Espagne : Le chef de l’opposition reçoit le vice-président salvadorien dont les méthodes suscitent la controverse
Madrid – Le chef du Parti populaire (PP) espagnol, Alberto Núñez Feijóo, a reçu mercredi le vice-président du Salvador, Félix Ulloa, dans le cadre d’une visite en Espagne visant à défendre le modèle de sécurité controversé mis en œuvre par le président salvadorien Nayib Bukele. Cette rencontre intervient alors que les critiques à l’égard de la politique de répression de Bukele, marquée par des arrestations massives et des allégations de violations des droits de l’homme, s’intensifient à l’échelle internationale.
Ulloa est en tournée pour promouvoir les mesures draconiennes prises par Bukele contre les gangs, qui ont conduit à l’arrestation de plus de 77 000 personnes depuis mars 2022, selon les chiffres officiels du Salvador. Si le gouvernement salvadorien affirme que ces mesures ont permis de réduire considérablement la criminalité, des organisations de défense des droits de l’homme comme Amnesty International et Human Rights Watch dénoncent des arrestations arbitraires, des cas de torture et des conditions de détention inhumaines.
La rencontre entre Feijóo et Ulloa, qui n’était pas inscrite à l’ordre du jour officiel, a suscité des réactions mitigées en Espagne. Le PP n’a pas souhaité commenter la réunion, mais elle intervient dans un contexte de durcissement du discours sur la sécurité et de montée des mouvements d’extrême droite en Europe.
Ulloa a défendu publiquement le modèle salvadorien lors d’une conférence mardi, critiquant vivement les médias et les ONG qui dénoncent les abus. Il a notamment accusé certains journaux d’être des “porte-parole de l’opposition politique” et a justifié les fouilles de téléphones portables effectuées par la police lors des arrestations. Il a également reconnu qu’environ 10% des personnes arrêtées dans le cadre de l’état d’exception ont été relâchées après avoir prouvé leur innocence, une inversion du principe de la présomption d’innocence.
Le régime de Bukele a trouvé des échos favorables auprès de figures d’extrême droite en Espagne, comme Alvise Pérez, leader du parti Salf, qui a visité le Salvador et ses prisons, et l’ancienne députée de Vox, Macarena Olona, qui a régulièrement salué les politiques de Bukele sur les réseaux sociaux.
L’approche autoritaire de Bukele a également soulevé des inquiétudes. En 2020, il est intervenu militairement au Parlement pour faire adopter son budget, menaçant de dissoudre l’assemblée. Son gouvernement a également été critiqué pour son pacte secret avec les gangs et pour la construction d’une mégaprisons capable d’accueillir 40 000 détenus, en partie financée par des fonds américains destinés à la lutte contre l’immigration.
Les États-Unis ont également été accusés de collaborer avec le Salvador en acceptant d’accueillir des migrants expulsés par le gouvernement salvadorien, parfois de manière illégale.
La popularité de Bukele reste forte au Salvador, où il a été réélu en 2024. Cependant, son attitude envers la critique et la presse libre suscite des inquiétudes quant à l’avenir de la démocratie dans le pays. Des journalistes du quotidien El Faro ont été contraints à l’exil pour échapper à la répression.
Cette rencontre en Espagne souligne l’intérêt croissant pour le modèle de sécurité de Bukele, même au sein de partis politiques traditionnels, et soulève des questions sur les implications de ces politiques pour les droits de l’homme et l’état de droit.
[Tweet de X/Twitter pertinent sur le sujet, si disponible]
[Lien vers un article pertinent d’El Diario, déjà fourni dans le texte original]
[Lien vers un article de El Mundo mentionné dans le texte original]
[Lien vers un article d’El Faro mentionné dans le texte original]
