Le chancelier allemand Friedrich Merz a qualifié mercredi de « nettoyage ethnique » la politique de « remigration » prônée par le parti d’extrême droite AfD, lors d’un débat houleux au Bundestag. Cette passe d’armes intervient trois jours après la victoire historique du parti anti-immigration en Saxe-Anhalt, où il a recueilli près de 44% des voix.
La vie politique allemande a basculé dans une confrontation directe au Bundestag ce mercredi entre le chancelier Friedrich Merz et les dirigeants de l’Alternative pour l’Allemagne. Le chef du gouvernement a choisi l’offensive pour tenter de reprendre la main au lendemain de la lourde défaite essuyée par son camp conservateur lors du scrutin régional en Saxe-Anhalt.
Alors que le parti nationaliste revendique un score historique, la coalition au pouvoir dénonce des propositions qu’elle juge incompatibles avec les fondements de la République fédérale.
Le scrutin en Saxe-Anhalt et la charge du chancelier contre la remigration
Le choc électoral de dimanche dernier en Saxe-Anhalt continue de secouer Berlin. L’AfD y a frôlé la majorité absolue en s’emparant de près de 44% des suffrages exprimés, tandis que la CDU du chancelier voyait son électorat local divisé par deux pour tomber à environ 17 pour cent des voix.
Face à cette percée qualifiée de séismique, Friedrich Merz a pris pour cible le concept phare du parti d’extrême droite.
Friedrich Merz, chancelier allemand, a affirmé via Le Figaro que le mot « remigration » n’était rien d’autre que le synonyme d’un nettoyage ethnique.
L’AfD, dont la section en Saxe-Anhalt a été classée comme organisation extrémiste avérée par les services de renseignement intérieur allemands, défend pourtant un plan d’expulsions massives et de refoulement des demandeurs d’asile déboutés ou arrivés par des voies irrégulières.
La réplique d’Alice Weidel et les répercussions sur le marché du travail
La co-dirigeante du parti nationaliste, Alice Weidel, avait ouvert les hostilités parlementaires en affirmant que les jours du gouvernement de coalition étaient comptés. Elle a imputé les difficultés sécuritaires du pays à l’immigration de masse, dénonçant une criminalité en hausse et des agressions quotidiennes dans l’espace public.

En réponse, le chancelier a retourné l’argument économique contre l’opposition en démontrant que la mise en œuvre d’une telle politique paralyserait immédiatement l’économie allemande. Selon les déclarations de Friedrich Merz à la tribune, un tel départ forcé viderait des pans entiers de l’appareil productif, touchant directement le secteur artisanal, la restauration et les établissements de soins.
Pas une seule maison de retraite ne pourrait fonctionner, pas un seul hôpital, pas un seul restaurant, a mis en garde le dirigeant conservateur, soulignant la dépendance de ces secteurs aux travailleurs d’origine étrangère.
Tensions géopolitiques et incertitudes sur la formation d’un gouvernement
La confrontation verbale a également pris une tournure internationale lorsque le chancelier a mis en cause les liens de l’AfD avec Moscou. Le chef du gouvernement a accusé le parti d’opposition de nuire aux intérêts de l’Allemagne en soutenant la Russie, rappelant en particulier le silence de la formation politique après l’attaque de drone déjouée début août à l’aéroport de Leipzig.

Sur le plan institutionnel, la capacité réelle de l’AfD à exercer le pouvoir demeure incertaine. Bien que le parti revendique l’entame de discussions avec d’autres élus pour bâtir une majorité régionale, il reste pour l’instant privé de partenaires institutionnels évidents. Aucun parti d’extrême droite n’a dirigé un Land allemand depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, et le chancelier a tenu à rappeler que le seuil de la majorité absolue n’avait pas été atteint dans les urnes.
La présidence du Bundestag, incarnée par Julia Kloeckner, a dû intervenir à plusieurs reprises pour calmer l’hémicycle, menaçant d’expulser les fauteurs de troubles en rappelant aux députés que la chambre basse ne constituait pas une enceinte sportive.
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