Les marchés de prédiction profitent de la guerre en Iran, suscitant des inquiétudes sur le délit d’initié
NEW YORK – La guerre en Iran s’avère lucrative pour le secteur des marchés de prédiction, avec une flambée des volumes d’échanges sur des événements géopolitiques, notamment la possible destitution du leader iranien. Cette activité accrue attire l’attention des régulateurs et des législateurs, soulevant des questions d’éthique et de délit d’initié.
Selon des données compilées par des utilisateurs sur Dune Analytics et citées par Bloomberg News, les paris sur la catégorie géopolitique sur la plateforme Polymarket ont atteint un record de 425 millions de dollars la semaine se terminant le 1er mars, en hausse par rapport aux 164 millions de dollars de la semaine précédente.
Polymarket et Kalshi, deux acteurs majeurs de ce marché, permettent aux utilisateurs de conclure des contrats financiers sur l’issue d’événements variés, allant des compétitions sportives aux élections. Si Polymarket propose des paris sur des scénarios tels que le moment du départ du leader iranien, Kalshi se concentre sur des questions plus larges, comme la possibilité d’une transition vers la démocratie en Iran ou l’organisation d’une élection présidentielle.
Kalshi, cependant, a enregistré des volumes d’échanges inférieurs à ceux de Polymarket sur ces sujets. Le PDG de Kalshi, Tarek Mansour, a défendu l’intérêt de ces contrats, soulignant leur impact potentiel sur les prix du pétrole, la sécurité nationale et l’ordre mondial. "Ces marchés ont des impacts géopolitiques et économiques mondiaux importants", a déclaré un porte-parole de Kalshi à Bloomberg.
Cette activité a toutefois suscité des critiques et l’attention des autorités. Les marchés de prédiction sont régis par la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) américaine, qui dispose de règles pour prévenir le délit d’initié et les contrats liés à la guerre. Polymarket, bien que préparant un lancement aux États-Unis sous la supervision de la CFTC, opère actuellement depuis une plateforme offshore.
Le sénateur Chris Murphy (D-Conn.) a exprimé son inquiétude quant à la possibilité que des initiés aient tiré profit de ces marchés en se basant sur des informations privilégiées concernant le début des frappes en Iran. Il a annoncé son intention de proposer une législation interdisant ce type de paris. "J’introduis une législation dès que possible pour interdire ceci", a-t-il déclaré sur X.
La situation est d’autant plus complexe que les marchés de prédiction sont confrontés à un paysage réglementaire chaotique. Plusieurs États ont émis des ordonnances de cessation d’activité à l’encontre de diverses plateformes, et la CFTC pourrait engager des poursuites judiciaires pour défendre son droit de réguler ce secteur. La CFTC travaille également sur de nouvelles réglementations concernant les contrats événementiels, signe que les autorités prennent le sujet au sérieux.
Ce débat intervient alors que les marchés de prédiction connaissent une croissance rapide et une diversification des types de paris proposés, allant des événements sportifs aux questions plus triviales. La régulation de ce secteur en pleine expansion représente un défi majeur pour les autorités, qui doivent trouver un équilibre entre l’innovation financière et la protection des investisseurs et l’intégrité des marchés.
