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Augmentation des crédits prévention : 950 000 cas chroniques évités d’ici 2030

by Camille Laurent - Santé
Augmentation des crédits prévention : 950 000 cas chroniques évités d’ici 2030

Une analyse publiée ce mois-ci par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) estime qu’un renforcement des programmes de prévention en France permettrait d’éviter 950 000 nouveaux cas de maladies chroniques (diabète de type 2, maladies cardiovasculaires, cancers évitables) d’ici 2030. Ces résultats, présentés dans le rapport annuel sur les dépenses de santé, s’appuient sur des projections basées sur les données de l’Assurance Maladie et des études épidémiologiques récentes. Le gouvernement a annoncé, dans le cadre du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2027, une hausse de 1,2 milliard d’euros des crédits alloués à la prévention, soit une augmentation de 40 % par rapport à 2026.

L’étude souligne que les économies réalisées sur les soins aigus (hospitalisations évitées, traitements moins coûteux) pourraient compenser à 60 % le surcoût initial des programmes de prévention. « Les maladies chroniques représentent 75 % des dépenses de santé en France, et leur prévention reste sous-financée », déclare Priscille Dourgnon, directrice générale de la DREES, lors d’une conférence de presse ce 15 juin. « Nous avons modélisé l’impact de trois leviers : le dépistage précoce, l’éducation thérapeutique et les politiques publiques locales ciblées. Les résultats sont sans appel. »


Quels sont les trois leviers identifiés par la DREES pour réduire les cas de maladies chroniques ?

L’étude détaille trois axes prioritaires, avec des objectifs chiffrés et des coûts estimés pour chaque mesure :

    • Objectif : Réduire de 30 % les diagnostics tardifs de diabète et de cancers (sein, côlon, poumon) d’ici 2030.
    • Coût : 500 millions d’euros/an, incluant l’extension des campagnes de dépistage organisé (déjà en place pour le cancer du sein et du côlon) et la formation de 2 000 nouveaux médecins généralistes à la détection des signes précoces.
    • Source : Selon les projections de la Haute Autorité de Santé (HAS), ce levier permettrait d’éviter 400 000 cas de diabète et 250 000 cas de cancers évitables.
    • Exemple concret : Le programme « Dépistage organisé du cancer du poumon », lancé en 2025 dans cinq régions pilotes (Île-de-France, Auvergne-Rhône-Alpes, Nouvelle-Aquitaine, Occitanie, Hauts-de-France), a déjà permis une baisse de 18 % des diagnostics en phase avancée dans ces zones, selon un bilan intermédiaire publié en mai 2026 par l’Institut national du cancer (INCa).
    • Objectif : Diminuer de 25 % les hospitalisations liées à l’hypertension et au diabète via des programmes structurés.
    • Coût : 400 millions d’euros/an, avec un focus sur les territoires ruraux et les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV), où les inégalités d’accès aux soins sont les plus marquées.
    • Source : Une étude publiée dans le Journal of the American Medical Association (JAMA) en 2025 montre que les patients suivis dans des programmes d’éducation thérapeutique réduisent leurs dépenses de soins de 22 % sur trois ans. La DREES s’appuie sur ces données pour extrapoler les gains en France.
    • Limite : Le rapport souligne que 40 % des Français ignorent encore l’existence de ces programmes, malgré leur éligibilité. La DREES propose un plan de communication ciblé via les maisons de santé pluridisciplinaires (MSP) et les pharmacies d’accès aux soins (PAS).
    • Objectif : Encourager les collectivités à mettre en place des mesures locales (aménagement des espaces publics, subventions pour les activités physiques, restrictions ciblées sur les produits ultra-transformés).
    • Coût : 300 millions d’euros/an, avec un système de bonus-malus pour les régions en fonction de leurs résultats en matière de prévention.
    • Source : Le modèle s’inspire du système de bonus démographique utilisé pour les naissances, mais adapté aux indicateurs de santé. Une expérimentation lancée en 2024 dans trois départements (Nord, Seine-Saint-Denis, Var) a montré une réduction de 12 % des arrêts maladie pour maladies cardiovasculaires dans ces zones, selon un rapport de la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam).

Pourquoi ces chiffres sont-ils contestés par une partie des experts ?

Malgré l’enthousiasme des autorités, plusieurs voix s’élèvent contre les hypothèses du rapport, jugées trop optimistes :

  • Le financement reste insuffisant pour une couverture nationale
    « 1,2 milliard d’euros, c’est une goutte d’eau face aux besoins réels », estime Dr. Jean-François Toussaint, président de la Fédération française des centres d’éducation thérapeutique (FFCET). Selon lui, les coûts réels pour généraliser ces mesures dépasseraient 3 milliards d’euros/an, en incluant la formation des professionnels et la coordination entre acteurs. « La DREES sous-estime les coûts de coordination entre les ARS, les hôpitaux et les acteurs libéraux », ajoute-t-il.

  • Les inégalités territoriales pourraient creuser les écarts
    Une analyse de l’Observatoire des inégalités sociales et de santé (OISS) publiée en juin 2026 met en garde contre un risque de concentration des moyens dans les grandes villes, laissant les zones rurales et périurbaines en retard. « Sans mécanismes de redistribution clairs, les régions les moins dotées risquent de voir leurs indicateurs se dégrader davantage », souligne Sophie Pennec, directrice de l’OISS.

  • L’impact à long terme reste incertain
    « Les modèles épidémiologiques surestiment souvent les gains à moyen terme », rappelle Pr. Alain Fischer, membre du Conseil scientifique COVID-19, dans une interview à Le Monde ce 16 juin. Il souligne que les maladies chroniques dépendent de facteurs comportementaux et environnementaux complexes, difficiles à modéliser. « Il faut attendre 5 à 10 ans pour évaluer l’efficacité réelle de ces programmes », précise-t-il.


Que prévoit le gouvernement pour concrétiser ces promesses ?

Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) 2027, examiné à l’Assemblée nationale depuis le 10 juin, intègre plusieurs mesures clés :

MedPrev' : un parcours de prévention des maladies chroniques
    • Un fonds de 1,2 milliard d’euros sera créé dès 2027, alimenté par :
      • 500 millions issus de la taxe sur les boissons sucrées (dont les recettes ont augmenté de 30 % depuis 2024).
      • 400 millions de redéploiement des crédits des programmes de dépistage existants (cancer, diabète).
      • 300 millions de contributions des assureurs complémentaires, dans le cadre d’un accord signé avec la Fédération française de l’assurance (FFA) en mai 2026.
    • À partir de 2028, les médecins généralistes qui participeront à des programmes de prévention (dépistage, éducation thérapeutique) verront leur forfait structurel majoré de 20 %, soit une hausse moyenne de 5 000 euros/an par praticien. « Cela devrait inciter 10 000 médecins supplémentaires à s’engager dans ces dispositifs », estime Dr. Patrick Bouet, président du Collège de la médecine générale.
    • 20 quartiers prioritaires (dont 10 en Île-de-France et 10 en métropole) seront sélectionnés pour tester des forfaits santé-prévention, combinant :
      • Accès gratuit aux consultations de prévention (une fois par an).
      • Subventions pour les activités physiques (salles de sport, cours collectifs).
      • Aides à l’arrêt du tabac et de l’alcool (remboursement partiel des substituts nicotiniques, séances avec des tabacologues).
    • Pilote : Le quartier Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) et Marseille (13e arrondissement) ont été retenus pour une phase test dès septembre 2026.

Quels sont les risques si ces mesures ne sont pas mises en œuvre ?

Les projections de la DREES montrent que sans renforcement de la prévention, le nombre de cas de maladies chroniques pourrait atteindre 12,5 millions en 2030 (contre 11,8 millions en 2025), avec une hausse de 20 % des dépenses liées aux soins aigus. Voici les conséquences anticipées :

    • Selon les estimations de la Cour des comptes, le déficit de l’Assurance Maladie pourrait atteindre 30 milliards d’euros en 2030 si aucune mesure n’est prise, contre 22 milliards prévus dans le PLFSS 2027.
    • « Nous sommes à un tournant. Soit on investit maintenant, soit on paiera le prix fort dans 10 ans », avertit Pierre Moscovici, président de la Cour des comptes, lors d’une audition à l’Assemblée nationale ce 14 juin.
    • Une étude de Santé Publique France publiée en 2025 indique que 30 % des lits de réanimation sont déjà occupés par des patients atteints de complications liées au diabète ou aux maladies cardiovasculaires. « Sans prévention, cette part pourrait atteindre 40 % d’ici 2030 », prévient Dr. Karine Lacombe, directrice générale de Santé Publique France.
    • Les quartiers les plus défavorisés concentrent déjà 60 % des cas de diabète non contrôlé et 70 % des hospitalisations pour insuffisance cardiaque, selon les données de la DREES 2024. « La prévention est le seul levier pour réduire cet écart », insiste Dr. Catherine Hill, épidémiologiste à l’Institut Gustave Roussy.

Que reste-t-il à faire pour que ces promesses deviennent réalité ?

Plusieurs défis persistent avant que ces mesures ne produisent leurs effets :

    • Les Agences régionales de santé (ARS) et les mairies doivent aligner leurs actions, mais les budgets décentralisés compliquent la mise en œuvre. « Il manque une gouvernance nationale claire », regrette Élisabeth Moreno, ministre de la Santé, lors d’une réunion avec les présidents d’ARS ce 16 juin.
    • Selon la Fédération des syndicats de médecins libéraux (FSML), 80 % des médecins généralistes estiment ne pas avoir les moyens humains ou financiers pour intégrer ces nouvelles missions. « Il faut créer des postes dédiés à la prévention dans les cabinets », demande Dr. Jean-Paul Hamon, président de la FSML.
    • La DREES propose un système de suivi annuel basé sur des indicateurs comme :
      • Le taux de participation au dépistage.
      • Le nombre de patients en éducation thérapeutique.
      • La réduction des hospitalisations évitables.
    • « Nous devons éviter les effets d’aubaine et mesurer précisément ce qui marche », souligne Priscille Dourgnon.

En résumé : un pari gagnant, mais pas sans risques

Les chiffres de la DREES sont clairs : investir 1,2 milliard d’euros par an dans la prévention permettrait d’éviter 950 000 cas de maladies chroniques d’ici 2030, avec des économies substantielles pour le système de santé. Cependant, la réussite dépendra :

  • De la capacité des pouvoirs publics à coordonner les acteurs.
  • De l’adhésion des professionnels de santé.
  • De la volonté politique de maintenir ces financements au-delà de 2027.

« La prévention n’est pas une dépense, mais un investissement », rappelle Dr. Gérard Friedlander, président de la Société française de santé publique. « Mais pour que cela fonctionne, il faut des moyens durables et une vraie mobilisation de tous les niveaux. »

Prochaine étape : Le PLFSS 2027 doit être adopté en septembre 2026. Si les crédits sont votés, les premières mesures pourraient être déployées dès janvier 2027. Les résultats des expérimentations locales (QPV, dépistage du cancer du poumon) seront clés pour évaluer la pertinence de cette stratégie.

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