L’Union européenne et l’Inde au bord d’un accord commercial historique
New Delhi – L’Union européenne et l’Inde s’apprêtent à conclure un accord commercial d’une ampleur sans précédent la semaine prochaine à New Delhi, un partenariat que les deux parties qualifient de “l’accord de tous les accords”. Les négociations, qui durent depuis près de deux décennies, sont sur le point d’aboutir alors que les deux géants économiques cherchent à renforcer leurs liens face aux défis posés par la Chine et les États-Unis.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a déclaré cette semaine que les deux parties étaient “au seuil d’un accord commercial historique”. Elle se rendra à New Delhi avec le président du Conseil européen, Antonio Costa, pour assister aux célébrations de la République lundi et à un sommet UE-Inde mardi, où elles espèrent officialiser l’accord.
Le ministre indien du Commerce, Piyush Goyal, a qualifié cet accord potentiel de “l’accord de tous les accords”, soulignant son importance stratégique pour les deux parties. Au-delà des aspects commerciaux, les responsables européens et indiens insistent sur la nécessité d’une coopération renforcée dans un contexte international marqué par des tensions croissantes.
“L’UE et l’Inde se rapprochent à un moment où l’ordre international fondé sur des règles est soumis à une pression sans précédent en raison des guerres, de la coercition et de la fragmentation économique”, a déclaré Kaja Kallas, la haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, mercredi.
Un contexte géopolitique favorable
L’invasion de l’Ukraine par la Russie et les tarifs douaniers punitifs imposés par l’administration Trump aux États-Unis ont donné un nouvel élan aux relations entre l’Inde et l’UE, selon Praveen Donthi, analyste à l’International Crisis Group. “L’UE voit dans le marché indien une opportunité et cherche à éloigner une puissance montante comme l’Inde de la Russie, tandis que l’Inde cherche à diversifier ses partenariats, adoptant une stratégie de multi-alignement à un moment où ses relations avec les États-Unis se sont refroidies”, explique-t-il.
L’accord commercial, qui devrait ouvrir de nouveaux marchés pour les entreprises européennes et indiennes, intervient également après une période de tensions transatlantiques pour l’UE, notamment concernant la question du Groenland.
Des enjeux économiques considérables
L’UE et l’Inde représentent ensemble environ un quart de la population mondiale et du PIB mondial. Les échanges commerciaux bilatéraux de biens ont atteint 120 milliards d’euros en 2024, soit une augmentation de près de 90 % au cours de la dernière décennie, auxquels s’ajoutent 60 milliards d’euros d’échanges de services.
Cependant, les deux parties estiment que ce potentiel est loin d’être pleinement exploité. L’Inde ne représente actuellement qu’environ 2,5 % du commerce total de l’UE en biens, contre près de 15 % pour la Chine.
Les constructeurs automobiles, de machines et de produits chimiques européens pourraient particulièrement bénéficier d’une réduction des barrières à l’entrée sur le marché indien, qui est l’une des économies les plus protégées au monde, avec des droits de douane très élevés. L’UE cherche également à faciliter les exportations de spiritueux et de vins, ainsi qu’à renforcer la protection de la propriété intellectuelle.
De son côté, l’Inde souhaite un accès plus facile au marché européen pour ses produits textiles et pharmaceutiques.
Vers une coopération renforcée en matière de sécurité et de défense
Au-delà du commerce, l’UE et l’Inde devraient également conclure un accord de coopération en matière de sécurité et de défense, axé sur la sécurité maritime, la cybersécurité et la lutte contre le terrorisme. Cet accord pourrait également ouvrir la voie à une production conjointe d’équipements militaires.
L’Inde, traditionnellement dépendante de la Russie pour ses équipements militaires, cherche à diversifier ses sources d’approvisionnement et à développer sa propre base industrielle de défense. L’Europe, de son côté, souhaite réduire sa dépendance à l’égard des États-Unis.
Les négociations se concentrent actuellement sur quelques points de friction, notamment l’impact de la taxe carbone de l’UE sur les exportations d’acier et les normes de sécurité et de qualité dans les secteurs pharmaceutique et automobile. Cependant, les responsables européens se disent confiants dans la conclusion d’un accord en temps voulu pour le sommet de mardi.
Cet accord marque une étape importante dans le renforcement des relations entre l’UE et l’Inde, deux puissances économiques et démocratiques qui partagent des valeurs communes et un intérêt commun à promouvoir un ordre international fondé sur des règles.
