Home DivertissementEFM Berlin : Le cinéma espagnol à l’heure des tendances et de la sélectivité

EFM Berlin : Le cinéma espagnol à l’heure des tendances et de la sélectivité

Le cinéma espagnol surfe sur une vague d’intérêt, mais doit naviguer avec prudence au Marché du Film Européen de Berlin

Berlin – Alors que le Marché du Film Européen (EFM) de Berlin s’apprête à ouvrir ses portes, l’industrie cinématographique espagnole se présente avec un catalogue rafraîchi, misant sur les genres populaires, l’animation et les réalisateurs prometteurs, tout en étant confrontée à une réalité économique plus exigeante.

Ces dernières années, Berlin s’est imposé comme le marché le plus dynamique pour le cinéma espagnol. “Berlin a été le meilleur marché ces deux dernières années,” confirme Iván Díaz, responsable international de Filmax, un des principaux distributeurs espagnols. “C’est un marché très efficace où beaucoup de choses se passent.” Cette efficacité se traduit par une multiplication d’accords de petite et moyenne envergure, couvrant un large éventail de territoires, une tendance qui favorise les transactions.

Le succès de la comédie dramatique américaine “The Invite”, remake du film espagnol “The People Upstairs” (Filmax), après sa présentation au festival de Sundance et son acquisition par A24, illustre cette dynamique positive. “Sundance est un bon baromètre avant Berlin,” explique Díaz. “Ce qui se passe là-bas donne une indication de la façon dont l’EFM va se dérouler.”

Un marché plus sélectif

Cependant, l’optimisme est tempéré par une prudence accrue de la part des acheteurs. Vicente Canales, fondateur de Film Factory Entertainment, souligne que le marché du genre, en particulier le cinéma d’horreur, est saturé. “Ce qui fonctionne pour nous, c’est le genre de haute qualité, original,” dit-il. Des thrillers espagnols comme “Undercover” (9,7 millions d’euros de recettes en Espagne) et “Barren Land” continuent d’attirer l’attention, mais les distributeurs sont devenus plus sélectifs.

Cette sélectivité s’étend également aux films d’auteur. “Pour les drames de qualité, il y a de l’intérêt, mais les acheteurs doivent être plus certains qu’il y a quelques années avant de faire une offre,” ajoute Díaz. Canales précise qu’un film d’auteur sans sélection dans un festival de premier plan aura du mal à susciter l’intérêt des acheteurs.

Des conditions de vente plus difficiles

La prudence des acheteurs se traduit par des conditions de vente plus restrictives. Luis Renart, PDG de Bendita Film Sales, observe une tendance à la baisse des garanties minimales et à des négociations plus complexes. “En général, nous avons remarqué que de nombreux acheteurs sont plus prudents et moins disposés à prendre des risques,” explique-t-il.

Malgré ces défis, le cinéma espagnol connaît une reconnaissance internationale croissante. Les succès récents de Rodrigo Sorogoyen (“The Beasts”, César du meilleur réalisateur) et d’Oliver Laxe (“Sirāt”, deux nominations aux Oscars) renforcent l’image du cinéma espagnol à l’étranger. Cependant, les agences de vente espagnoles manquent encore de soutien par rapport à leurs homologues européens, ce qui limite leur capacité à financer et à assurer la distribution internationale de leurs films. “Nous sommes encore loin derrière d’autres territoires importants en termes de soutien à la distribution internationale,” déplore Renart.

Une concurrence accrue et une adaptation nécessaire

Cette visibilité accrue attire également la concurrence. De plus en plus de films espagnols de qualité sont désormais représentés à l’international par des agences étrangères, notamment françaises. “Le cinéma espagnol montre de la variété et une capacité d’adaptation,” observe Antonio Saura, PDG de Latido Films. “Nous sommes à un moment idéal, tant au cinéma qu’à la télévision, et c’est pourquoi tant de gens viennent pêcher dans nos eaux. Mais il ne faut pas se reposer sur ses lauriers.”

Latido Films présentera au EFM la première mondiale de “9 Moons” de Patricia Ortega, dont le film précédent, “Mamacruz”, avait concouru à Sundance en 2023.

Yvette de los Santos, responsable des ventes internationales de Raabta Intl., une nouvelle agence de vente, souligne l’importance de la curation et de stratégies de distribution ciblées. “Aujourd’hui, les acheteurs recherchent moins de volume et plus de curation,” dit-elle. “Le secteur se réajuste : les services de streaming et les distributeurs exigent des projets plus solides, avec une identité définie et des stratégies de vente réalistes.”

Le cinéma espagnol, fort de sa créativité et de sa capacité d’adaptation, doit naviguer avec prudence dans un marché en mutation, tout en tirant parti de sa reconnaissance internationale croissante. L’EFM de Berlin sera un test crucial pour l’avenir de l’industrie.

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