Racisme et violence à l’encontre des chauffeurs de bus arabes en Israël s’intensifient, suscitant des inquiétudes et des appels à l’action
Jérusalem – Ce qui a commencé comme un service ordinaire pour Fakhri Khatib, chauffeur de bus à Jérusalem, s’est transformé en tragédie le mois dernier, mettant en lumière une escalade inquiétante de la violence raciste ciblant les chauffeurs de bus arabes en Israël. L’incident, qui a conduit à la mort d’un adolescent et à l’arrestation de Khatib, accusé initialement de meurtre aggravé, est symptomatique d’un problème de longue date qui s’aggrave, selon des syndicats et des défenseurs des droits.
L’affaire de Khatib, bien qu’extrême, révèle une tendance que les chauffeurs de bus dénoncent depuis des années. Le syndicat Koach LaOvdim a recensé une centaine d’agressions physiques nécessitant des soins médicaux rien qu’à Jérusalem l’année dernière, soit une augmentation de 30 % par rapport à 2023. Les incidents verbaux, quant à eux, sont jugés trop nombreux pour être comptabilisés.
Le 6 janvier, Khatib se trouvait aux prises avec une foule hostile alors qu’il conduisait près d’une manifestation organisée par la communauté ultra-orthodoxe juive. “Des gens ont commencé à courir vers moi et à crier ‘Arabe, Arabe !'”, a raconté Khatib à l’Agence France-Presse. “Ils m’insultaient et me crachaient dessus, j’ai eu très peur.”
Khatib a contacté la police, craignant pour sa sécurité, compte tenu de la recrudescence des attaques contre les chauffeurs de bus ces derniers mois. Cependant, après avoir attendu quelques minutes sans intervention policière, il a décidé de démarrer son bus pour échapper à la foule, ignorant que Yosef Eisenthal, 14 ans, s’était agrippé à son pare-chocs avant. L’adolescent a été mortellement percuté et Khatib a été arrêté. Les charges initiales de meurtre aggravé ont ensuite été requalifiées en homicide involontaire, et Khatib a été libéré sous caution en attendant la conclusion de l’enquête.
L’incident a suscité l’indignation et des appels à une action plus énergique de la part des autorités. Les chauffeurs de bus attribuent l’augmentation de la violence à l’atmosphère exacerbée depuis l’attaque du Hamas le 7 octobre et le conflit à Gaza qui a suivi. Ils accusent l’État de ne pas faire assez pour enrayer la violence et traduire les auteurs en justice.
“Nous n’avons personne pour nous soutenir, seulement Dieu”, a déclaré un chauffeur de bus, souhaitant rester anonyme, accusant le ministre de la Sécurité nationale d’extrême droite, Itamar Ben Gvir, d’attiser les tensions.
Mohamed Hresh, un chauffeur de bus arabe et responsable syndical de Koach LaOvdim, a dénoncé le manque d’arrestations malgré des preuves vidéo d’agressions et l’abandon de la plupart des affaires sans inculpation. La police n’a pas répondu aux demandes de commentaires de l’AFP.
La situation est devenue si préoccupante que le groupe de base juif-arabe Standing Together a organisé des “présences protectrices” sur les bus, une tactique habituellement utilisée pour dissuader la violence des colons contre les Palestiniens en Cisjordanie. Des militants ont monté à bord des bus à la sortie du stade Teddy de Jérusalem pour documenter les incidents et tenter de désamorcer les tensions.
“Nous pouvons constater que la situation dégénère parfois en bris de vitres ou en agression des chauffeurs de bus”, a déclaré Elyashiv Newman, un militant de Standing Together. Un journaliste de l’AFP a été témoin de jeunes supporters de football qui ont frappé et insulté un bus à la sortie du stade.
Le ministère des Transports a annoncé le lancement d’une unité de sécurité pilote sur les bus dans plusieurs villes, dont Jérusalem, avec des équipes de motocyclistes en intervention rapide en coordination avec la police. La ministre des Transports, Miri Regev, a déclaré que la violence dans les transports publics “franchissait une ligne rouge”.
Micha Vaknin, un chauffeur de bus juif et responsable syndical de Koach LaOvdim, a salué cette initiative comme un premier pas. Pour lui et son collègue Hresh, la solidarité entre les chauffeurs juifs et arabes est essentielle pour amorcer un changement. “Nous devons rester unis”, a déclaré Vaknin, “et ne pas nous laisser diviser.”
L’absence de statistiques officielles sur les agressions racistes contre les chauffeurs de bus en Israël complique l’évaluation de l’ampleur du problème. Cependant, les témoignages et les données syndicales indiquent une tendance alarmante qui nécessite une réponse urgente et coordonnée des autorités. L’affaire Khatib, et les nombreux incidents qui l’ont précédée, soulignent la nécessité d’une lutte plus efficace contre le racisme et la violence, ainsi que d’une protection accrue pour les travailleurs des transports publics.
[Image d’une manifestation ultra-orthodoxe à Jérusalem, légende : Des manifestants ultra-orthodoxes dans le quartier de Geula à Jérusalem, décembre 2025. (Chaim Goldberg/FLASH90)]
[Image des funérailles de Yosef Eisenthal, légende : Les funérailles de Yosef Eisenthal, 14 ans, tué après avoir été percuté par un bus lors d’une manifestation ultra-orthodoxe contre la conscription militaire à Jérusalem, janvier 2026. (Chaim Goldberg/Flash90)]
[Image de supporters de Beitar Jérusalem, légende : Supporters de Beitar Jérusalem lors d’un match de ligue israélienne contre Bnei Sakhnin au stade Teddy à Jérusalem, le 15 décembre 2025. (Danny Maron/Flash90)]
