Isabel Allende : L’absence d’un père,un vide non ressenti
santiago,Chili – L’écrivaine chilienne Isabel Allende a révélé un aspect surprenant de sa relation avec l’absence de son père biologique,un sujet souvent exploré dans son œuvre,notamment dans son roman le plus célèbre,La Maison aux Esprits. Contrairement aux attentes de ses thérapeutes et même de certains de ses collègues qui la considèrent comme ayant créé un alter ego en Emilia del Valle, Allende affirme ne ressentir aucun vide ou traumatisme lié à cette figure paternelle disparue.
Son père biologique a quitté la famille alors qu’elle avait trois ans, et sa mort n’a été confirmée que des décennies plus tard, lors d’une macabre identification dans une morgue. Pourtant,Allende explique qu’il n’a jamais été une figure de manque dans sa vie,son absence étant si complète qu’elle n’a jamais suscité de deuil.
“Je ne porte pas de chagrin ou un sentiment de perte,” a-t-elle déclaré. “J’ai un beau-père aimant, et je ne ressens pas ce manque que les thérapeutes insistent à me faire croire.”
Cette absence d’émotion personnelle contraste fortement avec la scène poignante qu’elle a écrite dans la Maison aux Esprits, où Emilia del Valle rencontre son propre père biologique. Allende a expliqué qu’elle s’est facilement identifiée à la compassion d’Emilia pour son père,même si elle n’a personnellement ressenti aucune empathie en voyant le corps de son propre père. elle aurait pu ressentir de la compassion si elle l’avait rencontré vieilli et malade,mais la réalité a été un simple constat : “C’était juste un corps.”
Cette révélation offre un éclairage nouveau sur la complexité de la création littéraire et la manière dont les expériences personnelles peuvent être transformées en fiction, sans pour autant dicter les émotions ressenties par l’auteur. Elle souligne également la diversité des réactions face à l’abandon parental, remettant en question les idées préconçues sur le traumatisme et le deuil.
L’histoire d’Allende rappelle que le chemin du deuil est unique à chacun, et que l’absence d’une figure parentale ne conduit pas nécessairement à une souffrance durable. Elle illustre la capacité humaine à s’adapter et à trouver l’épanouissement même face à des circonstances difficiles, et à transformer ces expériences en une œuvre artistique puissante et universelle.
