Griffith Park hanté par le passé : une expérience de réalité augmentée explore la mémoire et le deuil
Los Angeles, Californie – Les vestiges de l’ancien zoo de Griffith Park, abandonnés depuis plus de cinquante ans, résonnent d’échos du passé. Cages rouillées, enclos oubliés et un décor de pierre décrépit offrent un cadre idéal pour une expérience immersive et… hantée. L’artiste Koryn Wicks a transformé ce lieu chargé d’histoire en un terrain de jeu spectral avec “Ghost in the Machine: The Old Zoo”, une œuvre de réalité augmentée qui brouille les frontières entre le monde réel et l’au-delà.
L’expérience, qui sera présentée ce vendredi et dimanche après-midi, coïncide avec la nomination du projet pour un prix au festival IndieCade, un événement de référence dans le monde du jeu indépendant. IndieCade, autrefois un rassemblement physique, s’est largement numérisé ces dernières années, reflétant l’évolution rapide de l’industrie du jeu vidéo et des nouvelles formes de divertissement interactif.
“Ghosts in the Machine” utilise le smartphone comme portail vers une autre dimension. Les participants, guidés par une carte et des indications sonores, explorent les ruines du zoo tout en interagissant avec des apparitions virtuelles et des fragments de souvenirs. L’application, encore en phase de test, permet de superposer des images et des sons au paysage réel, créant une illusion saisissante.
Koryn Wicks, chorégraphe de formation, a puisé son inspiration dans un intérêt de longue date pour le paranormal et une réflexion sur la manière dont la mémoire façonne notre perception du monde. “J’ai lu un livre intitulé ‘Ghostland’ qui explorait les histoires de fantômes à travers l’histoire américaine et la façon dont elles sont racontées, qui est considéré comme un fantôme et qui est hanté,” explique Wicks. “Mes premiers scripts étaient plus métaphoriques, puis j’ai progressivement affiné l’histoire avec des personnages.”
Au-delà de l’aspect effrayant, l’œuvre aborde des thèmes universels tels que le deuil, la perte et les liens familiaux. L’histoire se concentre sur Phoebe, un médium piégé entre les mondes, qui a besoin de l’aide des participants pour retrouver la mémoire et libérer son esprit. L’expérience évolue d’une ambiance angoissante à une méditation plus mélancolique sur les promesses oubliées et les regrets non exprimés.
Griffith Park, inauguré en 1896, est un espace vert emblématique de Los Angeles, attirant chaque année plus de quatre millions de visiteurs. L’ancien zoo, ouvert en 1912 avec une collection modeste de quinze animaux, a fermé ses portes en 1966 pour faire place au zoo moderne. Le parc a également été le théâtre d’événements tragiques, comme l’incendie dévastateur de 1933, qui a ravagé des milliers d’hectares de végétation. Ces événements historiques imprègnent le lieu d’une atmosphère particulière, que Wicks exploite habilement dans son œuvre.
La création de “Ghosts in the Machine” a été un défi logistique, notamment en raison des contraintes techniques liées à la réalité augmentée et du manque de ressources financières. Wicks a dû reconstruire la fonction de cartographie de l’application pour les présentations de ce week-end et prévoit d’être sur place pour aider les participants à télécharger l’application et à résoudre les problèmes techniques.
“Je pense que nous avons tendance à considérer la technologie comme quelque chose de permanent, mais ce n’est pas le cas,” souligne Wicks. “Très peu de gens ont encore leurs cassettes. Les disques vinyles sont toujours populaires, mais la technologie évolue constamment.”
L’avenir du projet reste incertain. Wicks espère trouver un soutien institutionnel ou commercial pour continuer à développer l’application et explorer de nouvelles formes d’expression artistique. En attendant, “Ghosts in the Machine” offre une expérience unique et poignante, qui invite à la contemplation et à la réflexion sur la fragilité de la mémoire et la puissance du deuil. Une expérience qui, paradoxalement, utilise la technologie pour nous reconnecter à notre humanité.
