Famine s’étend au Darfour, le Soudan au bord du gouffre humanitaire
El-Fasher, Soudan – La famine gagne du terrain dans le nord du Darfour, au Soudan, menaçant des millions de vies déjà fragilisées par près de deux ans de guerre civile. Selon un rapport publié jeudi par des organismes de surveillance soutenus par les Nations unies, les seuils de malnutrition aiguë ont été dépassés dans les zones contestées d’Um Baru et de Kernoi, près de la frontière tchadienne.
Le conflit qui oppose l’armée soudanaise et les Forces de soutien rapide (FSR) a déjà fait des dizaines de milliers de morts et déplacé près de 11 millions de personnes, engendrant ce que l’ONU qualifie de pire crise humanitaire au monde. La situation est d’autant plus alarmante que l’accès humanitaire reste sévèrement restreint dans tout le pays.
“Les taux alarmants observés suggèrent un risque accru de mortalité excédentaire et suscitent des inquiétudes quant au fait que des zones voisines pourraient connaître des conditions catastrophiques similaires”, indique le rapport de la Classification intégrée de la sécurité alimentaire (IPC), un outil utilisé par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). À Um Baru, la malnutrition est presque deux fois supérieure au seuil de famine.
La prise de contrôle d’El-Fasher, capitale du Darfour-Nord, par les FSR en octobre dernier, après un siège de 18 mois, a aggravé la situation. Cette offensive a entraîné un déplacement massif de civils, exacerbant l’insécurité alimentaire et la malnutrition. Des témoignages poignants de survivants d’El-Fasher relatent les difficultés rencontrées pour fuir les combats et les atrocités commises. (Voir vidéo : https://www.dw.com/en/el-fasher-survivors-tell-of-harrowing-effort-to-escape-rsf/video-75440770)
La situation est également préoccupante dans le Kordofan, une autre région clé du conflit. Environ 88 000 personnes ont été déplacées depuis octobre, et la capitale de la région, Kadugli, est soumise à un siège par les FSR. Un récent attentat contre un hôpital à Kouik, dans le sud du Kordofan, a fait 22 morts et 8 blessés, selon le Réseau des médecins soudanais.
L’ONU estime que près de la moitié de la population soudanaise – plus de 21 millions de personnes – est confrontée à une insécurité alimentaire aiguë et manque de ressources suffisantes. 4,2 millions de personnes sont à risque de malnutrition aiguë cette année.
La crise est d’autant plus grave qu’elle menace de s’étendre. Le rapport de l’IPC avertit que les conditions de famine risquent de se propager à 20 autres zones du Darfour et du Kordofan. L’escalade des conflits le long de la frontière Soudan-Tchad menace également de couper les routes d’approvisionnement essentielles en provenance du Tchad, privant ainsi des millions de personnes de l’aide dont elles ont désespérément besoin.
Le conflit soudanais est également lié à des enjeux économiques complexes, notamment le contrôle des ressources aurifères. (Voir vidéo : https://www.dw.com/en/how-gold-keeps-sudan-at-war/video-73273991)
La communauté internationale doit agir rapidement pour garantir l’accès humanitaire, fournir une aide alimentaire d’urgence et soutenir les efforts de paix afin d’éviter une catastrophe humanitaire de proportions encore plus importantes. Le sort de millions de Soudanais est en jeu.
(Image : El Tayeb Siddig/REUTERS – Un camp de personnes déplacées à El Obeid, État du Kordofan-Nord, Soudan. Janvier 12, 2026)
