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Israël : la bataille pour le contrôle de la chaîne 13 et l’indépendance des médias

Bataille pour l’indépendance des médias en Israël : un milliardaire français s’empare d’une chaîne critique envers Netanyahu

Tel Aviv, Israël – L’avenir de l’indépendance des médias en Israël est au cœur d’une bataille acharnée, illustrée par la récente acquisition d’une participation dans la chaîne de télévision Channel 13 par le magnat franco-israélien Patrick Drahi. Cette transaction, qui intervient dans un contexte de tensions politiques croissantes et de tentatives perçues de museler les voix critiques à l’égard du Premier ministre Benjamin Netanyahu, soulève des inquiétudes quant à la liberté de la presse dans le pays.

Channel 13 s’est distinguée sur le marché médiatique israélien, réputé animé, par ses reportages approfondis et souvent controversés sur le gouvernement Netanyahu. La chaîne est le foyer de journalistes d’investigation de renom, tels que Raviv Drucker, dont le travail a fait de lui une cible pour le Premier ministre et ses alliés. Elle a même été la cible d’actes de vandalisme, avec des graffitis insultants visant ses employés en novembre dernier.

Face aux difficultés financières de la chaîne, un groupe d’une vingtaine d’entrepreneurs technologiques israéliens, menés par le milliardaire Assaf Rappaport, avait tenté de prendre une participation majoritaire. Leur objectif, selon une source proche des négociations, était de réaliser un “investissement à impact” pour “renforcer un média indépendant comme une nécessité démocratique”. Le groupe s’était engagé à investir un million de dollars chacun, soit un total de 20 millions de dollars, pour acquérir une part significative de la chaîne.

Rappaport, dont la société de cybersécurité Wiz est valorisée à 32 milliards de dollars, avait même menacé de transférer les finances de son entreprise hors d’Israël en signe de protestation contre la réforme judiciaire controversée menée par Netanyahu. Il avait multiplié les rencontres avec Leonard Blavatnik, actionnaire de Channel 13 via sa société Access Industries, allant jusqu’à le rencontrer dans des lieux prisés des milliardaires comme l’île caribéenne de St Bart’s, dans l’espoir de conclure un accord.

Cependant, l’offre de Rappaport a été devancée par celle de Patrick Drahi, qui a acquis une participation de 14,99% dans Channel 13 pour 40 millions de dollars. Drahi, dont la fortune est estimée à plusieurs milliards de dollars, possède déjà un média d’information de droite en Israël, ce qui alimente les craintes d’une influence accrue du gouvernement sur le paysage médiatique.

L’acquisition a provoqué une vague de critiques immédiates. Le quotidien libéral Ha’aretz a appelé à bloquer la vente, la qualifiant de faisant partie d’un “projet de destruction des médias de Netanyahu”. Le Mouvement pour une Gouvernance de Qualité, une organisation de défense des droits civiques, a demandé au procureur général d’enquêter sur la transaction, évoquant des “préoccupations concernant une implication politique inappropriée et des conflits d’intérêts”.

Access Industries a nié toute motivation politique, affirmant que l’offre de Drahi était simplement la plus avantageuse financièrement pour Channel 13, injectant des fonds immédiats dans la chaîne. “De ces deux propositions, c’était le montant confirmé le plus élevé et, en fin de compte, l’option la plus forte et la plus rapide qui a prévalu”, a déclaré un porte-parole.

L’affaire intervient dans un contexte plus large de pressions exercées sur les médias israéliens. Le gouvernement Netanyahu a récemment cherché à fermer Army Radio, la station de radio militaire, et à réduire le financement de la chaîne publique Kann. Il a également encouragé un boycott du quotidien Ha’aretz, connu pour ses critiques virulentes envers le Premier ministre.

Ces tentatives de contrôle des médias rappellent, selon certains observateurs, les tactiques employées par l’ancien président américain Donald Trump pour discréditer les médias critiques. Un exemple frappant est la transformation d’une chaîne gouvernementale peu regardée en Channel 14, un média ouvertement pro-Netanyahu. L’arrivée du journal gratuit Israel Hayom, financé par le magnat américain Sheldon Adelson, a également fragilisé les médias critiques en réduisant leurs revenus publicitaires.

Netanyahu est lui-même confronté à des accusations de corruption, notamment des allégations selon lesquelles il aurait tenté d’échanger des faveurs réglementaires contre une couverture médiatique favorable. Il nie ces accusations, mais ses avocats soutiennent qu’il est normal pour un Premier ministre de chercher à influencer la couverture médiatique.

Patrick Drahi a déjà investi des centaines de millions de dollars dans les médias israéliens, notamment avec la création de la chaîne d’information i24, qui a été critiquée pour son parti pris pro-gouvernemental. Haim Har-Zahav, le chef du syndicat des journalistes israéliens, estime que la motivation de Drahi est “zioniste”, arguant qu’il croit “qu’en aidant Netanyahu, il aide Israël”.

L’acquisition de Channel 13 par Drahi pourrait avoir des conséquences importantes pour le paysage médiatique israélien, en particulier à l’approche des élections prévues dans les prochains mois. Les journalistes de Channel 13 craignent des licenciements, une ingérence éditoriale et une fusion avec i24, ce qui pourrait compromettre leur capacité à mener des reportages indépendants.

Le gouvernement israélien envisage également des changements réglementaires qui pourraient renforcer son contrôle sur les médias, notamment la création d’un nouveau régulateur et la prise en charge de la mesure de l’audience télévisuelle. Ces mesures, dénoncées par des organisations de défense de la liberté de la presse comme Reporters sans frontières, pourraient sonner le glas de l’indépendance des médias en Israël.

Intégration potentielle d’un tweet de Raviv Drucker sur la situation

Intégration potentielle d’une vidéo YouTube analysant la réforme judiciaire en Israël

L’avenir de Channel 13, et plus largement de l’indépendance des médias en Israël, reste incertain. La bataille pour la liberté de la presse dans le pays est loin d’être terminée.

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