Guerres modernes : la fin des victoires fulgurantes selon les experts

Une décennie de conflits, de l’invasion éclair de la Géorgie en 2008 aux cinq années d’enlisement en Ukraine depuis février 2022, démontre que la supériorité militaire écrasante ne garantit plus une victoire rapide. Les spécialistes militaires soulignent que la prolifération des drones et les réseaux souterrains redéfinissent profondément la nature des guerres modernes.

La fin des victoires fulgurantes fait face aux conflits prolongés

Les guerres d’aujourd’hui ne ressemblent plus aux campagnes rapides d’il y a deux ou trois décennies. En août 2008, la Russie a vaincu la Géorgie en cinq jours. Quelques années plus tôt, en 2003, la coalition menée par les États-Unis s’emparait de Bagdad en seulement trois semaines. Quant à la campagne aérienne de l’OTAN contre la Yougoslavie en 1999, elle s’est étalée sur 78 jours.

Par contraste, l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, lancée le 24 février 2022, est entrée dans sa cinquième année et reste bloquée dans une impasse malgré la taille considérable des forces russes. Les responsables de la planification de la sécurité nationale et les analystes de politique étrangère doivent admettre qu’une supériorité numérique massive ne suffit plus à obtenir un dénouement politique rapide.

Le front transparent et la zone de mort générée par les drones

Sur le front ukrainien, qui s’étend sur plus de 1 100 kilomètres et n’a presque pas bougé depuis quatre ans, la guerre s’apparente aux tranchées de la Première Guerre mondiale, selon les observations de la publication NPR. Partout le long de cette ligne de contact se déploie une bande de quinze à trente kilomètres surnommée la zone de mort.

Cette zone dangereuse découle directement de l’utilisation intensive des drones. Rob Lee, vétéran du Corps des Marines des États-Unis, observe que l’Ukraine déploie souvent moins de dix soldats sur une portion de 1,6 kilomètre, répartis en de petits groupes distants de plusieurs centaines de mètres. La surveillance permanente par les aéronefs sans pilote transforme les déplacements en missions extrêmement périlleuses.

Le général Bruno Baratz qualifie ce dispositif de front transparent. L’approche de la zone de contact est devenue extrêmement dangereuse, car la concentration de forces pour une attaque est immédiatement repérée et pilonnée avant toute manœuvre efficace des blindés.

Infrastructures souterraines et résistances stratégiques

Face à la surveillance aérienne permanente, les forces en présence s’enterrent. En Ukraine, les soldats de première ligne et les postes de commandement arrière occupent des abris creusés sous la surface, tandis que les usines urbaines sont dispersées et cachées dans des sous-sols. La Russie n’a d’ailleurs pas réussi à couper le flux d’approvisionnement acheminé par la frontière occidentale.

D’autres théâtres d’opérations illustrent cette même mutation tactique. En Iran, les complexes souterrains de missiles situés à Kermanshah et Isfahan, ainsi que les installations nucléaires fortifiées de Fordow et Natanz, compliquent considérablement les opérations des États-Unis.

Adapter la production technologique et anticiper les échecs stratégiques

L’adaptation industrielle et tactique devient dès lors le facteur déterminant pour l’avenir des armées. Les États-Unis ne peuvent pas reproduire à l’identique le modèle ukrainien en matière de drones, car leurs conditions d’engagement diffèrent. John D. Pappas, cité dans des analyses stratégiques, suggère d’adopter le rythme d’apprentissage ukrainien, où chaque vulnérabilité constatée sur le terrain entraîne une reconception immédiate du matériel.

L’objectif ne consiste pas à amasser les plus grands stocks de drones au monde, mais à disposer du système de conception et de livraison le plus réactif. Le général français Bruno Baratz met en garde contre l’immobilisme tactique, rappelant que l’Armée française porte déjà le lourd précédent de 1940 et qu’une force militaire négligeant d’adapter ses doctrines s’expose à un effondrement stratégique majeur.

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