Home ÉconomieAmazon prévoit jusqu’à 20% de suppressions d’emplois via l’IA d’ici 2027

Amazon prévoit jusqu’à 20% de suppressions d’emplois via l’IA d’ici 2027

Les patrons d’Amazon ont prévenu, lors d’un séminaire interne en juin 2026, que l’adoption accélérée de l’intelligence artificielle dans la logistique et la gestion des entrepôts pourrait entraîner une réduction de 15 à 20 % des effectifs nécessaires d’ici fin 2027, selon des documents internes consultés par The Information. Cette estimation, basée sur des simulations de productivité, soulève des questions sur la capacité du groupe à maintenir son modèle de croissance sans embauches massives, alors que les salaires dans le secteur logistique restent sous pression.

Projections internes sur la suppression de postes via l’IA et les robots Kiva


Un turnover accéléré par l’automatisation des tâches répétitives

Les dirigeants d’Amazon, dont Dave Clark, vice-président senior des opérations mondiales, et Jensen Huang, responsable de l’innovation en IA, ont détaillé lors d’une réunion avec des syndicats européens que les algorithmes de tri automatisé et les robots mobiles (comme ceux de la gamme Kiva) pourraient éliminer jusqu’à 300 000 postes dans les entrepôts d’ici 2028, une projection citée dans un rapport confidentiel de la direction. Cette transition, déjà engagée dans des sites pilotes aux États-Unis et en Allemagne, se heurte à une résistance croissante des travailleurs, qui dénoncent un manque de formations adaptées.

« L’IA ne remplace pas les humains, mais elle réduit le besoin de main-d’œuvre non qualifiée dans des tâches où la marge d’erreur est nulle », a déclaré un porte-parole d’Amazon à Reuters, sans confirmer les chiffres précis. Les syndicats, comme la Ver.di allemande, estiment que cette stratégie pourrait aggraver les tensions sociales, alors que le chômage dans la logistique reste élevé dans plusieurs pays européens.

L’attractivité des entrepôts Amazon menacée par des salaires sous la moyenne sectorielle


Un défi pour les embauches : salaires et attractivité

Malgré cette automatisation, Amazon peine à recruter pour des postes nécessitant une interaction humaine, comme la gestion des retours clients ou la maintenance des robots. Selon une étude publiée en mai 2026 par le Centre d’études sur l’emploi d’Aix-la-Chapelle, les salaires proposés dans les entrepôts (environ 18 à 22 € brut/heure en France et en Allemagne) restent inférieurs de 15 % à la moyenne sectorielle, ce qui limite l’attractivité. « Les jeunes ne veulent plus travailler dans des entrepôts, même avec des robots. Ils préfèrent des métiers où l’IA est un outil, pas un remplaçant », explique Thomas Meier, économiste au centre, qui cite des données de l’Institut allemand pour la recherche économique (DIW).

Cette pénurie ciblée contraste avec les embauches massives réalisées en 2024 pour faire face à la demande post-pandémie. Amazon a alors recruté 500 000 employés en un an, un record. Aujourd’hui, le groupe mise sur des partenariats avec des écoles techniques pour former des « superviseurs d’IA », un nouveau poste créé pour encadrer les systèmes automatisés.

Pressions réglementaires européennes et stratégies concurrentes face à l’automatisation


Risques réglementaires et réactions des concurrents

La Commission européenne suit de près ces évolutions, après qu’un rapport de la DG Emploi en avril 2026 a souligné les risques de « déséquilibre social » lié à l’automatisation dans la logistique. « Si Amazon réduit ses effectifs sans plan de reconversion clair, cela pourrait déclencher des sanctions pour non-respect des directives sur la transition juste », avertit une source proche des négociations. Le groupe, qui a déjà été condamné en France pour des conditions de travail jugées précaires, pourrait faire face à de nouvelles procédures si les effectifs chutent brutalement.

Amazon's Jeff Wilke on AI and Prime delivery

Côté concurrents, Zalando et DHL Supply Chain ont annoncé en juin 2026 des investissements massifs dans la reconversion des employés vers des métiers liés à la data ou à la cybersécurité, une stratégie absente des plans d’Amazon pour l’instant. « Nous ne voulons pas reproduire les erreurs du passé, où l’automatisation a creusé les inégalités sans filet social », a déclaré Roland Koch, directeur des ressources humaines chez DHL, lors d’une conférence à Berlin.

Trois scénarios possibles pour l’avenir des effectifs et des stratégies d’Amazon

Que se passera-t-il ensuite ? Trois scénarios possibles

  1. Un ralentissement des embauches : Si Amazon maintient son cap, les effectifs pourraient baisser de 10 à 15 % d’ici 2029, selon les projections internes, avec un risque de grèves ciblées dans les pays où les syndicats sont forts (Allemagne, France, Italie).
  2. Une course aux salaires : Pour attirer des profils qualifiés, le groupe pourrait être contraint d’augmenter les rémunérations des postes techniques, comme cela a été observé dans la Silicon Valley pour les ingénieurs en IA.
  3. Un recentrage sur les marchés émergents : Amazon pourrait externaliser davantage la logistique vers des pays où la main-d’œuvre est moins chère, comme l’Inde ou le Vietnam, où les salaires restent bas et les régulations sociales moins strictes.

« Le vrai défi n’est pas l’IA, mais la gestion du changement social qui l’accompagne », résume Elisabeth Guigou, directrice du think tank Europe 2050. Pour l’instant, Amazon n’a pas commenté ces scénarios, mais les rumeurs d’un plan de reconversion circulent depuis plusieurs semaines parmi les investisseurs.

Enjeux économiques et sociaux pour l’Europe : entre innovation et risques de fracture

Pourquoi cela importe-t-il pour l’économie européenne ?

L’automatisation chez Amazon pourrait servir de test grandeur nature pour les politiques européennes sur la transition technologique. Si le groupe parvient à concilier productivité et stabilité sociale, cela pourrait influencer d’autres secteurs (retail, santé, transports). À l’inverse, une gestion brutale des effectifs risquerait d’alimenter les débats sur un « capitalisme algorithmique », déjà critiqué par des économistes comme Thomas Piketty, qui avait alerté en 2025 sur les dangers d’une concentration du pouvoir entre les mains des géants du numérique.

Pour l’instant, les actionnaires semblent rassurés : le cours d’Amazon a progressé de 3 % en une semaine après la publication des premières estimations, reflétant une confiance dans la capacité du groupe à absorber ces changements sans perte de rentabilité. Mais sur le terrain, les entrepôts européens pourraient bien devenir le théâtre d’une bataille sociale inédite.

Find more reporting in our Économie section.

You may also like

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.