Les fichiers Epstein secouent l’Europe : chutes de personnalités et enquêtes en cours
Londres – Des princes aux ambassadeurs, en passant par des diplomates de haut rang et des figures politiques influentes, les révélations contenues dans les fichiers de Jeffrey Epstein provoquent un séisme en Europe, bien plus qu’aux États-Unis. La publication massive de documents par le Département de la Justice américain a déclenché une vague d’indignation, entraînant des démissions, des crises politiques et l’ouverture d’enquêtes criminelles à travers le continent.
Si aucun des individus concernés, à l’exception du prince Andrew, n’est accusé d’actes répréhensibles, ils sont mis en cause pour avoir entretenu des relations amicales avec Epstein après sa condamnation pour exploitation sexuelle de mineures. “Epstein collectionnait les personnalités puissantes comme d’autres collectionnent les miles fidélité”, explique Mark Stephens, spécialiste du droit international et des droits de l’homme, basé à Londres. “Mais les preuves sont désormais publiques, et certains regrettent peut-être d’avoir trop voyagé.”
Royaume-Uni : une crise de confiance
Le Royaume-Uni est particulièrement touché. L’ancien ambassadeur britannique à Washington, Peter Mandelson, a été limogé et pourrait être poursuivi en justice. Le Premier ministre Keir Starmer est confronté à une crise de leadership en raison de la nomination controversée de Mandelson. Des figures de premier plan en Norvège, en Suède et en Slovaquie ont également été fragilisées. Le prince Andrew, frère du roi Charles III, a déjà perdu ses titres et sa résidence financée par les contribuables suite à un accord financier conclu avec une victime d’Epstein.
L’affaire Mandelson est au cœur de la tempête. Malgré ses dénégations passées, les nouveaux documents révèlent que ses contacts avec Epstein se sont poursuivis pendant des années après sa sortie de prison en 2008. Un message daté de juillet 2009 fait même référence à la libération d’Epstein comme à un “jour de libération”. Starmer a présenté ses excuses aux victimes d’Epstein et promet de publier des documents prouvant que Mandelson a menti lors de son examen de sécurité pour le poste d’ambassadeur.
Des enquêtes s’étendent à travers l’Europe
L’impact ne se limite pas au Royaume-Uni. En Suède, Joanna Rubinstein, une fonctionnaire des Nations unies, a démissionné après la révélation d’une visite à l’île privée d’Epstein dans les Caraïbes en 2012. Miroslav Lajcak, conseiller en sécurité nationale du Premier ministre slovaque, a également démissionné suite à des échanges avec Epstein évoquant des “filles magnifiques”.
Des enquêtes officielles ont été lancées en Lettonie, en Lituanie et en Pologne. Le Premier ministre polonais, Donald Tusk, a annoncé la formation d’une équipe chargée d’examiner les fichiers à la recherche de potentielles victimes polonaises et de liens possibles entre Epstein et les services secrets russes.
Norvège : un scandale impliquant l’élite
La Norvège est particulièrement ébranlée. L’unité de lutte contre la criminalité économique du pays a ouvert une enquête pour corruption visant l’ancien Premier ministre Thorbjørn Jagland, également ancien président du comité Nobel de la paix, en raison de ses liens avec Epstein. Un couple de diplomates norvégiens de haut rang, Terje Rød-Larsen et Mona Juul, sont également impliqués. Ms. Juul a été suspendue de son poste d’ambassadrice en Jordanie après la révélation qu’Epstein avait légué 10 millions de dollars à leurs enfants dans son testament.
L’affaire a également terni l’image de la famille royale norvégienne, avec de nouvelles révélations sur l’amitié entre Epstein et la princesse héritière Mette-Marit. Des échanges humoristiques et des plans de visites aux propriétés d’Epstein, ainsi que des rendez-vous pour des traitements de blanchiment des dents et des séances de shopping, ont été révélés. La princesse a présenté ses excuses “à tous ceux que j’ai déçus”.
Pourquoi l’Europe réagit-elle plus fortement ?
Si les États-Unis ont été le théâtre de l’enquête initiale, l’impact semble plus profond en Europe. Rob Ford, professeur de sciences politiques à l’Université de Manchester, estime que “si vous figurez dans ces fichiers, c’est immédiatement une grosse histoire” au Royaume-Uni. Il attribue cette différence à une “médias plus fonctionnelle, une structure de responsabilisation plus efficace et un certain degré de honte en politique”.
Alex Thomas, directeur de l’Institute for Government, souligne l’importance de la démocratie parlementaire, où le Premier ministre doit conserver la confiance du Parlement pour rester en fonction, ce qui favorise la responsabilisation.
Des répercussions limitées aux États-Unis ?
Aux États-Unis, quelques personnalités de premier plan ont également été touchées. L’ancien secrétaire au Trésor Larry Summers a pris un congé de ses fonctions universitaires à Harvard. Brad Karp a démissionné de son poste de président du cabinet d’avocats Paul Weiss, et la NFL enquête sur les relations d’Epstein avec Steve Tisch, co-propriétaire des New York Giants.
Cependant, d’autres personnalités associées à Epstein, comme Steve Bannon, Howard Lutnick et Elon Musk, n’ont pas encore subi de sanctions sévères. L’ancien président Bill Clinton a été contraint de témoigner devant le Congrès à la demande des Républicains, tandis que Donald Trump a également été interrogé sur ses liens avec Epstein. Ni l’un ni l’autre n’a été accusé de faute par les victimes d’Epstein.
Les fichiers Epstein révèlent un réseau mondial complexe de relations entre Epstein et des personnalités influentes. L’enquête continue de dévoiler l’étendue de ce réseau et son impact potentiel sur la politique et la société.
