Le Flipper One, nouveau joyau technologique de la société Flipper Devices, pourrait bien redéfinir la catégorie des cyberdecks portables. Annoncé comme un “outil multiréseau” et une machine Linux complète, ce gadget ambitieux, encore en développement, promet de combiner puissance de calcul, connectivité avancée et une approche radicalement ouverte. Alors que le Flipper Zero, son prédécesseur, avait séduit par sa capacité à manipuler des protocoles sans fil comme le NFC ou l’infrarouge, le Flipper One vise une tout autre cible : les communications réseau modernes, avec un processeur 8 cœurs, une gestion avancée de l’IA locale, et une modularité sans précédent. Mais derrière cette promesse se cachent des défis techniques et financiers majeurs, ainsi qu’une stratégie de développement communautaire inédite.
Un cyberdeck ambitieux dépassant les limites du Flipper Zero
Contrairement à ce que son nom pourrait suggérer, le Flipper One n’est pas une simple évolution du Flipper Zero. Les créateurs insistent sur le fait qu’il s’agit d’un projet distinct, conçu pour des tâches radicalement différentes. Là où le Zero se concentrait sur le hacking de bas niveau – cartes NFC, télécommandes infrarouges, ou systèmes RFID –, le One ambitionne de devenir un “ordinateur de poche” capable de gérer des protocoles réseau avancés : Wi-Fi 6, 5G, Ethernet, et même des connexions satellitaires. Sous son boîtier compact se cache un processeur Rockchip RK3576 à 8 cœurs, une unité NPU (Neural Processing Unit) pour l’exécution locale de modèles d’IA, 8 Go de RAM et un écran monochrome de 256×144 pixels. Une configuration qui en fait bien plus qu’un simple outil de piratage : un véritable mini-PC Linux, selon les termes de Pavel Zhovner, cofondateur et PDG de Flipper Devices.

Une intégration Linux ARM ouverte pour éviter l’obsolescence
Ce qui distingue vraiment le Flipper One, c’est son approche radicalement ouverte. Là où la plupart des appareils Linux grand public reposent sur des versions fragmentées du noyau, avec des correctifs propriétaires et des “board support packages” incompréhensibles pour les développeurs indépendants, Flipper Devices collabore avec Collabora pour intégrer pleinement le RK3576 dans le noyau Linux principal. Une démarche qui vise à éviter le piège des systèmes fermés, où chaque fabricant superpose ses propres couches obscures. “L’état actuel de Linux sur ARM est déprimant”, a confié l’équipe à The Register, soulignant que chaque constructeur ajoute son propre bricolage : modules de démarrage fermés, correctifs spécifiques, et des packages de support qui ne sont compréhensibles que par les ingénieurs des puces. Avec le Flipper One, l’objectif est clair : créer un appareil qui ne devienne pas obsolète dès sa sortie.

Une communauté au cœur du développement collaboratif
Pour y parvenir, Flipper Devices a ouvert en grand les portes de son développement. Le projet est hébergé sur un wiki public où chacun peut consulter les discussions internes des développeurs, les trackers de tâches, et la documentation technique détaillée. Une transparence sans précédent pour un appareil en cours de conception. “Le Flipper Zero nous a appris à quel point on peut faire avec un produit ouvert et bien ciblé, poussé plus loin par une communauté que nous ne pouvons égaler seuls”, explique Zhovner dans une interview accordée à Tom’s Hardware. “Le Flipper One est ce qui arrive quand on applique cette même approche à un problème bien plus vaste : construire un appareil Linux ARM entièrement ouvert qui ne devienne pas obsolète dès sa sortie.” Un pari audacieux, d’autant que le projet reste en phase de prototypage, avec des défis majeurs à relever, comme la gestion de l’alimentation ou le support des accélérateurs matériels.
Modularité et cas d’usage innovants pour un appareil polyvalent
Si le Flipper Zero était un couteau suisse pour les protocoles sans fil, le Flipper One se présente comme une boîte à outils complète pour les réseaux. Outre ses ports Ethernet gigabit, ses connecteurs USB-C et USB-A, et son slot microSD, le nouvel appareil intègre une prise HDMI complète, deux ports Ethernet, et surtout un slot M.2 capable d’accueillir des modules d’extension. Ces derniers pourraient ajouter des fonctionnalités comme la connectivité cellulaire 5G, ou même des périphériques NFC/RFID pour retrouver les capacités du Zero. Une modularité qui en fait un candidat idéal pour des usages variés : routeur de voyage, boîte TV Linux, ou même station de travail d’urgence en déplacement.
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La liste des cas d’usage potentiels est longue. Selon The Verge, le Flipper One pourrait servir de passerelle VPN, d’analyseur de trafic Ethernet, ou même d’adaptateur USB pour étendre les capacités Wi-Fi ou Ethernet d’un autre appareil. Son prix, estimé à environ 350 dollars pour la configuration de base (sans module cellulaire), le place dans une fourchette accessible pour un appareil aussi puissant, même si les coûts des puces et de la mémoire pourraient faire varier ce tarif. À titre de comparaison, le Flipper Zero, bien moins puissant, est vendu 220 euros. Une différence de prix qui reflète l’ambition du Flipper One : ne pas se contenter d’être un outil de niche, mais un véritable ordinateur portable Linux, optimisé pour les mains expertes comme pour les débutants.
Pour faciliter son utilisation, Flipper Devices mise sur une interface sans souris. Comme son prédécesseur, le Flipper One sera contrôlé via un D-pad et des boutons programmables, une solution adaptée à son écran de petite taille. Les développeurs travaillent actuellement sur une interface utilisateur adaptée, ainsi que sur un système de profils multiples pour répondre à différents besoins : un profil “routeur de voyage”, un autre “boîte TV”, ou encore un environnement de bureau d’urgence. Une approche qui rappelle les cyberdecks DIY populaires chez les passionnés de technologie, mais avec une intégration bien plus poussée.
L’un des aspects les plus innovants du Flipper One réside dans sa méthode de développement. Contrairement à la plupart des appareils high-tech, dont les spécifications sont figées avant le lancement, Flipper Devices a choisi d’impliquer sa communauté dès le début. Le projet est entièrement documenté sur un wiki public, où les développeurs partagent leurs discussions internes, leurs problèmes techniques, et leurs solutions. Une transparence rare qui permet à quiconque de contribuer, que ce soit en testant des prototypes, en proposant des améliorations, ou en aidant à résoudre des bugs.
Cette approche collaborative s’inscrit dans la lignée du succès du Flipper Zero, qui avait séduit par son accessibilité et sa capacité à être étendu par des tiers. “Nous ne pouvons pas faire ça seuls”, reconnaît Zhovner dans une interview pour Gizmodo. “C’est pourquoi nous ouvrons le processus de développement dès le premier jour.” Le calendrier de sortie reste flou : une campagne Kickstarter est prévue pour la fin de l’été 2026, mais aucune date de lancement commercial n’a encore été annoncée. Les prototypes existent déjà, mais des défis techniques persistent, notamment au niveau de la gestion de l’alimentation et de l’intégration complète du RK3576 dans le noyau Linux principal.
Pour les passionnés de technologie, cette approche ouverte est une aubaine. Elle rappelle les projets comme Raspberry Pi, où la communauté joue un rôle clé dans l’évolution du matériel et du logiciel. Mais elle soulève aussi des questions : comment Flipper Devices pourra-t-il concilier cette transparence avec les contraintes de production et de sécurité ? Et surtout, parviendra-t-il à éviter les pièges des systèmes Linux fragmentés, où chaque constructeur ajoute ses propres couches fermées ?
Si le Flipper One tient ses promesses, il pourrait bien devenir le cyberdeck ultime, combinant puissance de calcul, modularité, et une approche radicalement ouverte. Mais son succès dépendra de plusieurs facteurs. D’abord, sa capacité à surmonter les défis techniques liés à l’intégration du RK3576 dans le noyau Linux principal. Ensuite, sa capacité à séduire une communauté déjà habituée à des appareils comme le Raspberry Pi ou le PinePhone, mais aussi à attirer des utilisateurs moins expérimentés grâce à son interface simplifiée.
Reste une question cruciale : le Flipper One sera-t-il un succès commercial ? Son prix élevé (350 dollars) et son positionnement technique pourraient le limiter à une niche de passionnés, malgré ses ambitions plus grand public. Mais si Flipper Devices parvient à finaliser le projet avec l’aide de sa communauté, le Flipper One pourrait bien marquer un tournant dans l’histoire des appareils Linux portables. Un appareil qui ne se contente pas de suivre les tendances, mais qui les anticipe en redéfinissant ce qu’un ordinateur de poche peut accomplir.
Pour l’instant, tout reste à faire. Les prototypes existent, les discussions sont ouvertes, mais le chemin vers une version finale est encore long. Une chose est sûre : avec le Flipper One, Flipper Devices ne se contente pas de proposer un nouvel outil – il réinvente la façon dont on conçoit et utilise la technologie portable.
« Le Flipper Zero nous a appris à quel point on peut faire avec un produit ouvert et bien ciblé, poussé plus loin par une communauté que nous ne pouvons égaler seuls. Le Flipper One est ce qui arrive quand on applique cette même approche à un problème bien plus vaste : construire un appareil Linux ARM entièrement ouvert qui ne devienne pas obsolète dès sa sortie.
Pour en savoir plus sur les spécifications techniques du Flipper One, consultez l’analyse détaillée de Tom’s Hardware. Pour comprendre l’ambition derrière ce projet, l’interview de Pavel Zhovner sur Gizmodo offre un éclairage précieux. Enfin, The Register analyse les défis techniques et commerciaux du projet.
