Italie renforce sa politique migratoire avec un nouveau projet de loi controversé
Rome – Le gouvernement italien, dirigé par Giorgia Meloni, a adopté un nouveau projet de loi sur l’immigration qui durcit les conditions d’entrée et de séjour dans le pays, suscitant des critiques de la part des organisations non gouvernementales et de l’opposition politique. Le texte, approuvé par le Conseil des ministres la semaine dernière, vise à renforcer le contrôle des frontières et à accélérer les procédures d’expulsion.
Le projet de loi, composé de 17 articles, s’inscrit dans la continuité de la politique restrictive menée par l’exécutif de centre-droit et s’aligne sur les nouvelles règles européennes en matière de migration et d’asile, dont l’Italie a contribué à la définition. Giorgia Meloni a déclaré que le texte permettrait d’empêcher l’entrée en territoire italien en cas de menace grave pour l’ordre public ou la sécurité nationale, notamment en période de forte pression migratoire ou de risque terroriste. Elle a également évoqué la possibilité de renvoyer les migrants vers des pays tiers, conformément aux accords bilatéraux.
“Les frontières de l’Italie sont les frontières de l’Europe. Les défendre est un devoir”, a affirmé le ministre de l’Intérieur, Matteo Piantedosi, sur X (anciennement Twitter). Le projet de loi prévoit notamment le renforcement des mesures d’expulsion et la possibilité d’interdire l’accès aux eaux territoriales italiennes pour des raisons de sécurité nationale.
Un “bloc naval” et des conditions plus strictes pour la protection spéciale
Parmi les mesures les plus controversées figure le rétablissement d’un dispositif qualifié de “bloc naval”, qui vise à empêcher le départ des migrants vers l’Italie. Ce dispositif s’appuie sur un accord avec l’Albanie, qui prévoit l’accueil des migrants interceptés en mer dans des centres d’accueil situés sur son territoire.
Le projet de loi durcit également les conditions d’obtention de la protection spéciale, une forme de protection accordée aux personnes qui ne peuvent pas bénéficier du statut de réfugié mais qui risquent de subir des persécutions dans leur pays d’origine. Désormais, les demandeurs devront justifier d’une résidence régulière d’au moins cinq ans, d’une connaissance certifiée de la langue italienne, d’un logement conforme aux normes sanitaires et de ressources financières suffisantes.
Selon les données disponibles, les commissions territoriales ont examiné 90 000 demandes de protection en 2024, dont 64 % ont été rejetées. La protection spéciale n’a été accordée que dans 14 % des cas, soit près de 13 000 personnes.
Critiques et inquiétudes
L’adoption de ce projet de loi a suscité de vives critiques de la part des organisations non gouvernementales et de l’opposition politique. Sea-Watch Italy a dénoncé une politique “inhumaine” et “vigliacque” qui consiste à renvoyer les migrants dans des pays où ils risquent d’être persécutés. Emergency a exprimé sa “préoccupation” face à un “nouvel durcissement” qui restreint l’espace opérationnel des ONG et met en danger la vie des migrants en Méditerranée centrale.
Riccardo Magi, secrétaire du parti +Europa, a alerté sur une possible limitation des pouvoirs d’inspection des parlementaires dans les centres de rétention administrative (CRA), ce qu’il juge “inaudible et même inconstitutionnel”. Le projet de loi prévoit en effet que seuls les membres du gouvernement et du parlement, accompagnés de leurs collaborateurs, pourront accéder aux CRA pour s’entretenir avec les migrants.
L’impact de cette nouvelle législation sur les flux migratoires et sur la situation des migrants en Italie reste à évaluer. Le gouvernement italien affirme que ces mesures sont nécessaires pour garantir la sécurité du pays et pour gérer de manière plus efficace les arrivées de migrants. Les organisations humanitaires, quant à elles, mettent en garde contre les conséquences humanitaires d’une politique de plus en plus restrictive.
Vidéo Facebook de la Présidente Meloni annonçant le projet de loi
Contexte international : L’Italie est l’un des principaux pays d’entrée en Europe pour les migrants et les réfugiés, en particulier ceux qui arrivent par la Méditerranée centrale. Selon les données de l’Organisation internationale des migrations (OIM), plus de 150 000 migrants sont arrivés en Italie par la mer en 2023, un chiffre record. La gestion des flux migratoires est un défi majeur pour l’Italie et pour l’Union européenne.
