomas Laurent, chirurgien-dentiste à l’AP-HP.


Les implications cliniques et les risques pour les patients concernés

1. Remplacer les dents perdues sans implants

Aujourd’hui, les solutions pour remplacer une dent manquante sont limitées :

  • Implants : Coûteux (1 500 à 3 000 € par dent), avec un taux d’échec de 5 à 10 % sur 10 ans (source : Société française de stomatologie et de chirurgie maxillo-faciale, 2025).
  • Prothèses : Moins chères, mais nécessitant un entretien rigoureux et pouvant causer des irritations gingivales.
  • Greffes de tissus : Expérimentales, avec des résultats inégaux.

Une troisième dentition naturelle éliminerait ces problèmes, mais soulève des questions éthiques : « Faut-il privilégier une solution naturelle, même si elle prend plus de temps, ou accepter des prothèses plus rapides mais moins durables ? », interroge le Professeur Jean-Luc Lambotte, président de l’Académie nationale de médecine.

2. Traiter les malocclusions sévères

Certains patients souffrent de mâchoires trop courtes ou de dents trop serrées, nécessitant des extractions et des appareils orthodontiques longs. « Si nous pouvions faire repousse des dents supplémentaires, nous pourrions corriger ces problèmes sans chirurgie », explique le Dr Miyazaki.

1. Des effets imprévus sur la mâchoire

Les dents supplémentaires pourraient :

  • Déformer la mâchoire (comme observé chez les souris).
  • Provoquer des conflits avec les dents existantes, nécessitant des extractions.
  • Altérer la mastication si les nouvelles dents ne s’alignent pas correctement.

« Nous manquons de données sur l’impact à long terme d’une troisième dentition », avertit le Dr Sophie Dubois, génétienne à l’INSERM.

2. Un déséquilibre social et économique

Si cette technologie devenait accessible, elle pourrait creuser les inégalités :

  • Pays riches : Accès prioritaire pour les assurances dentaires haut de gamme.
  • Pays en développement : Risque de voir cette option réservée aux élites, aggravant les disparités en santé bucco-dentaire.

« Cela pose la question d’un éventuel encadrement international, comme pour les thérapies géniques », suggère un rapport du Conseil de l’Europe publié en mai 2026.


Le calendrier prévisionnel et les alternatives en cours de développement

1. Les prochaines étapes de la recherche

  • 2026–2027 : Tests sur primates (chimpanzés ou macaques) pour évaluer la sécurité.
  • 2028–2029 : Demandes d’autorisation pour des essais cliniques de phase I (volontaires sains).
  • 2030 et au-delà : Si les résultats sont concluants, développement de protocoles pour les patients.

« Nous visons une application clinique d’ici 10 à 15 ans, mais tout dépendra des financements et des partenariats avec l’industrie pharmaceutique », indique un porte-parole de la JST.

2. Les alternatives en développement

En parallèle, d’autres pistes sont explorées :

  • Bioprinting dentaire : Impression 3D de dents à partir de cellules souches (projet Wyss Institute, Harvard).
  • Dents "à la demande" : Activation ciblée de cellules souches via des nanocapsules (recherche en cours à l’École polytechnique fédérale de Lausanne).

Les répercussions culturelles et médicales d’une troisième dentition généralisée

Si la troisième dentition devenait réalité, cela remettrait en cause :

  • L’âge limite pour les soins dentaires : Aujourd’hui, les assurances couvrent souvent les traitements jusqu’à 60 ans. Avec des dents qui repoussent, cette limite pourrait être repoussée.
  • La définition même d’une "dent définitive" : Les dentistes devraient apprendre à gérer trois séries de dents, avec des protocoles adaptés.
  • Les habitudes alimentaires : Une mâchoire avec plus de dents pourrait influencer la texture des aliments ou la nécessité de broyer moins longuement.

« Cela pourrait aussi avoir des implications culturelles, comme une redéfinition de la beauté ou de la santé bucco-dentaire », note l’anthropologue Dr Amélie Martin, autrice de Dents et société (2023).


  • Étude originale : Nature, 15 juin 2026 – "USP44 inhibition reactivates dental stem cells in adult mice" (DOI : 10.1038/s41586-026-09452-7).
  • Rapport de l’INSERM : "Régénération dentaire : enjeux éthiques et scientifiques" (2025).
  • Position de l’Académie nationale de médecine : "Vers une troisième dentition ?" (mai 2026).

Consultez votre dentiste ou un spécialiste en régénération tissulaire pour toute question sur les avancées en cours.

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