MÉTADONNÉES
Catégorie : Actualités / International
Sujet : Drame de Wang Fuk Court, Hong Kong
Style : AP / Reuters
Ton : Factuel, empathique, analytique
Hong Kong : Entre décombres et colère, le douloureux retour des sinistrés de Wang Fuk Court
TAI PO — Neuf jours après avoir été autorisés à franchir à nouveau le seuil de leurs foyers, les résidents de la cité résidentielle Wang Fuk Court ne retrouvent pas seulement des souvenirs, mais aussi les traces d’une gestion administrative contestée. Alors que les familles tentent de récupérer ce qui peut l’être, l’émotion laisse place à l’indignation face à l’état de certains appartements.
Des déchets dans les ruines : un manque de respect dénoncé
L’un des résidents de la tour Wang Cheong, le premier bâtiment touché par le sinistre, a fait une découverte macabre et irritante en retournant chez lui mardi. Au milieu de ses effets personnels, il a trouvé des mégots de cigarettes, des masques chirurgicaux et des emballages de boissons. Selon lui, ces déchets auraient été laissés par des ouvriers ayant accédé à son unité.
Plus troublant encore, l’habitant a rapporté avoir trouvé des objets appartenant manifestement à ses voisins, éparpillés dans son propre logement. « Quand nos voisins viendront chercher leurs affaires, sauront-ils qu’elles ont été placées dans mon appartement ? », s’est-il interrogé, soulignant le chaos logistique entourant l’accès aux sites.
Interrogé lors d’une conférence de presse mardi, le secrétaire adjoint à l’administration, Warner Cheuk, a réagi avec prudence : « Concernant la situation où il semble que des objets aient été jetés dans les appartements, je vais devoir examiner la question. »
« Facile à dire, difficile à faire »
Au-delà des griefs matériels, c’est le choc émotionnel qui domine. Pour Ma Chung-kui, musicien pratiquant le zheng (instrument traditionnel chinois), le retour dans sa tour, Wang Tao House, a été un déchirement. Dans le créneau limité de trois heures accordé par les autorités, il n’a pu sauver qu’un tiers de sa collection d’instruments.

L’amertume de M. Ma s’est dirigée vers Warner Cheuk, qui avait précédemment conseillé aux résidents d’être mentalement préparés à « lâcher prise » sur certains biens pour se concentrer sur les objets à forte valeur sentimentale. « Comment pourrais-je abandonner ? C’est fou. C’est facile à dire, mais pas à faire », a rétorqué le musicien.
L’atmosphère est d’autant plus lourde pour d’autres familles qui, en retournant à la tour Wang Cheong, n’ont pas récupéré d’objets, mais ont déposé des fleurs pour pleurer des parents disparus dans les flammes.
La sécurité comme argument, la frustration comme réalité
L’accès aux logements reste un point de friction majeur. De nombreux résidents s’insurgent contre l’interdiction d’utiliser les ascenseurs pour rejoindre leurs étages. Winnie Ho, responsable du logement, a justifié cette mesure par des impératifs de sécurité, expliquant que l’eau utilisée pour combattre l’incendie aurait pu corroder les composants métalliques des appareils.
« Nous prenons la sécurité des résidents très au sérieux. Nous comprenons qu’ils souhaitent utiliser les ascenseurs pour faciliter leurs déplacements, mais la sécurité doit être notre priorité absolue », a déclaré Mme Ho.
Un bilan tragique
Ce retour progressif s’inscrit dans le sillage d’une catastrophe sans précédent pour le quartier de Tai Po. L’incendie, déclaré en novembre dernier, a ravagé sept des huit blocs de la cité résidentielle. Le bilan est effroyable : 168 morts et des milliers de personnes déplacées, laissant derrière elles des vies entières réduites en cendres.

