Israël lance une vaste opération de régularisation foncière en Cisjordanie occupée, suscitant des craintes d’annexion de facto
RAMALLAH, Cisjordanie – Israël a annoncé dimanche le lancement d’un processus de régularisation foncière à grande échelle dans une vaste portion de la Cisjordanie occupée, une décision dénoncée par les Palestiniens et la communauté internationale comme une tentative d’annexion de facto et une violation du droit international.
L’opération, approuvée par le cabinet israélien, vise à enregistrer les terres en Cisjordanie, une zone que les Palestiniens revendiquent pour un futur État. Le processus exigera des propriétaires de terres, y compris les Palestiniens, de prouver leur propriété par des documents officiels. Les critiques craignent que ce processus ne favorise les revendications israéliennes et ne conduise à la confiscation de terres palestiniennes.
“Cette décision est très dramatique et permet à l’État de prendre le contrôle de presque toute la zone C”, a déclaré Hagit Ofran, directrice du programme de surveillance des colonies de Peace Now, un groupe israélien anti-colonisation. La zone C, qui représente 60 % de la Cisjordanie, est sous contrôle militaire israélien total en vertu des accords d’Oslo de 1993.
Selon Peace Now, le processus pourrait permettre à Israël de prendre le contrôle de jusqu’à 83 % de la zone C, soit environ la moitié de la Cisjordanie.
Le gouvernement israélien justifie cette mesure en affirmant qu’elle vise à apporter de la transparence au système foncier en Cisjordanie, soulignant que l’Autorité palestinienne aurait elle-même entrepris des procédures d’enregistrement des terres dans la zone C, en violation des accords existants.
Réactions internationales et palestiniennes
La décision israélienne a suscité une vague de condamnations internationales. L’Autorité palestinienne a qualifié la mesure de “grave escalade” et de “violation flagrante du droit international”, appelant la communauté internationale, notamment le Conseil de sécurité des Nations unies et les États-Unis, à intervenir immédiatement.
Le ministère jordanien des Affaires étrangères a également appelé la communauté internationale à “assumer ses responsabilités légales et morales” et à contraindre Israël à “cesser cette dangereuse escalade”. Le Qatar a exprimé sa préoccupation, qualifiant la décision d’une “extension de ses plans illégaux pour priver le peuple palestinien de ses droits”.
Les États-Unis, traditionnellement un allié proche d’Israël, n’ont pas encore publié de déclaration officielle. Cependant, des responsables américains ont exprimé leur inquiétude quant à toute action qui pourrait compromettre les perspectives d’une solution à deux États.
Contexte et implications
Cette décision s’inscrit dans un contexte de tensions croissantes en Cisjordanie et de multiplication des mesures israéliennes visant à renforcer son contrôle sur le territoire. Ces derniers mois, Israël a considérablement étendu la construction de colonies juives, légalisé des avant-postes illégaux et modifié ses politiques en Cisjordanie pour consolider sa présence.
Plus de 700 000 Israéliens vivent dans des colonies en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, des territoires capturés par Israël en 1967. La communauté internationale considère largement les colonies israéliennes comme illégales et un obstacle à la paix.
Selon les estimations, plus de 300 000 Palestiniens vivent dans la zone C de la Cisjordanie, dépendant de ses terres agricoles et de pâturage. La régularisation foncière pourrait menacer leurs moyens de subsistance et leur droit à la propriété.
La décision israélienne intervient également dans un contexte de crise économique et politique en Cisjordanie, exacerbée par le conflit à Gaza. Les Palestiniens craignent que cette nouvelle mesure ne complique davantage la situation et ne compromette les perspectives d’un État palestinien viable.
[Image d’une barrière de séparation en Cisjordanie, crédit : Ohad Zwigenberg/AP]
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