L’apathie, nouvel effet secondaire inattendu des médicaments amaigrissants à succès
Par Antoine Dubois, Rédacteur en Chef, Section Divertissement, nouvelles-du-monde.com
Les publicités pour des médicaments de perte de poids, notamment les GLP-1, ont envahi nos écrans pendant le Super Bowl, avec Serena Williams elle-même comme porte-parole. Ce raz-de-marée publicitaire reflète une demande en explosion pour ces traitements, qui a plus que doublé en 2024, selon des données récentes. Mais derrière les promesses de silhouette affinée, un effet secondaire psychologique inquiétant émerge : une apathie profonde, un sentiment de “manque d’étincelle” qui trouble de plus en plus d’utilisateurs.
Ces médicaments, comme l’Ozempic et le Zepbound, sont relativement nouveaux et leur impact à long terme est encore en cours d’étude. Si la fatigue et les nausées sont des effets secondaires connus, des patients signalent désormais une perte d’intérêt pour des activités autrefois passionnantes, une sorte d’engourdissement émotionnel qui ne relève pas de la dépression classique.
La psychologue clinique Dr. Sera Lavelle a été l’une des premières à alerter sur ce phénomène. “J’ai commencé à remarquer ce schéma il y a environ un an, avec plusieurs patients qui exprimaient le même sentiment : ‘Quel est l’intérêt ?’ ‘Je ne suis même pas excité d’aller voir mes amis’,” explique-t-elle dans un entretien accordé à Today, Explained. “Ce n’est pas de la tristesse, c’est juste… rien.”
Ce “rien” se manifeste par une diminution de l’anticipation du plaisir, que ce soit pour un repas savoureux ou une sortie entre amis. Les recherches suggèrent que les GLP-1 pourraient agir non seulement sur l’appétit et le métabolisme, mais aussi sur les circuits de récompense du cerveau, notamment en atténuant la recherche de dopamine. Ce même mécanisme pourrait expliquer leur efficacité potentielle dans le traitement des addictions au jeu ou au shopping, mais soulève des questions sur les aspects positifs de la vie qu’ils pourraient également atténuer.
L’impact de ces médicaments est loin d’être uniforme. Pour certains, ils représentent une bouffée d’espoir, notamment pour les personnes souffrant de troubles du comportement alimentaire sévères et ayant perdu tout espoir de changement. “Pour quelqu’un qui a pris cent kilos et qui est désespéré, ces médicaments peuvent être un véritable salut, une lumière au bout du tunnel,” souligne le Dr. Lavelle.
Cependant, pour d’autres, en particulier ceux qui luttent contre l’anorexie, ils peuvent devenir une “drogue de rêve”, supprimant la faim et l’angoisse liées à la nourriture. Le risque est de renforcer des comportements destructeurs et de créer une dépendance.
L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) estime que plus de 43% de la population mondiale est en surpoids, et plus de 15% obèse. La pression sociale pour atteindre un idéal de minceur, combinée à la facilité d’accès à ces médicaments, pourrait conduire à une banalisation de leur utilisation et à une augmentation des effets secondaires psychologiques.
Le Dr. Lavelle insiste sur la nécessité d’une approche nuancée. “Je déteste l’idée de camps pro ou anti-GLP-1. Il y a des avantages et des inconvénients, et il est crucial de prendre en compte le contexte individuel.” Elle recommande une préparation minutieuse avant d’arrêter ces médicaments, car le retour des fringales peut être intense et déstabilisant.
La question de savoir si nous pourrions vivre dans une société où une grande partie de la population souffre d’une apathie généralisée reste ouverte. Le Dr. Lavelle reste prudente, comparant la situation à celle du Prozac, qui a suscité des inquiétudes similaires avant de trouver sa place dans le paysage médical.
Cependant, elle souligne un point crucial : si ces médicaments réduisent la motivation à manger sainement, ils pourraient également diminuer la motivation à adopter un mode de vie plus actif. “Si la seule raison de manger mieux est de perdre du poids, et que le médicament vous aide à perdre du poids, pourquoi vous donneriez-vous la peine de changer vos habitudes ?”
En attendant, la prise de conscience de ces effets secondaires psychologiques est essentielle pour une utilisation responsable de ces médicaments et pour une meilleure compréhension de la complexité de la relation entre le corps et l’esprit.
