Tensions au Moyen-Orient pèsent sur les banques centrales, BoE et BCE au pied du mur
LONDRES – Les banques centrales britannique (BoE) et européenne (BCE) se réunissent dans un contexte de volatilité accrue au Moyen-Orient, une situation qui pousse les marchés à anticiper une politique monétaire plus restrictive. La Réserve fédérale américaine (Fed) a déjà esquissé une ligne plus ferme, faisant grimper les rendements obligataires américains au-dessus de 4,25% et ramenant les swaps sur taux d’intérêt à 10 ans en zone euro à 3%.
La situation géopolitique, marquée par une escalade récente des tensions, a entraîné une nouvelle flambée des prix de l’énergie. Malgré des prévisions initiales de baisse des taux d’intérêt en 2026 et 2027, la Fed a revu à la hausse ses projections de croissance, tout en augmentant légèrement son taux directeur à long terme.
Cette attitude plus prudente de la Fed a eu un impact immédiat sur les marchés, avec une hausse de 10 points de base des taux et une remontée des rendements à 10 ans au-dessus de 4,25%. Les anticipations de baisse des taux ont été revues à la baisse, le premier assouplissement n’étant désormais plus attendu avant l’été prochain.
Lagarde face à un défi de communication
La BCE, quant à elle, est confrontée à des attentes de hausse des taux plus agressives, avec deux augmentations pleinement intégrées dans les prix d’ici la fin de l’année. Bien qu’aucune action ne soit attendue lors de la réunion de ce jour, l’attention se portera sur les déclarations de la présidente Lagarde.
Il est peu probable que la BCE modifie sa trajectoire actuelle, d’autant plus que ses nouvelles prévisions économiques auront été dépassées par les événements récents. La question est donc de savoir si Lagarde pourra maintenir le rythme des anticipations du marché, déjà très orientées vers une politique plus restrictive. Une attitude prudente, axée sur la surveillance des données et une approche pragmatique, pourrait suffire à maintenir les prix de l’énergie comme principal facteur déterminant des taux d’intérêt.
Les marchés restent toutefois attentifs aux signaux de refroidissement de la conjoncture. Si les marchés boursiers montrent des signes de faiblesse, sans pour autant s’effondrer, et si les rendements réels à long terme ne signalent pas de préoccupations concernant la croissance, la pression sur les banques centrales pourrait s’atténuer.
La BoE sous surveillance : quel sera le vote ?
La réunion de la BoE sera particulièrement scrutée, notamment en ce qui concerne le vote de son comité de politique monétaire. Les marchés ont radicalement changé leur positionnement ces dernières semaines, passant d’anticipations de deux baisses de taux cette année à l’attente d’une hausse.
Si une augmentation des taux semble prématurée, les prix de l’énergie devront baisser pour apaiser les marchés. La BoE devrait conditionner toute future décision à l’évolution des prix de l’énergie, mais le vote pourrait révéler une position plus nuancée. Les analystes s’attendent à un vote de 7 contre 2 en faveur du statu quo, mais des surprises ne sont pas à exclure.
Le marché obligataire britannique a été fortement touché par la hausse des prix de l’énergie, mais sans pour autant observer une augmentation significative de la prime de risque sur les gilts. Contrairement à l’année dernière, les gilts n’ont pas souffert plus que les obligations d’État allemandes. L’augmentation des rendements est principalement due à un resserrement de la politique monétaire anticipée par les marchés, et non à une détérioration de la situation financière britannique. Une baisse des rendements des gilts nécessitera donc un revirement de la politique monétaire.
Agenda économique et marchés primaires
Outre les réunions de la BCE et de la BoE, l’agenda économique de ce jour comprend la publication des données sur le marché du travail britannique et les ventes de logements aux États-Unis. L’Espagne lancera également une adjudication de bons du Trésor à 5, 7 et 10 ans, tandis que la France refinancera sa dette à court et moyen terme, ainsi que des obligations indexées sur l’inflation, pour un montant total pouvant atteindre 14 milliards d’euros.
