L’intelligence artificielle, promesse de prospérité ou voie sans issue vers la dépression économique ?
Par Antoine Dubois, Chef de la section Économie, nouvelles-du-monde.com
L’intelligence artificielle (IA) est présentée comme la prochaine révolution industrielle, capable de résoudre les défis économiques et sociaux de notre époque. Pourtant, une analyse approfondie révèle un tableau bien plus sombre : l’IA, qu’elle tienne ses promesses de remplacement massif de la main-d’œuvre ou qu’elle échoue à répondre aux attentes, pourrait bien précipiter le monde dans une crise économique majeure.
Cette conclusion, qui pourrait sembler alarmiste, émerge d’une réflexion sur les dynamiques économiques sous-jacentes à l’essor de l’IA. L’idée que l’IA générera une « super-abondance » à faible coût, partageable par tous, ignore les contraintes physiques fondamentales de notre planète : l’énergie, l’eau douce, les terres arables. L’IA ne peut pas, par miracle, éliminer ces limites matérielles, même si ses promoteurs affirment sa capacité à résoudre tous les problèmes.
Ce raisonnement s’inscrit dans une tradition de « pensée magique », selon laquelle toute nouvelle technologie est intrinsèquement positive et capable de surmonter les obstacles physiques. Une vision qui omet de considérer les coûts réels de l’innovation et les ressources nécessaires à son déploiement.
Un financement incertain pour un revenu universel de base
L’argument selon lequel l’IA financera un revenu universel de base (RUB) pour compenser la perte d’emplois est également fragile. Si l’IA pouvait effectivement produire des biens à bas coût, la demande serait-elle suffisante pour soutenir une économie basée sur un RUB ? L’histoire économique nous enseigne que si les travailleurs n’ont pas de revenus suffisants, ils ne peuvent pas consommer les produits fabriqués par le capitalisme. C’est ce qu’avait déjà observé Karl Marx, soulignant la tendance du capitalisme à s’effondrer sous le poids de ses propres contradictions.
L’IA, un outil au service du statu quo
L’IA ne vise pas à transformer fondamentalement le système économique, mais plutôt à maintenir sa structure existante tout en augmentant les profits. L’objectif n’est pas de réduire les coûts de 80 % en éliminant les inefficacités, mais de supprimer 80 % des coûts de main-d’œuvre tout en conservant des prix élevés pour maximiser les profits des propriétaires de l’industrie. L’IA est donc perçue comme un moyen de renforcer les monopoles et les cartels existants, plutôt que de créer une économie plus équitable.
Un exemple frappant de cette dynamique se retrouve dans le secteur de la santé, où les coûts administratifs ont explosé ces dernières années, sans amélioration significative des soins. L’IA est présentée comme une solution pour éliminer ces coûts, mais l’objectif réel est de maintenir les marges bénéficiaires élevées des entreprises du secteur, souvent qualifiées de "Sickcare" en raison de leur dépendance à la maladie plutôt qu’à la santé.
Des limites intrinsèques à l’IA
Même si l’IA tient ses promesses, elle n’est pas sans limites. Les ressources naturelles, autrefois abondantes et bon marché, deviennent de plus en plus coûteuses à extraire. Le boom du fracking, par exemple, montre que les gains d’efficacité ont des limites physiques et économiques. De plus, l’IA elle-même nécessite des investissements massifs en énergie et en infrastructure, ce qui contredit l’idée d’une abondance à faible coût.
Enfin, l’IA ne créera pas nécessairement de nouveaux emplois pour remplacer ceux qu’elle détruit. Les secteurs qui pourraient absorber les travailleurs déplacés, comme les services à la personne, sont également susceptibles d’être automatisés. L’idée que chaque révolution technologique génère plus d’emplois qu’elle n’en détruit repose sur un biais de récence, lié à l’exploitation intensive des hydrocarbures et des minéraux pendant le XXe siècle.
En conclusion, l’IA représente un pari risqué. Si elle échoue à tenir ses promesses, elle entraînera une perte massive de capital et de ressources. Si elle réussit, elle pourrait bien accélérer la crise écologique et sociale en exacerbant les inégalités et en épuisant les ressources naturelles. L’avenir économique dépendra de notre capacité à reconnaître ces risques et à adopter une approche plus durable et équitable du développement technologique.
