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Femmes cloîtrées, pouvoir et résilience dans deux romans historiques

L’Écho des Femmes Silenciées : Deux Romans Réveillent une Histoire de Résistance et de Création

PARIS – L’histoire est jalonnée de voix étouffées, de talents niés, de femmes réduites au silence par la peur et le contrôle. Deux romans récents, Canticle de Janet Rich Edwards et Skylark de Paula McLain, explorent avec une sensibilité poignante cette réalité, dévoilant comment la répression de l’expression féminine a façonné, et continue de façonner, notre monde. Ces œuvres, bien plus que de simples récits historiques, sont un appel à la reconnaissance de la force créatrice et de la résilience des femmes à travers les siècles.

L’histoire de l’oppression des femmes n’est pas nouvelle. Selon l’ONU Femmes, les femmes représentent encore aujourd’hui 70% des victimes de trafic sexuel à l’échelle mondiale et sont sous-représentées dans les postes de pouvoir politique et économique. Cette inégalité structurelle trouve ses racines dans des siècles de marginalisation, de peur et de contrôle, comme le soulignent avec force Edwards et McLain.

Canticle, qui se déroule en Flandre au XIIIe siècle, suit le destin d’Aleys, une jeune femme d’une piété fervente qui entre dans la vie religieuse. Son cheminement, initialement empreint d’espoir et de quête spirituelle, la conduit finalement à l’enfermement dans une cellule d’ermite. Edwards dépeint avec minutie la vie austère et isolée d’Aleys, mais surtout, elle met en lumière le contexte social qui a conduit à cette ségrégation. À une époque où l’alphabétisation était rare, et réservée en grande partie aux hommes, la soif de savoir et d’expression d’Aleys, comme celle de sa mère avant elle, était perçue comme une menace.

De l’autre côté de la Manche, Skylark nous transporte à Paris, d’abord au XVIIe siècle, puis au XXe. L’histoire d’Alouette Voland, une experte en teinture dont le talent est usurpé par son père, est une illustration saisissante de la manière dont les femmes étaient systématiquement exclues des domaines créatifs et intellectuels. Son emprisonnement à la Salpêtrière, un asile tristement célèbre pour ses traitements inhumains, est un symbole de la violence infligée aux femmes considérées comme déviantes ou trop indépendantes.

McLain ne se contente pas de raconter l’histoire d’Alouette. Elle tisse une narration complexe qui s’étend sur plusieurs siècles, reliant le destin de cette artiste oubliée à celui de Kristof Larsen, un psychiatre hollandais confronté à l’horreur de la Seconde Guerre mondiale. Ce lien temporel souligne la persistance de l’oppression et la nécessité de se souvenir du passé pour construire un avenir plus juste.

L’une des forces de ces deux romans réside dans leur capacité à montrer que la résistance peut prendre de nombreuses formes. Aleys, malgré son isolement, trouve le moyen de transmettre son savoir à Marte, une humble Beguine, assurant ainsi la pérennité de la connaissance. Alouette, quant à elle, refuse de se soumettre et se bat pour faire reconnaître son travail, même au prix de sa liberté.

Ces actes de résistance, aussi discrets soient-ils, ont des répercussions durables. Comme le souligne le critique littéraire Patrick, dans une récente critique, “Aleys enseigne Marte à lire, mais Aleys souffrira pour ses idées. Sasha échappera à Vichy, mais sa famille mourra dans les camps de concentration. Inversez les clauses de ces phrases, et vous vous souviendrez que le changement peut arriver, une femme déterminée à la fois.”

L’histoire d’Alouette trouve un écho inattendu dans la restauration de Notre-Dame de Paris, après l’incendie de 2019. La découverte d’un fragment de verre bleu vif, portant la signature d’un oiseau, suggère que sa recette de teinture, longtemps oubliée, a survécu à travers les siècles. Un symbole poignant de la résilience de la création féminine.

Ces romans ne sont pas de simples plongées dans le passé. Ils sont un miroir tendu à notre présent, nous invitant à réfléchir sur les inégalités qui persistent et sur la nécessité de continuer à lutter pour l’égalité des sexes. Ils rappellent que la liberté d’expression, le droit à l’éducation et la reconnaissance du talent féminin sont des combats qui ne sont jamais vraiment gagnés.

Image d’une reconstitution de la Salpêtrière au XVIIe siècle, source : Wikimedia Commons

Vidéo sur l’histoire des Beguines, source : YouTube (lien fictif pour illustration)

Tweet de l’ONU Femmes sur l’égalité des sexes, source : X.com (lien fictif pour illustration)

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