Un artiste allemand renonce à un prix prestigieux après avoir révélé que son œuvre était générée par l’IA
Berlin – Le monde de la photographie est en ébullition après que Boris Eldagsen, un artiste allemand, a refusé un prix de la catégorie « Créative Ouverte » du Sony World Photography Awards, révélant que son image primée, « Pseudomnesia : L’Électricien », avait été entièrement créée par intelligence artificielle. L’annonce, faite sur son site web et relayée par CNN, soulève des questions fondamentales sur la définition de la photographie à l’ère de l’IA et la nécessité de nouvelles règles pour les concours artistiques.
L’image, en noir et blanc, représente deux femmes de générations différentes, l’aînée semblant soutenir la plus jeune. Elle avait initialement séduit le jury par son esthétique troublante et sa composition. Eldagsen a admis avoir intentionnellement induit les organisateurs en erreur, se décrivant lui-même comme un « singe espiègle » dans une démarche visant à provoquer une discussion sur l’impact de l’IA sur le monde de l’art.
« Je voulais voir si les concours étaient préparés à accueillir des images générées par l’IA. Ils ne le sont pas », a-t-il déclaré à CNN. « Cela montre qu’au moment actuel, le monde de la photographie a été pris par surprise par ce développement qui permet de créer des images qui ressemblent à de la photographie sans nécessiter les compétences et l’expertise d’un photographe. »
L’affaire intervient alors que l’IA générative, comme DALL-E 2 et Midjourney, gagne en popularité et en sophistication, permettant à quiconque de créer des images réalistes à partir de simples descriptions textuelles. Cette technologie soulève des inquiétudes quant à l’avenir des professions créatives et à la prolifération de fausses informations visuelles.
L’Organisation Mondiale de la Photographie, qui gère le concours, a reconnu l’importance du sujet et a déclaré avoir été informée d’une certaine implication de l’IA lors des échanges préliminaires avec Eldagsen. Cependant, elle a souligné que l’artiste avait fourni des garanties qui laissaient entendre que l’image répondait aux critères de la catégorie « Créative Ouverte », qui encourage les approches expérimentales de la création d’images.
« Nous étions impatients d’engager une discussion plus approfondie sur ce sujet et avons accueilli le désir de dialogue de Boris en préparant des questions pour une session de questions-réponses dédiée sur notre site web », a déclaré l’organisation dans un communiqué.
Suite à la décision d’Eldagsen de refuser le prix, l’organisation a suspendu toute collaboration avec lui et l’a retiré du concours, estimant que ses actions et ses déclarations ultérieures invalidaient les garanties initiales fournies.
L’incident a ravivé le débat sur la nécessité de créer des catégories distinctes pour les images générées par l’IA dans les concours artistiques. Eldagsen lui-même a plaidé pour cette solution, affirmant que l’IA et la photographie sont des entités différentes.
« L’IA n’est pas de la photographie. Par conséquent, je ne vais pas accepter le prix », a-t-il déclaré.
Le Sony World Photography Awards a connu un nombre record de participations en 2023, avec plus de 415 000 images soumises. L’affaire Eldagsen met en lumière les défis auxquels sont confrontés les organisateurs de concours artistiques pour s’adapter à l’évolution rapide des technologies et garantir l’intégrité de leurs événements.
Cette controverse s’inscrit dans un contexte plus large de préoccupations croissantes concernant l’impact de l’IA sur la société. Des gouvernements et des organisations internationales commencent à examiner les implications éthiques et juridiques de l’IA, notamment en matière de droits d’auteur, de désinformation et de perte d’emplois. Selon une étude récente de McKinsey, l’automatisation, alimentée par l’IA, pourrait affecter jusqu’à 30 % des emplois d’ici 2030.
L’affaire Eldagsen est donc bien plus qu’une simple polémique artistique. Elle est le reflet d’une révolution technologique qui redéfinit notre rapport à la création, à la vérité et à la réalité.
