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Fin de la stagflation : vers un rééquilibrage vers les actifs réels

Finie la stagflation ? Les marchés misent sur un retour aux fondamentaux

Par Antoine Dubois, Chef de la section Économie, nouvelles-du-monde.com

NEW YORK – La flambée des prix du pétrole, exacerbée par les tensions au Moyen-Orient, a ravivé les craintes d’une nouvelle ère de stagflation, à l’image des années 1970. Pourtant, une analyse plus approfondie suggère que les marchés pourraient en réalité anticiper un changement de paradigme plus profond : un retour massif des capitaux vers les actifs réels, au détriment des actifs financiers.

L’analogie avec les années 70, bien que tentante, présente des limites importantes. La stagflation classique se caractérise par une inflation persistante et élevée, une croissance économique stagnante, voire en récession, et surtout, un manque d’outils politiques efficaces pour briser ce cercle vicieux sans aggraver la situation. Or, les États-Unis d’aujourd’hui ne se trouvent pas dans cette configuration.

L’inflation actuelle, bien que supérieure aux niveaux observés après 2008, montre déjà des signes de ralentissement par rapport à son pic de 2022. Les banques centrales disposent d’une crédibilité qu’elles n’avaient pas à l’époque de Paul Volcker, et les anticipations d’inflation restent relativement ancrées. De plus, la croissance économique reste solide, le marché du travail se maintient, et la consommation, bien que sous pression, ne s’est pas effondrée.

L’élément clé qui distingue la situation actuelle des années 70 réside dans l’offre énergétique. Les États-Unis sont désormais le premier producteur mondial de pétrole, grâce à la révolution du schiste bitumineux. Un choc pétrolier, même important, ne crée donc pas la même vulnérabilité structurelle qu’en 1973, lorsque l’OPEP avait imposé un embargo politique.

Un signal, pas un problème

Au lieu de s’alarmer d’une stagflation imminente, il serait plus pertinent de comprendre ce que la hausse des prix du pétrole signale sur l’orientation future des marchés. L’histoire révèle une tendance claire : après un choc géopolitique majeur, le pétrole surperforme les autres actifs à court terme (environ 18% de hausse en moyenne dans les trois premiers mois), suivi de l’or (environ 6%) et enfin des actions (environ 4%).

Mais cette dynamique s’inverse après six mois. L’or continue de progresser, tandis que les actions stagnent et le pétrole perd une grande partie de ses gains initiaux. Cette observation suggère une stratégie claire : profiter de la volatilité du pétrole à court terme, tout en se positionnant sur l’or pour se prémunir contre l’incertitude.

Le retour des fondamentaux

Plus fondamentalement, la hausse des prix de l’énergie pourrait marquer le début d’une rotation des capitaux vers les actifs réels. Pendant une grande partie de 2024 et 2025, les marchés ont été dominés par l’engouement pour l’intelligence artificielle, avec des flux massifs vers les géants de la technologie.

Désormais, la donne change. Les investissements se dirigent vers les secteurs qui rendent l’IA possible : les semi-conducteurs, les matériaux, l’énergie et les chaînes d’approvisionnement industrielles. Les entreprises qui consomment des ressources sont de plus en plus délaissées au profit de celles qui les produisent.

Ce n’est pas simplement une rotation sectorielle, mais un réalignement profond. Pendant des années, les marchés ont privilégié les modèles économiques légers en capital, valorisant le logiciel au détriment de l’industrie. Or, la réalité est que l’économie physique n’a jamais disparu.

L’IA a soif d’énergie

La construction d’une infrastructure d’IA à grande échelle nécessite d’énormes quantités d’électricité, mettant à rude épreuve les réseaux électriques du monde entier. L’électrification des transports et de l’industrie exige des quantités massives de cuivre, dont l’offre est limitée. La relocalisation des chaînes d’approvisionnement, la dépense militaire et la sécurité énergétique nécessitent des investissements massifs dans l’acier, les minéraux critiques et les capacités d’ingénierie.

Tous ces facteurs convergent vers une conclusion : les matières premières et l’énergie qui alimentent l’économie réelle sont rares, sous-investies et de plus en plus demandées.

Les premiers mouvements observés sur les marchés du pétrole, de l’or, du cuivre et des infrastructures énergétiques pourraient être les signes avant-coureurs d’une réévaluation plus large.

Ce n’est pas une répétition des années 70. Il s’agit potentiellement du début d’un changement de régime prolongé, dans lequel l’économie physique reprend sa place centrale dans les marchés financiers, récompensant les investisseurs qui auront su anticiper cette tendance. Il ne s’agit pas de se protéger, mais de se positionner. La clé est d’investir dans les entreprises qui construisent, plutôt que dans celles qui dépensent, dans les infrastructures physiques plutôt que dans les plateformes numériques, et dans les actifs tangibles plutôt que dans les actifs financiers.

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