Iran : Des soignants clandestins luttent pour témoigner des blessures d’une répression meurtrière
RASHT, Iran – Au cœur d’une crise humanitaire silencieuse, des médecins et des volontaires iraniens risquent leur vie pour documenter l’étendue réelle des blessures infligées lors des récentes manifestations, une tâche rendue périlleuse par la manipulation des données médicales et l’intimidation des professionnels de la santé. L’accès à des chiffres précis sur les victimes est bloqué, mais des témoignages recueillis par l’Associated Press révèlent un tableau alarmant de violence et de tentatives de dissimulation.
L’ampleur des blessures est difficile à quantifier, expliquent plusieurs médecins contactés. Les hôpitaux, débordés, n’ont pas pu prendre en charge tous les blessés, et certains patients admis n’ont même pas été enregistrés dans les systèmes hospitaliers. Pire, des preuves suggèrent que des dossiers médicaux ont été altérés ou détruits, que ce soit par les forces de sécurité ou par des membres du personnel hospitalier sous pression.
Face à ce mur d’opacité, un réseau informel de soignants a commencé à compiler ses propres archives. Anush, un employé hospitalier de Rasht, dans le nord de l’Iran, a secrètement photographié des centaines de radios et de scanners, témoignant de la brutalité des affrontements. “Je veux que le monde sache que ces personnes ont existé et qu’elles ont payé un prix pour leur liberté”, a-t-il confié, utilisant un pseudonyme par crainte de représailles.
Les images, partagées avec l’AP, sont glaçantes. Une radiographie montre une balle ayant fracturé le fémur d’une mère de 47 ans qui tentait de protéger son fils. Un scanner cérébral révèle une bille métallique ayant partiellement aveuglé une infirmière touchée par un tir à la tête alors qu’elle quittait l’hôpital. “Les services d’urgence ressemblaient à une zone de guerre, contrôlée par des miliciens du régime”, témoigne Anush. Il décrit des agents en civil qui suivait les manifestants jusqu’en salle d’opération, pour les arrêter après leur traitement. Des altercations entre médecins et forces de l’ordre ont eu lieu, et un stagiaire médical a été blessé par des tirs de billes métalliques.
Le témoignage d’Anush est corroboré par d’autres sources. Il raconte l’histoire d’une mère désespérée, arrivant à l’hôpital avec une photo de son fils disparu. Peu après, les forces de sécurité ont ramené un corps, “avec le visage du fils de cette mère”. “Ses mains étaient liées et il avait une balle dans la tête”, se souvient Anush.
La peur de la disparition dans les prisons iraniennes pousse de nombreux blessés à renoncer aux soins médicaux. La situation est particulièrement critique dans les régions isolées, où l’accès aux cliniques privées est limité. Des convois médicaux improvisés ont été organisés par des volontaires pour transporter les blessés vers des établissements plus sûrs.
Un de ces convois, filmé par un volontaire et partagé sur Instagram (voir ci-dessous), a transporté des manifestants blessés sur près de 200 kilomètres, en évitant les barrages routiers et les patrouilles de police. Le trajet était stressant, mais les volontaires ont tenté de remonter le moral des blessés en jouant de la musique et en chantant des chansons folkloriques. Malheureusement, une jeune femme touchée à l’œil par une balle en caoutchouc a perdu la vue malgré les soins prodigués.
[Intégration d’un post Instagram ici, si disponible, montrant un convoi médical ou un témoignage de volontaire. Exemple : [Image d'un convoi médical avec la légende : "Volontaires transportant des blessés en Iran. #IranProtests #HumanitarianAid"] ]
“Nous nous battons avec une cuillère en bois contre un gouvernement armé jusqu’aux dents”, déplore Renas, le conducteur du convoi.
Ces événements s’inscrivent dans un contexte de répression croissante des manifestations en Iran, qui ont débuté en septembre 2022 suite à la mort de Mahsa Amini, une jeune femme arrêtée pour avoir porté son voile de manière “inappropriée”. Selon les Nations Unies, plus de 500 personnes ont été tuées et des milliers arrêtées lors des manifestations. Le gouvernement iranien minimise l’ampleur de la violence et accuse les manifestants d’être des “terroristes” soutenus par des puissances étrangères.
L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a exprimé sa préoccupation face aux restrictions imposées aux professionnels de la santé et à l’accès aux soins dans les zones touchées par les manifestations. L’OMS appelle à une enquête indépendante sur les allégations de violence et de manipulation des données médicales.
Le travail clandestin des soignants iraniens est un acte de résistance et un témoignage poignant de la souffrance infligée aux manifestants. Leur courage et leur détermination à documenter la vérité sont essentiels pour que le monde entier prenne conscience de la situation en Iran et pour que les responsables de ces violations des droits humains soient tenus responsables.
[Lien vers un rapport de l’ONU sur les manifestations en Iran : [Lien vers le rapport de l'ONU] ]
[Lien vers un article de Reuters sur la répression des manifestations en Iran : [Lien vers l'article de Reuters] ]
