Impact de l’exploitation minière en eau profonde visible 44 ans après

Des chercheurs de l’Université de Liverpool et du Centre national d’océanographie ont révélé que les traces d’un test d’exploitation minière en eau profonde mené en 1979 dans la zone de Clarion-Clipperton, dans l’océan Pacifique, sont encore visibles sur le plancher océanique et continuent d’altérer la matière organique essentielle à la vie marine quarante-quatre ans plus tard.

L’expédition de 2023 explore les fonds marins

En 2023, une équipe scientifique du projet SMARTEX (Seabed Mining and Resilience To EXperimental Impact) s’est rendue à bord du navire de recherche James Cook pour examiner une portion du plancher océanique de l’océan Pacifique, située entre Hawaï et le Mexique.

Cette zone avait servi de site d’essai en 1979 pour l’exploitation de nodules polymétalliques par l’Ocean Minerals Company. À l’aide du submersible robotisé Isis, l’équipe internationale menée par le professeur Daniel Jones du Centre national d’océanographie et Adrian Glover du Natural History Museum a localisé l’ancienne zone d’opération à environ 4 800 mètres de profondeur.

Les traces de la machine de cent tonnes employée lors du test initial sont toujours nettement visibles sur le sédiment. L’étude, publiée dans la revue Elementa: Science of the Anthropocene, détaille l’analyse des échantillons de sédiments prélevés à la fois dans la zone perturbée, autour de celle-ci et sur un site témoin non touché.

La pénurie de matière organique modifie l’habitat

Les chercheurs ont analysé la quantité et la qualité de la matière organique particulaire présente dans les sédiments, qui sert de source alimentaire vitale pour les organismes des grands fonds en fournissant des nutriments essentiels comme les acides gras oméga-3. L’analyse révèle des différences notables dans la composition et la taille des particules, associées à une baisse de la quantité et de la qualité de la matière organique plus de quatre décennies après les essais miniers.

À l’aide d’images fixes et de vidéos de la zone, le projet SMARTEX a mis en évidence une diminution de l’abondance des grands animaux et des organismes unicellulaires dans les sédiments altérés.

Le contraste biologique entre espèces

La réponse de la vie marine aux traces laissées par la machinerie varie de manière spectaculaire selon les groupes biologiques. De petits animaux mobiles vivant sur ou dans la boue molle ont recolonisé les pistes pour atteindre des densités comparables à celles des zones intactes. Des xénophyophores, de grands organismes unicellulaires s’apparentant à des amibes, ont également fait leur retour.

En revanche, la situation s’avère bien plus sombre pour les créatures sessiles. Les éponges, les coraux et la faune associée dépendent de surfaces dures pour s’ancrer. Ces nodules riches en nickel, cobalt et cuivre ayant été retirés en 1979 et nécessitant des millions d’années pour se reformer, ces structures d’habitat complexes restent pratiquement vides.

Composant ou groupe de l’écosystème Observation après 44 ans
Sillons de la machine Clairement visibles ; accumulation de matière organique et faune sédentaire présente
Nodules polymétalliques Permanemment absents des pistes défrichées ; absence de récupération observée
Invertébrés mobiles Recolonisation des zones perturbées à des niveaux similaires au fond marin vierge
Coraux et éponges Sévèrement appauvris par la perte totale des surfaces dures de fixation

Défis réglementaires et perspectives pour l'extraction commerciale

« L’exploitation minière en eau profonde est susceptible d’altérer le plancher océanique en perturbant et en déplaçant les sédiments, mais nous ne comprenons toujours pas toute l’étendue des impacts environnementaux ni la manière dont ces perturbations affecteront les espèces et les écosystèmes qui vivent dans les grands fonds », a déclaré Rachel Jeffreys.

Bien que l’étude ait également montré que les panaches de sédiments historiques n’ont pas causé de dommages physiques mesurables à long terme en dehors des pistes principales, la perte permanente de l’habitat rocheux constitue un obstacle persistant à la résilience des écosystèmes dans la zone de Clarion-Clipperton.

Quelles investigations supplémentaires permettront de mesurer précisément l’incidence de cette variabilité organique sur la récupération des abysses face aux nouveaux projets ?

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