Fin d’une ère : Le dernier traité nucléaire entre les États-Unis et la Russie expire, ouvrant une nouvelle période d’incertitude
Washington – Le dernier traité limitant les arsenaux nucléaires stratégiques des États-Unis et de la Russie est entré en vigueur ce jeudi, marquant la fin de décennies d’accords de contrôle des armements entre les deux puissances dotées des plus importantes capacités nucléaires au monde. L’expiration du traité New START, signé en 2010, soulève des inquiétudes quant à une nouvelle course aux armements et à la stabilité stratégique mondiale.
Le New START, qui limitait le nombre d’armes nucléaires stratégiques déployées à 1 550 pour chaque pays, prévoyait également des inspections sur site et des notifications pour garantir le respect des engagements. La Russie a suspendu ces inspections et cessé de fournir les notifications nécessaires pendant la guerre en Ukraine, mais selon le Département d’État américain, elle n’aurait pas significativement dépassé les plafonds autorisés.
L’administration Biden avait prolongé le traité de cinq ans en 2021, mais une nouvelle extension est désormais impossible. L’avenir du contrôle des armements nucléaires est donc incertain, d’autant plus que les positions divergent sur la manière de procéder.
L’ancien président Donald Trump a laissé entendre qu’il pourrait ne pas chercher à renouveler un tel accord, déclarant au New York Times en janvier : “Si ça expire, ça expire. On fera un meilleur accord.” Il a insisté sur la nécessité d’inclure la Chine, dont l’arsenal nucléaire est en croissance rapide, dans tout futur accord.
Cette position est partagée par le secrétaire d’État Marco Rubio, qui estime qu’il est “impossible” de parvenir à un accord sans la participation de la Chine, qui devrait dépasser les 1 000 armes nucléaires d’ici 2035, selon les estimations du Pentagone, contre environ 200 en 2019.
Cependant, l’ancienne sous-secrétaire d’État chargée du contrôle des armements, Rose Gottemoeller, plaide pour le maintien des limites actuelles, même sans accord formel. Elle a témoigné devant le Sénat que l’expiration du traité ne devrait pas servir de prétexte à Vladimir Poutine pour prendre le contrôle de la “paix nucléaire”. Elle estime qu’il est crucial de maintenir la stabilité stratégique avec la Russie et de négocier de nouvelles limites sur les armements.
D’autres experts, comme l’amiral à la retraite Charles Richard, ancien chef du Commandement stratégique américain, et Tim Morrison, ancien adjoint du président à la sécurité nationale sous l’administration Trump, estiment que le New START était imparfait et ne tenait pas compte de la Chine ni des armes nucléaires non stratégiques, comme les armes tactiques.
La question de la modernisation de l’arsenal américain est également soulevée. Morrison a souligné que les armes nucléaires américaines atteindraient leur durée de vie prévue d’ici 2035, et que le maintien d’une dissuasion nucléaire efficace nécessite des investissements importants dans la base industrielle de défense, notamment dans la construction des sous-marins lanceurs d’engins de la classe Columbia.
L’expiration du traité New START intervient dans un contexte géopolitique tendu, avec des relations russo-américaines au plus bas et une montée des tensions en Europe de l’Est. Elle soulève également des inquiétudes quant à la prolifération nucléaire, certains craignant que d’autres pays ne soient tentés de développer leurs propres programmes nucléaires en l’absence de contraintes internationales.
La situation actuelle exige une réflexion approfondie et une action diplomatique concertée pour éviter une nouvelle course aux armements et préserver la stabilité mondiale. L’avenir du contrôle des armements nucléaires est en jeu, et les enjeux sont considérables.
[Image d’un sous-marin lanceur d’engins de la classe Columbia, légende : Un sous-marin lanceur d’engins de la classe Columbia, un élément clé de la dissuasion nucléaire américaine. Crédit : Marine américaine]
[Lien vers un rapport du FAS sur les forces nucléaires mondiales : https://fas.org/initiative/status-world-nuclear-forces/]
