Égypte : la sphère culturelle sous contrôle selon Carep Paris

Après l’année 2013, l’Égypte a soumis son économie créative à une logique politique et sécuritaire pour reconfigurer sa sphère culturelle selon une analyse publiée par Carep Paris.

Les thèses de Michel Foucault et de Louis Althusser servent à analyser les reconfigurations du modèle de censure égyptien. Ce modèle est passé d’une censure négative fondée sur l’interdiction à une censure productive.

L’État impose son art légitime

Le pouvoir a cherché à imposer sa définition de l’art légitime. Il qualifie de vulgaire ou de menace pour la sécurité nationale tout ce qui s’en écarte.

La gestion de l’espace culturel s’est accompagnée de l’assèchement, de la fermeture et de la restriction des financements étrangers. Cela a supplanté la tolérance relative dont bénéficiaient les espaces indépendants du centre-ville. La représentation des couches populaires et marginalisées a ainsi été placée sous tutelle. Le film Zaza (2006) illustre l’histoire de la censure à travers son interdiction initiale suivie d’une autorisation après la suppression de certaines scènes.

Le syndicat cible les musiques marginales

Le dispositif disciplinaire de l’État s’étend également au domaine musical. Il touche le corps dansant et le rythme.

Le Syndicat des professions musicales mène des croisades contre la musique des mahraganats, le rap et le hip-hop. Ces genres constituent des expressions artistiques issues de générations et de classes marginalisées par la culture légitime.

Cette volonté de préserver l’esthétique officielle de la Nouvelle République se traduit par des interdictions directes sur le marché égyptien. Réalisé par Tamer El Saeed, le film Les derniers jours d’une ville (2016) a été retiré de la compétition officielle du Festival du film du Caire. Il n’a pas obtenu d’autorisation de projection en Égypte en raison de sa représentation du Caire à la veille de la révolution de janvier 2011.

Les artistes plasticiens écrivent une mémoire numérique

Sous les gouvernements de Nasser, Sadate et Moubarak, les beaux-arts étaient relativement tolérés en raison de leur impact jugé limité sur la conscience populaire.

La révolution de janvier 2011 a toutefois transformé cette dynamique. Les plasticiens ont investi l’espace public et les murs aux abords de la place Tahrir se sont couverts de graffitis. Cela a poussé les autorités à prendre conscience de leur portée politique.

Les milieux créatifs indépendants réagissent face au récit officiel. Les utilisateurs des réseaux sociaux investissent les plateformes numériques pour produire des formes alternatives de discours, de mémoire et de dérision à travers le partage de memes. Cela soulève la question fondamentale de savoir qui détient le pouvoir de définir le réel et de façonner la mémoire collective.

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