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Golfe : Autonomie stratégique face à l’Iran

Les États du Golfe cherchent à façonner l’avenir de l’Iran, s’éloignant de la stratégie d’évitement des risques

DUBAÏ, Émirats arabes unis – Alors que l’Iran continue de naviguer dans une période d’incertitude politique et économique, les États du Golfe s’éloignent d’une stratégie de longue date axée sur l’évitement des risques pour adopter une approche plus proactive visant à influencer l’avenir du pays. Cette évolution, alimentée par une méfiance croissante envers la fiabilité des garanties de sécurité américaines et par une expérience récente de vulnérabilité face aux escalades régionales, pourrait redéfinir la dynamique de sécurité au Moyen-Orient.

L’inquiétude principale des nations du Golfe n’est pas tant le maintien du régime iranien actuel que la crainte du chaos qui pourrait découler d’un effondrement incontrôlé. Les responsables s’inquiètent de la fragmentation de l’État, de la prolifération des milices, des mouvements de réfugiés, des fuites nucléaires potentielles et des perturbations majeures des marchés énergétiques, autant de scénarios qui menaceraient directement leur propre sécurité et prospérité.

“Les États du Golfe ne se considèrent plus comme de simples observateurs des crises iraniennes, mais comme des acteurs de première ligne dont la sécurité nationale est directement liée à ce qui se passe à l’intérieur de l’Iran”, explique Bader Al-Saif, professeur d’histoire à l’Université du Koweït et chercheur associé à Chatham House.

Cette prise de conscience a été renforcée par des incidents récents, notamment la brève guerre entre Israël et l’Iran en juin 2025 et une attaque iranienne sur le Qatar, signalée à l’avance par Téhéran, mais qui a néanmoins mis en évidence la rapidité avec laquelle les tensions peuvent s’intensifier. Ces événements ont souligné les limites de la stratégie de “gestion de crise” et de “contournement des risques” traditionnellement adoptée par les États du Golfe.

La reprise récente des pourparlers entre les États-Unis et l’Iran, facilités par Oman, souligne l’urgence de désamorcer les tensions. Cependant, les analystes estiment que cette situation offre également aux États du Golfe une occasion unique de passer d’une posture réactive à une stratégie proactive visant à façonner les résultats.

Autonomie stratégique et méfiance croissante envers les alliés

Cette volonté de prendre le contrôle de leur propre destin est également alimentée par une méfiance croissante envers les États-Unis et Israël. L’incapacité perçue de Washington à gérer les escalades qu’il initie, à dissuader les représailles contre ses partenaires du Golfe et à assumer la responsabilité des conséquences des crises régionales a conduit les États du Golfe à remettre en question la fiabilité de leur principal allié de sécurité.

“La dépendance excessive à l’égard des États-Unis est devenue de plus en plus intenable”, affirme Sanam Vakil, directrice du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord à Chatham House. “Les États du Golfe doutent de plus en plus de la capacité de Washington à gérer les escalades et à protéger leurs intérêts.”

Israël est également perçu avec scepticisme, certains responsables du Golfe le considérant comme un facteur de déstabilisation dont l’agenda d’escalade risque de les entraîner dans des conflits coûteux.

En réponse, les États du Golfe ont cherché à diversifier leurs partenariats de sécurité, en nouant des relations plus étroites avec des pays comme le Pakistan, l’Inde et même, dans une certaine mesure, la Turquie et la Chine. Cependant, ces arrangements unilatéraux sont considérés comme insuffisants pour répondre à leurs besoins de sécurité à long terme.

Lever les leviers d’influence

Les États du Golfe reconnaissent qu’ils disposent de leviers d’influence sur l’Iran, notamment dans les domaines économique et diplomatique. Les Émirats arabes unis sont le deuxième partenaire commercial de l’Iran après la Chine, avec un volume d’échanges de 28,2 milliards de dollars en 2024. Le Qatar est également un partenaire clé dans le développement du champ gazier partagé South Pars/North Dome, qui fournit plus de 70 % du gaz iranien.

Ces liens économiques, combinés à la capacité diplomatique des États du Golfe, notamment leur rôle de médiateur dans les conflits régionaux, pourraient être utilisés pour influencer le comportement de l’Iran et encourager une approche plus pragmatique.

Cependant, les analystes soulignent que ces leviers d’influence sont limités et que les États du Golfe doivent agir de manière coordonnée et cohérente pour maximiser leur impact. Ils doivent également être conscients des risques potentiels, tels que les sanctions secondaires américaines et la possibilité de renforcer les éléments radicaux au sein du régime iranien.

Scénarios futurs et planification prospective

Pour préparer l’avenir, les États du Golfe doivent élaborer des plans prospectifs pour différents scénarios, allant d’un effondrement de l’État iranien à une transition dirigée par l’élite ou à une adaptation progressive.

Dans le cas d’une instabilité prolongée et d’une fragmentation de l’État, les États du Golfe devraient s’engager activement auprès des différents acteurs iraniens, tout en cherchant à atténuer les risques de débordement et à préserver les canaux de communication.

Dans le cas d’une transition dirigée par l’élite, ils devraient investir dans la construction de relations avec les différents groupes de pouvoir et s’efforcer de comprendre les dynamiques internes complexes du régime iranien.

Dans le cas d’une adaptation progressive, ils devraient se concentrer sur le renforcement de la coopération régionale et la création d’une architecture de sécurité inclusive qui réponde aux intérêts de toutes les parties prenantes.

“La clé est de passer d’une mentalité de gestion des risques à une mentalité de façonnage des résultats”, conclut Vakil. “Les États du Golfe ont une occasion unique de prendre leur destin en main et de jouer un rôle plus actif dans la construction d’un Moyen-Orient plus stable et prospère.”

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