Un rapport d’Amnesty International publié en juillet 2026 révèle que l’Inde a fourni des milliers d’expéditions d’armes et de composants militaires à Israël depuis le début du conflit à Gaza en octobre 2023, ce qui l’expose à un risque de complicité dans des violations du droit international.
Des milliers de composants militaires livrés à Israël malgré les risques
L’organisation de défense des droits humains Amnesty International a publié une enquête approfondie intitulée la poursuite du soutien de l’Inde à l’armée et au secteur de la défense israéliens, documentant la persistance des livraisons d’équipements militaires vers Israël. Selon l’enquête, l’Inde a expédié au moins 2 596 cargaisons d’armes, de munitions et de pièces détachées depuis le début de l’offensive israélienne à Gaza le 7 octobre 2023, d’après les données de commerce douanier analysées par les enquêteurs.

L’analyse détaillée des manifestes d’expédition et des dossiers d’exportation met en lumière un flux constant de matériel militaire destiné à de grandes entreprises d’armement israéliennes.
Les chercheurs de l’organisation ont indiqué avoir systématiquement exclu du périmètre de leur étude les envois destinés à un usage civil, de même que les équipements et munitions attribués aux systèmes de défense antimissile utilisés pour la protection des civils. Les données montrent également l’implication d’entreprises directement détenues et contrôlées par l’État indien.
L’implication d’entreprises publiques et privées dans la chaîne d’approvisionnement
L’enquête identifie plusieurs fabricants majeurs de la base industrielle de défense indienne, tant dans le secteur public que privé, fournissant des pièces directement à l’industrie militaire israélienne. Parmi ces entités figurent l’entreprise publique Munitions India Limited, spécialisée dans les obus d’artillerie à haut explosif, ainsi que PLR Systems Private Limited, une coentreprise entre Adani Defence & Aerospace et Israel Weapon Industries, qui produit des pièces pour mitrailleuses.
Le rapport cite également Indo MIM Private Limited pour les composants d’armes à feu, Kalyani Systems Private Limited — filiale de Bharat Forge — pour les obus d’artillerie, et Alpha Elsec Defence & Aerospace Systems Private Limited, une coentreprise associant Alpha Design Technologies et Elbit Systems pour la fabrication de têtes explosives. Des documents douaniers obtenus par Al Jazeera plus tôt dans l’année ont également attesté d’exportations de composants sous les codes de classification relatifs aux bombes et aux grenades à destination d’industriels comme Rafael Advanced Defense Systems, IMI Systems Limited et MCT Materials.

Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International, a déclaré que leurs recherches révèlent la poursuite du soutien de l’Inde à l’armée et au secteur de la défense israéliens malgré le génocide à Gaza, diffusé dans le monde entier presque quotidiennement depuis des années.
Agnès Callamard a souligné que l’État indien non seulement omet de réglementer les exportations d’armes de ses entreprises privées en conformité avec le droit international, mais a également renforcé son partenariat stratégique avec Israël. Elle a rappelé que les arrêts de la Cour internationale de justice sur les mesures provisoires imposent aux États l’obligation d’éviter tout transfert risquant de contribuer à des violations graves.
Cadre juridique national et liens bilatéraux entre New Delhi et Tel-Aviv
L’évaluation critique menée par Amnesty International sur le cadre réglementateur de l’Inde met en cause l’absence d’exigences légales explicites en matière de diligence raisonnable relative aux droits humains avant toute approbation d’exportation militaire, ainsi qu’un manque général de transparence dans les procédures d’octroi de licences. L’organisation rappelle que l’Inde s’est abstenue lors du vote sur l’adoption du Traité sur le commerce des armes en avril 2013 et n’a depuis ni signé ni ratifié le texte.

Sur le plan géopolitique, l’Inde demeure historiquement le premier acheteur de défense d’Israël, représentant 29 pour cent des ventes totales de matériel militaire israélien entre 2020 et 2025, d’après les données de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm. En retour, Israël s’est classé au troisième rang des fournisseurs d’armes de l’Inde sur la même période, derrière la Russie et la France.
Des débris retrouvés sur les zones de frappe à Gaza
Face à ces conclusions, Amnesty International exhorte le gouvernement indien à cesser immédiatement toute autorisation d’exportation d’armes, de munitions et de pièces détachées vers Israël, tout en demandant à l’exécutif de garantir que les entreprises placées sous sa juridiction ne contribuent pas à des crimes relevant du droit international.
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