France, lycéens en minijupes contre le sexisme: la gaffe du ministre relance la contestation

de notre correspondant
PARIS – «Habillez-vous normalement et tout ira bien», déclare le ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer, dans l’espoir de mettre un terme à la polémique. Mais une phrase qui se voulait relaxante a relancé la contestation des filles françaises, qui a commencé à aller à l’école lundi haut court (avec le nombril en vue), minijupe ou bras nus. Que signifie «s’habiller normalement»?, dans un pays où le sens de la modestie semble changer et où le canon jusqu’alors habituel est remis en question?


A côté de ces cas extraordinaires, qui ont abouti dans les journaux, il y a la série interminable de petits abus que les Françaises dénoncent avec force depuis des mois maintenant, sur la vague du mouvement #MeToo: tous les jours, notamment dans certaines banlieues mais aussi dans le centre de la capitale et d’autres métropoles, une jupe courte est interprétée comme une invitation à exprimer des avances, une robe légère prise pour une allusion sexuelle, un t-shirt agitant considéré comme un clin d’œil qui rend tout commentaire permis. Que se passe-t-il en France, le pays qui a inventé le topless et qu’un imaginaire un peu dépassé associé à une liberté féminine sereine, à l’abri de l’obscurantisme, de la nervosité et des frustrations machistes?

Les lycéennes protestent contre des règles qui, dans un contexte normal et pacifique, seraient du «bon sens», comme le dit le ministre Blanquer: tu ne vas pas à l’école habillé comme tu le fais sur la plage, cela devrait être trivial et s’appliquer aux hommes et aux femmes. Le problème est que la référence à la “tenue correcte”, dans de nombreux établissements, ne s’applique qu’aux filles, autrement reconnu coupable d’avoir distrait leurs compagnons et de les avoir induits en tentation en raison de vêtements insuffisamment punis. Nous sommes à la question éternelle de l’homme qui harcèle, ou peut-être viole, mais c’est la femme qui doit prouver qu’elle ne l’a pas encouragé.

Alors Les réseaux sociaux français depuis lundi regorgent de photos d’écolières plus ou moins décolletées, avec des signes disant “Au lieu de couvrir les filles, éduquez vos enfants”, et des messages qui expliquent: «Les garçons peuvent s’habiller comme ils le souhaitent, alors que nous sommes constamment ramenés à la question de la sexualité. Ces jours-ci il fait 30 degrés, on fait le tour à découvert uniquement parce qu’il fait très chaud. Ou faut-il mettre un pull pour calmer tout le monde? ».

La contestation des collégiens et lycéens français embarrasse aussi le gouvernement, car si le ministre Blanquer roule des yeux en essayant de minimiser, il le relie à la Citoyenneté et ancien ministre de l’Égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, du côté de la contestation: «Partout en France, il y a des filles qui ont décidé de mettre une jupe, un décolleté, un crop-top ou un maquillage, pour affirmer leur liberté face aux jugements ou actes sexistes. En tant que mère, je les soutiens avec proximité et admiration ».

15 septembre 2020 (changement le 15 septembre 2020 | 22:27)

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