HP: Que vaut la série médicale d'OCS complètement interdite? - Séries de nouvelles à la télévision

Diffusée ce soir sur la chaîne, la série aigre-douce nous plonge au cœur des troubles psychiatriques et de la dure réalité de l'hôpital. Mais les plus sains d’esprit ne sont pas forcément ceux que nous imaginons …
De quoi s'agit-il ?

HP explore le quotidien d'un hôpital psychiatrique vu à travers les yeux de Sheila, une jeune stagiaire à la vie bien ordonnée. Pour elle, la folie peut être définie, mesurée et particulièrement soignée avec précision. Mais sa certitude quant à la spécialité médicale qu’elle a choisie s’écroule alors que ses interactions avec les patients lui en disent un peu plus sur ses désirs les plus cachés. Entre une fiancée trop douce et une mère trop exubérante, sa vie quotidienne paraîtra trop bien standardisée, et la dureté de l'hôpital psychiatrique deviendra peu à peu un havre de paix face au monde extérieur.
Chaque jeudi soir à partir du 6 décembre sur OCS (10 épisodes de 26 minutes)

Ça vaut le coup d'oeil?

Les blouses blanches sont légion à la télévision à la fin de l'année. Récipiendaire de la meilleure série de 26 minutes au festival de La Rochelle en septembre, format comédie, HP est beaucoup plus nuancé dans le traitement de son sujet, et cet équilibre permanent entre légèreté et gravité est son principal atout. Il y a beaucoup de blagues latentes dans le cas des patients, forcément en décalage avec la norme: on se croise, une femme blanche de soixante ans convaincue d'être Beyoncé et se prétendant victime de discrimination raciale, une patiente belge internée depuis dix ans, se prenant pour le roi d'un royaume où les enfants naissent en bouteilles, et un homme victime du syndrome de Cotard, convaincu d'être mort … A l'approche de ces patients, pas de jugement ni de misérabilisme mais beaucoup de tendresse et subtilité. Sheila, avec un tempérament très «de première classe», devra bientôt abandonner son manuel de psychiatrie pour les affronter directement et «se mettre à leur jeu» (selon son mentor, le professeur VDB), car c’est le seul moyen de comprendre où se trouvent leurs fissures. viens de. La définition de la normalité est très remise en question: qui, les patients incarcérés ou les personnes extérieures, sont l'esprit le plus "sain"? Ceux qui sont obligés de subir des contraintes sociales aliénantes quotidiennes parfois absurdes, ou ceux qui laissent libre cours à leur personnalité dans toutes ses aspérités? En fin de compte, qui se soucie de qui dans cet hôpital? Le réside toute la question de ce drame délicieux. Les psychiatres sont aussi habiles que leurs patients et ont beaucoup à apprendre d'eux-mêmes par leur intermédiaire. C'est ce que Sheila découvrira: à mesure que sa psyché se développe grâce au dur apprentissage de la profession, elle finit par mêler ses propres affects à sa pratique de la psychiatrie. Mais ceux qui craquent sous HP ne sont pas forcément ceux qui paraissent les plus fragiles … Les codes de la série sont parfaitement maîtrisés tout au long des dix épisodes, HP a été écrit par un duo d’autres personnes issues de la formation des Fémis, Angela Soup ( Alice) et Sarah Santamaria-Mertens, tous deux nourris à la série américaine. La production, signée Emilie Noblet (Loulou) révèle des notes de sensualité subtiles tirées de ses formes kaléidoscopiques génériques rappelant les tests de Roschach, et sert d’effet miroir aux problèmes de l’héroïne, tout en remettant en question sa manière de penser en se réveillant à désirer de manière inattendue, au contact du mystérieux Ulysse (Louka Meliava).
L'autre atout de la série est sa distribution chorale sans fausses notes. Tiphaine Daviot, précédemment remarqué dans Zone Blanche, Lazy Company et le court métrage Les Winkles primé aux Césars en 2017, offre un subtil mélange de fragilité et de force mentale insoupçonnée. Son co-stagiaire, Jimmy (Raphaël Quenard), cynique et moqueur, une sorte de petit diable debout sur l'épaule de Sheila, apporte un point de vue désillusionné sur la dure réalité du HP. Marie Matheron incarne une "Mme Beyoncé" inattendue et stupéfiante, Wim Willaert un roi plus touchant que jamais, et les deux psychiatres en chef, Elizabeth et VDB (Marie-Sohna Condé et Eric Naggar) sont confus quant à la sincérité et à l'exactitude, au bord de l'épuisement professionnel, le second ayant déjà rendu depuis longtemps les armes de la raison.
Si la série n'échappe pas à la comparaison avec Hippocrates, actuellement diffusé sur Canal +, où HP manque de sophistication dans sa mise en scène en raison d'une économie de moyens, elle gagne en humanité et en tendresse envers ses personnages, et délivre un message positif: échouer en tant que soignant pour sauver tout le monde, nous pouvons réussir à nous sauver en essayant.

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