Téhéran sous les bombes : un aperçu cauchemardesque d’une crise humanitaire
Téhéran, Iran – Des nuages de fumée toxique, une pluie noire chargée d’huile, des immeubles d’habitation détruits. Voilà le paysage qui s’est imposé aux habitants de Téhéran au début du mois de mars 2026, après une série de frappes israéliennes sur des installations pétrolières dans la capitale et ses environs. L’attaque, lancée le 28 février, a déjà fait plusieurs morts et soulève des inquiétudes majeures quant à l’impact à long terme sur la santé et l’environnement.
Le 8 mars, le soleil était invisible à midi, masqué par les panaches de fumée. Les frappes ont visé une trentaine d’installations pétrolières, causant des explosions qui ont tué six personnes dans la ville de Karaj. Sur les réseaux sociaux, malgré les restrictions d’accès à internet, des images ont circulé, montrant des voitures recouvertes d’une substance noire et visqueuse, résidu d’une pluie acide provoquée par les frappes. Des scientifiques mettent en garde contre les risques potentiels pour la santé, notamment un risque accru de cancer, de maladies cardiovasculaires et de troubles cognitifs.
L’attaque, qualifiée d’"incohérente" et "non provoquée" par des observateurs internationaux, a été critiquée pour son manque de légitimité, en l’absence d’autorisation du Conseil de sécurité des Nations unies ou du Congrès américain. Même certains alliés des États-Unis, comme la Première ministre italienne Giorgia Meloni, ont dénoncé la guerre comme illégale.
Témoignages de Téhéranais : un quotidien bouleversé
Amir Bakhshi, un habitant de Téhéran, a partagé sur X (anciennement Twitter) son expérience des bombardements. Son appartement, situé près de l’aéroport international de Mehrabad, a été témoin de scènes apocalyptiques. "Le ciel s’illuminait fréquemment, puis les ondes de choc nous atteignaient, faisant trembler les portes et les fenêtres jusqu’à la rupture", a-t-il écrit. L’aéroport, construit en 1938, a été lourdement endommagé, un symbole de l’histoire iranienne réduit en ruines.
D’autres sites culturels ont également été touchés, notamment le Palais de Golestan, la citadelle de Falak ol-Aflak à Khorramabad et le Palais Chehel Sotoun à Ispahan, des monuments inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Reza Kangazian, un metteur en scène de théâtre d’Ispahan, a publié des vidéos de son appartement et de sa voiture détruits par les frappes. Il a exprimé son désespoir face à la destruction et à l’injustice de la guerre. "Quand on marche sur les ruines de sa maison et que sa voiture est réduite en miettes, plus rien n’a d’importance", a-t-il écrit.
Réactions contrastées et questionnements moraux
La guerre a suscité des réactions contrastées au sein de la diaspora iranienne. Certains exilés ont accueilli favorablement le conflit, y voyant une opportunité de renverser le régime islamique. Cependant, cette attitude a été critiquée par d’autres Iraniens, qui estiment qu’aucun objectif politique ne justifie les souffrances infligées à la population civile.
Yahya Kamalipour, un universitaire iranien-américain, a souligné l’importance de ne pas céder au "schadenfreude" (joie maligne) face à la tragédie iranienne. Il a rappelé que la nature autoritaire d’un gouvernement ne justifie pas de se réjouir des souffrances de ses citoyens.
Hooman Majd, un autre auteur iranien-américain, a exprimé son sentiment de responsabilité morale face à la guerre, malgré son absence de pouvoir sur les événements. Il a dénoncé la complaisance face à la destruction d’une école primaire.
Une crise humanitaire en développement
Selon les Nations unies, près de 3,2 millions d’Iraniens ont été temporairement déplacés en raison des combats. Les infrastructures civiles ont été gravement endommagées, et les services essentiels sont perturbés. Les personnes âgées et les personnes handicapées sont particulièrement vulnérables.
Le Croissant-Rouge iranien a signalé que plus de 42 000 unités civiles, dont des centres commerciaux et des immeubles d’habitation, ont été endommagées depuis le début des frappes. Le quartier de Majidiyeh à Téhéran, qui abrite une importante communauté arménienne, a été particulièrement touché.
Alors que la guerre se poursuit, l’Iran est confronté à une crise humanitaire de grande ampleur. La communauté internationale est appelée à agir pour protéger les civils et fournir une assistance aux personnes touchées. La question de la responsabilité des États-Unis et d’Israël dans cette crise reste au cœur des débats.
