Royaume-Uni : L’interdiction de la publicité pour la malbouffe, un “tigre de papier” ?
L’ambitieuse interdiction britannique de la publicité pour les aliments riches en graisses, en sel et en sucre, entrée en vigueur le 5 janvier 2026, pourrait s’avérer bien moins efficace qu’espéré. Si le gouvernement se targue de supprimer jusqu’à 7,2 milliards de calories de l’alimentation des enfants chaque année, une étude de l’agence d’innovation Nesta révèle que cette mesure pourrait n’affecter qu’1% des 2,4 milliards de livres sterling dépensés annuellement en publicité alimentaire.
Un lobbying intense de l’industrie alimentaire
Selon Nesta, les restrictions ont été tellement édulcorées et retardées en raison du lobbying de l’industrie que leur impact réel sera limité. John Barber, directeur de la mission Vie saine de Nesta, souligne que cette politique, annoncée il y a huit ans, a subi huit consultations et quatre retards. “En partie à cause de la pression de l’industrie, ces retards et ajustements signifient que les restrictions destinées à nous maintenir en bonne santé ne fonctionnent qu’à une fraction de leur potentiel”, explique-t-il. Le Dr Kawther Hashem, nutritionniste chez Action on Sugar, dénonce une situation “choquante” où, après une décennie de promesses, les règles n’affectent qu’1% des dépenses publicitaires.
Des failles importantes dans la législation
Plusieurs failles compromettent l’efficacité de l’interdiction. Elle ne couvre qu’une partie des aliments considérés comme malsains, autorise toujours la publicité de marque, et ne s’applique pas à la publicité extérieure, comme les panneaux d’affichage. Des produits comme la pâte à tartiner au chocolat et les noix recouvertes de caramel restent donc autorisés en publicité. Plus de 60% des dépenses de consommation en produits riches en matières grasses, en sel ou en sucre ne sont pas concernées par la mesure.
Un “État nounou” ?
Le professeur Chris Whitty, médecin-chef d’Angleterre, a récemment mis en garde contre l’influence des lobbyistes de l’industrie alimentaire, qui ont réussi à dissuader les gouvernements successifs d’adopter des politiques favorables à la santé publique. Il a souligné que présenter les politiques comme un “État nounou” est une tactique courante pour décourager les ministres d’imposer des mesures efficaces et populaires. D’Arcy Williams, directeur général de Bite Back, observe que les entreprises de malbouffe sont “incroyablement habiles” à trouver des failles et à déplacer leur marketing vers des zones non réglementées.
Les prochaines étapes : vers une régulation plus stricte ?
Le département de la Santé et des services sociaux britannique affirme qu’il s’engage à restreindre la publicité pour la malbouffe et qu’il constate déjà des changements. Il souligne également que cette interdiction s’inscrit dans un ensemble de mesures plus large, comprenant la limitation des promotions de prix en volume sur les aliments moins sains et l’introduction de rapports obligatoires sur les ventes d’aliments sains. Cependant, la question de savoir si ces mesures supplémentaires suffiront à compenser les faiblesses de l’interdiction publicitaire reste ouverte.
Tendances futures potentielles
L’expérience britannique pourrait bien servir de leçon pour d’autres pays envisageant des mesures similaires. On peut anticiper une intensification des efforts de lobbying de l’industrie alimentaire, ainsi qu’une nécessité accrue de concevoir des réglementations plus robustes et complètes. Plusieurs pistes pourraient être explorées :
- Extension de l’interdiction à la publicité extérieure : Couvrir les panneaux d’affichage et autres formes de publicité en extérieur.
- Réglementation plus stricte de la publicité de marque : Limiter la possibilité pour les entreprises de promouvoir des marques associées à des produits malsains.
- Taxation des aliments malsains : Introduire des taxes sur les aliments riches en sucre, en sel ou en graisses pour dissuader leur consommation.
- Campagnes de sensibilisation : Mener des campagnes d’information publiques pour sensibiliser les consommateurs aux dangers des aliments malsains.
FAQ
- L’interdiction britannique de la publicité pour la malbouffe est-elle totale ? Non, elle comporte de nombreuses exceptions et ne couvre qu’une partie des aliments considérés comme malsains.
- Quel est l’impact attendu de cette interdiction ? Le gouvernement espère supprimer 7,2 milliards de calories de l’alimentation des enfants chaque année, mais une étude suggère que l’impact réel sera limité.
- Quelles sont les raisons de cette faible efficacité ? Le lobbying de l’industrie alimentaire a affaibli la législation, qui comporte de nombreuses failles.
Cette situation au Royaume-Uni souligne la complexité de la lutte contre l’obésité infantile et la nécessité d’une approche globale et cohérente, impliquant à la fois des réglementations strictes et des campagnes de sensibilisation efficaces. Qu’en pensez-vous ? Partagez votre avis dans les commentaires ci-dessous.
