Texas : La haine anti-musulmane s’invite dans la campagne électorale
AUSTIN, Texas – Alors que la rhétorique anti-immigration s’essouffle au Texas, une nouvelle forme de populisme s’enracine : l’islamophobie. Des candidats républicains, de l’échelon local à la course au Sénat, alimentent un discours de peur et de rejet envers les musulmans, ravivant des tensions qui rappellent l’atmosphère post-11 septembre.
Le phénomène, largement documenté par le Los Angeles Times, ne se limite pas à des attaques verbales. Il se traduit par des propositions concrètes, allant de l’interdiction de vêtements religieux traditionnels à des appels à la déportation massive. Larry Brock, candidat à la Chambre des représentants de l’État, a ainsi déclaré lors d’un forum public qu’il fallait “interdire le burqa, le hijab, l’abaya, le niqab” et “interdire la viande halal” ainsi que la célébration du Ramadan. Brock, déjà condamné pour son rôle dans l’assaut du Capitole américain le 6 janvier 2021, incarne cette radicalisation croissante.
[Image intégrée : Capture d’écran d’un tweet de Randy Fine, représentant de Floride, comparant les chiens aux musulmans. Source : X.com]
L’inquiétude monte également du côté démocrate, avec des appels à la censure du représentant républicain de Floride, Randy Fine, après ses propos incendiaires sur X (anciennement Twitter) : “Si on nous force à choisir, le choix entre les chiens et les musulmans n’est pas difficile.”
Un vide idéologique comblé par la peur
Selon Jim Henson, directeur du Texas Politics Project à l’Université du Texas à Austin, cette montée de l’islamophobie est une conséquence directe de l’affaiblissement du discours anti-immigration. “Les républicains ont besoin de trouver quelque chose qui touche à ces questions d’identité culturelle et qui unifie et anime la base électorale”, explique-t-il. Avec le ralentissement des flux migratoires à la frontière américano-mexicaine, notamment sous l’administration Trump, les candidats cherchent un nouveau bouc émissaire.
Le gouverneur républicain Greg Abbott, en quête d’un quatrième mandat historique, a contribué à cette polarisation en désignant la Muslim Brotherhood et le Council on American-Islamic Relations (CAIR) comme des organisations terroristes en novembre dernier. CAIR, une organisation de défense des droits civiques musulmans, a dénoncé cette décision comme une tentative de diabolisation.
[Vidéo intégrée : Extrait d’une interview de Bo French, candidat à la Railroad Commission du Texas, appelant à la déportation de tous les musulmans. Source : YouTube (si disponible, sinon lien vers un article de presse relatant ses propos)]
L’EPIC City au cœur de la controverse
Un projet immobilier particulier, EPIC City, une communauté planifiée à 40 miles à l’est de Dallas, initiée par l’East Plano Islamic Center, est devenu un point de friction majeur. Des accusations de “Sharia City” ont été lancées par le procureur général Ken Paxton, qui a promis une enquête. L’affaire a même attiré l’attention du Département du Logement et du Développement Urbain des États-Unis, qui a ouvert sa propre enquête suite à une demande du sénateur John Cornyn.
Ces attaques s’inscrivent dans un contexte plus large de suspicion envers la communauté musulmane texane, qui représente environ 2% de la population adulte de l’État, soit entre 300 000 et 500 000 personnes selon une étude de Pew Research Center réalisée en 2024.
Un danger pour la démocratie
Au-delà des implications politiques, cette rhétorique haineuse soulève des questions fondamentales sur la tolérance et l’inclusion. Les experts s’inquiètent de la normalisation de la discrimination et de la stigmatisation d’une communauté entière. La résurgence de l’islamophobie au Texas est un signal d’alarme qui appelle à une vigilance accrue et à un engagement ferme en faveur des valeurs de diversité et de respect mutuel. Le risque, comme le soulignent les observateurs, est de voir une minorité vulnérable devenir la cible d’une violence politique et sociale.
