Home InternationalFujimori devance Sánchez de 35 000 voix dans les élections présidentielles du Pérou

Fujimori devance Sánchez de 35 000 voix dans les élections présidentielles du Pérou

Un dénouement attendu, mais pas sans tensions

Avec plus de 99 % des bulletins de vote comptabilisés, Keiko Fujimori, candidate de droite et héritière politique de l’ex-président Alberto Fujimori (1990-2000), a consolidé sa victoire dans la seconde manche des élections présidentielles péruviennes du 7 juin, devançant son rival de gauche Roberto Sánchez de près de 35 000 voix. Le résultat, annoncé ce mercredi 16 juin, scelle une victoire historique pour la fille du controversé ancien dirigeant, après une campagne marquée par des accusations d’irrégularités et un scrutin aussi serré que polarisé.

Un dénouement attendu, mais pas sans tensions

Les chiffres officiels de l’Office National des Processus Électoraux (ONPE) placent Fujimori à 50,1 % des suffrages, contre 49,9 % pour Sánchez, avec une marge de seulement 0,2 % — une différence infime qui rappelle les élections de 2021, où Pedro Castillo avait l’emporté sur elle par 0,25 % des voix. Selon les données de la BBC, cette avance de 35 524 voix sur 19 millions de bulletins comptabilisés pourrait encore évoluer, car près de 250 000 voix (soit environ 1,3 % du total) restent en suspens en raison d’impugnations ou d’observations en cours.

Un dénouement attendu, mais pas sans tensions
Photo: El Espectador

La lenteur du décompte s’explique par des centaines de recours déposés par les deux camps. Le parti de Fujimori, Fuerza Popular, a contesté des milliers de bulletins dans des zones rurales où Sánchez est traditionnellement fort, tandis que les partisans de ce dernier ont impugné des résultats dans des districts de Lima, bastion fujimoriste. Le Jurado Nacional de Elecciones (JNE), l’autorité électorale suprême, a indiqué que le résultat définitif ne serait proclamé que “mi-juillet”, une fois toutes les contestations résolues.

Protestations et appels au calme

Malgré la victoire apparente de Fujimori, le camp de Sánchez n’a pas l’intention de céder sans combat. Le parti Juntos por el Perú a convoqué une marche de protestation pour ce vendredi 17 juin à Lima, dénonçant “la manque de transparence des organismes électoraux, le changement des règles électorales et une série d’irrégularités” — des accusations que le JNE n’a pas encore validées. Dans une déclaration à la radio RPP, Luis Galarreta, candidat à la vice-présidence sur la liste de Fujimori, a appelé à la patience :

Protestations et appels au calme
Photo: BBC
« Nous allons attendre le décompte final de l’ONPE pour ensuite nous prononcer. Avec sérénité et beaucoup de gratitude, nous prenons ces nouveaux résultats. »

De son côté, Fujimori a exhorté ses partisans à “défendre chaque vote”, tout en rappelant que Sánchez avait promis de respecter le verdict populaire. La mission d’observation de l’Union européenne a salué un scrutin “tranquille et ordonné”, malgré une campagne extrêmement polarisée. Pourtant, les tensions persistent : des sympathisants de Sánchez ont été empêchés de participer à l’installation des bureaux de vote dans certaines régions, une situation que le parti a qualifiée d’”atteinte à la transparence”.

Une victoire qui s’annonce, mais pas sans risques

Si Fujimori semble en passe de devenir la première femme présidente du Pérou, son accession au pouvoir s’annonce comme un défi majeur. Son père, Alberto Fujimori, a gouverné de 1990 à 2000 avant de démissionner sous la pression d’un scandale de corruption et de violations des droits humains. Keiko Fujimori, déjà candidate à quatre reprises (2011, 2016, 2021), incarne une droite conservatrice qui mise sur la stabilité économique et la lutte contre l’insécurité, tandis que Sánchez représente l’héritage du mouvement populiste de Pedro Castillo, renversé en 2022 après un coup d’État avorté.

Keiko Fujimori leads Roberto Sánchez by more than 18,000 votes
Une victoire qui s’annonce, mais pas sans risques

Les enjeux sont immenses : le Pérou sort d’une décennie de crise politique marquée par huit présidents différents, et les attentes en matière de sécurité, de croissance économique et de justice sociale sont immenses. Fujimori devra aussi gérer les relations tendues avec les communautés indigènes et les mouvements sociaux, particulièrement actifs depuis la chute de Castillo. Selon Revista Semana, cette élection pourrait marquer un tournant pour la région : avec une marge aussi étroite, elle rejoint les cas les plus serrés d’Amérique latine depuis 1990, comme ceux du Salvador en 2014 ou du Pérou lui-même en 2016 et 2021.

Que se passera-t-il ensuite ?

Trois scénarios se dessinent désormais :

  • Un résultat définitif mi-juillet : Si aucune nouvelle impugnation majeure n’émerge, le JNE pourrait proclamer Fujimori présidente électe le 28 juillet, date de son entrée en fonction. Son premier défi sera de former un gouvernement capable de rassembler les forces politiques fragmentées.
  • Des recours supplémentaires : Le parti de Sánchez pourrait déposer de nouvelles contestations, notamment si des irrégularités sont confirmées dans des zones clés. Le JNE a déjà rejeté sept recours de Fuerza Popular dans la région de Puno, mais d’autres pourraient suivre.
  • Une transition conflictuelle : En cas de victoire contestée, des manifestations pourraient s’intensifier, comme en 2020 après la réélection controversée d’Alvaro Arzú au Nicaragua. La communauté internationale, déjà critique envers le gouvernement péruvien actuel, surveillera de près la légitimité du processus.

Pour l’instant, Fujimori évite les déclarations triomphales, préférant insister sur la nécessité de “calme et de réflexion”. Mais avec une avance déjà significative et des réserves de voix majoritairement favorables, son chemin vers le palais de gouvernement semble dégagé — à condition que les impugnations ne bouleversent pas le scénario. Une chose est sûre : cette élection, aussi serrée soit-elle, a confirmé une tendance lourde du Pérou contemporain : la démocratie péruvienne se joue désormais à quelques milliers de voix près.

Les prochains jours seront cruciaux. Les Péruviens, habitués aux rebondissements électoraux, retiennent leur souffle. Et le monde observe.

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