Tensions montent au Moyen-Orient : Washington jongle avec les prix de l’énergie et les intérêts stratégiques
WASHINGTON – L’escalade des tensions au Moyen-Orient, marquée par des attaques récentes contre des infrastructures énergétiques au Qatar et en Irak, place l’administration Trump face à un dilemme complexe : contenir le conflit sans provoquer une flambée des prix de l’énergie mondiale. Le président Trump a averti l’Iran contre de nouvelles attaques, menaçant même de « faire exploser massivement » le plus grand champ gazier du monde si le Qatar était de nouveau visé, selon des informations rapportées par NBC News.
L’épicentre de la crise actuelle est une frappe israélienne contre le champ gazier iranien de South Pars, qui a déclenché des représailles iraniennes contre des installations gazières au Qatar. Ces attaques ont entraîné une hausse significative des prix mondiaux de l’énergie, exacerbant les craintes économiques déjà présentes.
Selon des responsables israéliens cités par le New York Times, les États-Unis ont été informés de l’attaque contre South Pars avant qu’elle ne soit menée. Le président Trump a minimisé l’implication du Qatar dans l’incident, affirmant que le pays n’avait aucune connaissance de l’opération. Cependant, il a également précisé qu’Israël ne mènerait plus d’attaques contre ce champ gazier spécifique, sauf si l’Iran agressait à nouveau le Qatar.
Cette situation délicate contraint l’administration Trump à des compromis inattendus. Pour éviter une crise énergétique majeure, Washington a temporairement levé les sanctions contre certains pays, comme l’Inde, qui importent du pétrole russe, une décision qui va à l’encontre de sa stratégie visant à faire pression sur la Russie pour qu’elle mette fin à la guerre en Ukraine.
Plus surprenant encore, les États-Unis envisagent de ne pas sanctionner le pétrole iranien déjà en transit, une mesure qualifiée d’« utilisation des barils iraniens contre les Iraniens » par le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, lors d’une interview à Fox Business. Cette approche paradoxale, qui consiste à faciliter les exportations d’un pays avec lequel les États-Unis sont en conflit, souligne l’importance cruciale de maintenir des flux énergétiques stables.
« Il est courant, en temps de guerre, d’avoir différentes phases d’escalade, avec certaines choses qui sont initialement considérées comme hors limites », explique Rosemary Kelanic, analyste chez Defense Priorities et experte en géopolitique pétrolière. Jusqu’à récemment, un équilibre fragile existait : les États-Unis ne ciblaient pas les sites énergétiques iraniens, et l’Iran épargnait les infrastructures énergétiques des pays du Golfe.
Ce statu quo semble désormais rompu. Les attaques iraniennes contre le Qatar ont entraîné une perte de 17 % de la capacité de production de gaz naturel du pays, représentant une perte estimée à 20 milliards de dollars et perturbant les approvisionnements vers l’Europe et l’Asie. L’Iran a également attaqué une raffinerie de pétrole au Koweït vendredi dernier.
Cette situation rappelle les défis rencontrés par l’administration Biden concernant l’Ukraine. En 2024, le Financial Times rapportait que la Maison Blanche avait exhorté l’Ukraine à ne pas mener de frappes à longue portée contre les infrastructures énergétiques russes, craignant une hausse des prix de l’énergie et des représailles russes.
L’administration Trump semble également envisager une approche plus radicale : la saisie des champs pétroliers iraniens. Le président Trump a évoqué cette possibilité à plusieurs reprises, depuis ses premières ambitions politiques dans les années 1980, et a lié cette opération à l’intervention américaine au Venezuela, où un nouveau dirigeant plus favorable aux intérêts américains est en place.
Selon un responsable américain cité par le Washington Post, « Bibi [Netanyahu] veut détruire l’économie iranienne et démanteler ses infrastructures énergétiques. Trump veut les maintenir intactes. »
La capacité de Trump à maintenir une zone démilitarisée autour des infrastructures énergétiques de la région reste incertaine, alors que le conflit s’intensifie.
